Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Bettye Lavette chante Dylan

Bettye Lavette. © Verve Records/Mark Seliger

Trop longtemps mésestimée, la chanteuse noire américaine Bettye Lavette a retrouvé ces dernières années les faveurs du public. Sous l’impulsion de producteurs bien avisés et de labels audacieux, la voix de cette redoutable femme de caractère a brillamment rejailli avec ce léger voile rocailleux que des années de lutte ont progressivement poli. L’entendre interpréter aujourd’hui les œuvres de Bob Dylan semble plus que naturel, comme une évidence qu’il aurait fallu accompagner bien plus tôt. À 72 ans, après un demi-siècle sur la route et dans les studios d’enregistrement, Bettye Lavette, légende de la Soul-Music, a tenté une expérience… Adapter, modeler, revisiter le répertoire du poète folk est un sacré challenge tant l’aura de ce personnage sur la culture populaire américaine impose retenue et révérence, mais Bettye Lavette n’a que faire des précautions d’usage et des ronds de jambes. Elle s’est appropriée les œuvres de Bob Dylan avec audace en évitant consciencieusement de tomber dans l’hommage pompeux et consensuel.

L’histoire de Bettye Lavette a débuté en 1962 quand elle enregistra, à 16 ans, son premier 45T intitulé My Man. Bien que sa destinée, en dents de scie, a quelque peu pénalisé son image de brillante artiste, il faut lui reconnaître une constance et une volonté de fer pour exister dans un univers musical en perpétuel mouvement. Contemporaine de James Brown, Otis Redding et Aretha Franklin, Bettye Lavette a dû batailler ferme pour trouver sa place dans la famille africaine-américaine des années 60 et 70. Ce n’est finalement qu’au tournant du XXIe siècle que son nom apparaîtra, aux yeux des amateurs éclairés de Soul-Music, comme une évidence dans « L’épopée des Musiques Noires ». On peut comprendre que cette femme ait aujourd’hui un discours franc et direct, et ne s’embarrasse pas de formules de politesse pour plaire ou séduire un auditoire. Bettye Lavette a un caractère bien trempé et le fait savoir. Sa rencontre fortuite avec Bob Dylan, il y a quelques années, est à ce titre plutôt édifiante.

« Je participais à un festival en Italie, je venais de livrer ma prestation et j'étais dans ma loge sur le point de quitter les lieux. Un responsable de la sécurité me dit alors : « Personne n'est autorisée à sortir d’ici pour le moment ». Je lui demande pourquoi… Il me répond : « Parce que Monsieur Dylan va monter sur scène ». Je ne vous dirai pas ce que fut ma réaction et les mots que j'ai utilisés mais je suis passée outre son interdiction et je suis sortie de ma loge. À ce moment précis, Bob Dylan quittait également la sienne. Nous avons fait quelques mètres ensemble côte à côte sans échanger un mot et j'ai rejoint mes musiciens qui m'attendaient pour assister au concert de Bob Dylan. Et puis, je me suis dit : « Qu'importe ! ». J'ai hurlé : « Hey, Bob Dylan ! ». Il s'est retourné et m'a regardé droit dans les yeux. Son bassiste lui a alors glissé mon nom à l'oreille. Il s'est approché de moi, il a pris mon visage dans ses mains, m'a embrassé sur la bouche et est monté sur scène. Mes musiciens se sont évanouis ! »

 

© Christian Rose
Bettye Lavette à Paris, le 7 mai 2018.

 

Bien que sa rencontre avec Bob Dylan fut brève et fugace, Bettye Lavette a le sentiment de bien connaître ce personnage énigmatique. En travaillant sur son répertoire, en lisant ses textes, elle a compris qui se cachait derrière ce ménestrel célébré dans le monde entier. Elle a démasqué le conteur dont les allégories sur le temps qui passe et l’inéluctable dernier chapitre de la vie ont inspiré  Things Have Changed  (Verve Records), le nouvel album de Bettye Lavette. Nombre d’artistes se sont mesurés au patrimoine de Bob Dylan pour donner une interprétation nouvelle à ses mélodies historiques. Bettye Lavette remarque d’ailleurs que ce sont majoritairement des chanteuses et chanteurs noirs qui ont le mieux rendu justice à l’œuvre originale. Son regard de sage septuagénaire se tourne désormais vers la jeune génération qui devra perpétuer son message pour la postérité.

Le site de Bettye Lavette

 

© Verve Records/Mark Seliger
Le dernier album de Bettye Lavette.

 

Facebook/Twitter édition