Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Bombino, la sérénité du désert

Bombino à Paris, le 16 mai 2018. © Christian Rose

Le Sahara est un espace si vaste et mystérieux qu’il est toujours périlleux de narrer l’histoire des "gens du désert" sans risquer les clichés et les approximations. Omara Moctar dit "Bombino" est un musicien nigérien. Sa destinée est palpitante et émouvante. Contraint à l’exil, dès son enfance, il doit rapidement adapter son quotidien aux conditions précaires et aux lendemains incertains. Ce rythme de vie forge son caractère. La musique accompagnera les soubresauts de son existence et lui apportera réconfort et paix intérieure. Bombino est aujourd’hui un homme sage. Il choisit ses mots pour appeler à la paix. Deran, son dernier album, est une invitation à une entente universelle entre les peuples.

Salué pour ses talents de guitariste qui lui vaudront les louanges des plus grands dont Keith Richards, pilier des Rolling Stones, Bombino s’est fait un nom dans L’épopée des Musiques Noires. Rencontré lors de son dernier passage à Paris, c’est au Delaville Café qu’il nous avait donné rendez-vous pour évoquer, en toute décontraction, les traditions et la culture du peuple Tamasheq, et bien entendu, la vie d’artiste, le succès et la notoriété. Il faut d’ailleurs préciser que se retrouver dans la lumière n’était pas une évidence, un chemin tout tracé pour Bombino. Sa route fut, en effet, semée d’embûches.

 

© Richard Dumas
Omara Moctar dit Bombino.

 

En 1990, un conflit armé oppose les Touaregs aux gouvernements maliens et nigériens. Cette confrontation pousse le jeune Omara Moctar (qui n’a pas 10 ans) à suivre son père et sa grand-mère en Algérie, c’est le début d’un long déracinement de 7 ans. De retour à Agadez en 1997, l’enfant est devenu un adolescent. L’une de ses idoles s’appelle alors Jimi Hendrix. Il se nourrit de la musique de cette légende du blues américain et décide de monter son propre groupe. Bombino est né ! La progressive professionnalisation de son art encourage le jeune virtuose à poursuivre l’expérience mais, en 2007, une deuxième rébellion touareg ruine ses espoirs. Deux musiciens de son orchestre sont tués durant les affrontements avec les autorités. Bombino se réfugie au Burkina-Faso, et c’est là que le destin va lui ouvrir grand les bras.

Un documentariste américain, Ron Wyman, recherche depuis quelques mois ce guitariste du désert sahélien dont il a entendu les œuvres sur une cassette audio. Il le piste dans toute la région jusqu’à finalement faire sa connaissance à Ouagadougou. Les deux hommes sympathisent et conviennent de travailler ensemble sur un reportage et un album. De cette association naît Agadez. Nous sommes alors en 2011. Suffisamment bien distribué dans le monde, ce disque révèle la sensibilité artistique de Bombino et accélère son aventure musicale. Depuis, le brillant instrumentiste a fait paraître Nomad (2013), Azel (2016) et Deran (2018). Désormais reconnu, Bombino parcourt le monde et délivre avec force son message de tolérance. Vous pourrez l’applaudir en Europe, jusqu’à fin juin 2018, puisqu’il se produira aux Pays-Bas, en Italie, en Belgique, en Croatie, et en Angleterre, avant de se rendre sur le continent nord-américain en juillet.

Le site de Bombino

 

© Christian Rose
Bombino à Paris, le 16 mai 2018.