Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Espèces de Mentors !

Marcus Miller, le 6 juin 2018 à Paris. © Christian Rose

Au fil des années, ceux que l’on percevait comme de bouillonnants créateurs, biberonnés au jazz des origines, ont acquis l’expérience de leurs aînés et deviennent, à leur tour, les sages que l’on écoute. Le bassiste Marcus Miller parcourt la France cet été en compagnie de fougueux improvisateurs très prometteurs. Sur son dernier album Laid Black, il laisse de l’espace à ces jeunes héritiers qui sauront renouveler l’esprit d’ouverture d’un art séculaire.

En 2015, Marcus Miller avait fait paraître un album très largement inspiré des musiques d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique du Nord. Ce disque, Afrodeezia, avait été pour lui une aventure culturelle et musicale inédite. Dans chacune de ses productions, ce brillant instrumentiste tente de nouvelles manières de surprendre son auditoire. Sur Laid Black, il poursuit sa quête et insuffle l’humeur sonore du XXIe siècle. Indécrottable chercheur, Marcus Miller reste attentif à toutes les mutations artistiques de notre temps même s’il reconnaît volontiers se laisser happer par les styles musicaux de sa jeunesse et, notamment, le funk de la fin des années 70, sans que cela n’altère son inventivité du moment.

Au fil des décennies, Marcus Miller a pris acte des évolutions technologiques et s’empare avec sagesse et philosophie des modes de production actuels. Très réaliste, il observe les virtuoses des années 2000 et les accompagne dans leur désir de création instantanément. Il scrute, analyse, décortique les trouvailles des nouveaux venus et assiste, non sans jubilation, à une révolution qui mélange jazz, rap, trap, soul, funk, hip-hop, etc. Qui peut, mieux que Marcus Miller, évoquer la rigueur qu’impose l’utilisation des procédés d’enregistrement les plus récents ? N’oublions pas qu’en 1986, il fut le producteur du fameux album Tutu du regretté Miles Davis. Il n’avait alors que 27 ans et apprenait, au contact du légendaire trompettiste, l’impérieuse nécessité d’être précis, audacieux et réactif.

 

© Christian Rose
Marcus Miller, le 6 juin 2018 à Paris.

 

À bientôt 60 ans, Marcus Miller est-il, à son tour, un modèle pour la jeune génération comme le fut Miles Davis pour lui ? Sans aucun doute ! Il suffit d’écouter Laid Black pour dénicher cette subtile ingéniosité nourrie par ses jeunes complices à qui il accorde une entière confiance. C’est le propre de tout grand chef d’orchestre : savoir rendre fluide et enthousiasmante une musique savante, intelligente et exigeante. Marcus Miller fait partie de cette famille de leaders !

Un autre bassiste de renom apparaît, pour nombre de jeunes loups du jazz, comme un maître absolu dont il faut impérativement suivre les enseignements. Il s’appelle Stanley Clarke. Ce prodigieux instrumentiste a débuté sa carrière en 1969. Il n’avait que 18 ans. Chaperonné par les légendes d’antan, Horace Silver, Art Blakey, Stan Getz, il a très tôt développé son identité personnelle qui l’a distingué de ses contemporains. Il fut notamment l’un des artisans de ce que l’on nomma le "Jazz électrique" ou "Jazz fusion" au cœur des années 70. Aujourd’hui, à 67 ans, il s’entoure de jeunes musiciens très talentueux qu’il prend, à son tour, sous son aile.

 

© FFJM 2018/Marc Ducrest
Stanley Clarke en concert, le 1er juillet 2018 à Montreux en Suisse.

 

Le 1er juillet 2018, lors du 52ème Montreux Jazz Festival, il présentait au public suisse une nouvelle formation composée d’invraisemblables virtuoses. Cameron Graves, Shariq Tucker, Beka Gochiashvili et Salar Nader sont désormais de sérieux partenaires du génial Stanley Clarke. Leurs noms restent encore méconnus, mais il est certain que leur notoriété respective va croître très rapidement. Ces jeunes gens ont donné un second souffle au répertoire de leur illustre parrain. Le meilleur exemple est, sans nul doute, The Message, le dernier album de Stanley Clarke. Redoutablement moderne, ce disque symbolise parfaitement la transmission du patrimoine et nous avons le privilège d’être les témoins de ce passage de flambeau. "L’épopée des Musiques Noires" devrait nous réserver encore de belles surprises dans les années à venir.

Le site du Festival de Jazz de Montreux

Le site de Marcus Miller

Le site de Stanley Clarke

 

© FFJM 2018/Marc Ducrest
Stanley Clarke et ses jeunes musiciens, le 1er juillet 2018 au Montreux Jazz Festival.