Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Trentenaires extraordinaires !

Gary Clark Jr à Montreux, le 3 juillet 2018. © FFJM 2018/Daniel Balmat

Dans le cadre du 52ème Montreux Jazz Festival en Suisse, l’un des plus importants rendez-vous musicaux de l’été en Europe, de nombreux artistes sont venus illuminer les abords du lac Léman dont Quincy Jones, qui y a fêté ses 85 ans, mais aussi Gregory Porter, Stanley Clarke, Gilberto Gil, Trombone Shorty, Kenny Neal et quelques autres… Les quelques autres, en l’occurrence, s’appellent Aloe Blacc, Roosevelt Collier, Leon Bridges ou Gary Clark Jr. Le temps a passé et les virtuoses en herbe sont devenus des trentenaires aguerris qui se mesurent avec respect à leurs aînés et impriment la musicalité de leur époque. Ils vivent au présent mais ont chacun une lecture différente du monde dans lequel ils évoluent.

Gary Clark Jr, notamment, est l’un des symboles de cette génération montante qui s’est appropriée "L’épopée des Musiques Noires" pour la remodeler à son goût et la développer au XXIe siècle. Formidable guitariste texan, il tire profit des enseignements de l’histoire. Jimi Hendrix, Jeff Beck, Prince ou Stevie Ray Vaughan semblent nourrir son inventivité et l’inspirent pour dessiner le paysage sonore des années à venir. Il faut croire que la guitare est un excellent vecteur d‘émancipation quand le poids du patrimoine impose trop de révérences. Roosevelt Collier a, quant à lui, su échapper à une recréation du blues ancestral. Virtuose de la Pedal Steel Guitar, il s’est accommodé de l’héritage massif transmis de génération en génération. Il maîtrise à la perfection les techniques et les harmonies d’un instrument à cordes original que sa famille chérit depuis les années 1930.

 

© FFJM 2018/Anne-Laure Lechat
Roosevelt Collier, lors de sa Masterclass à Montreux, le 3 juillet 2018.

 

Quelques jeunes chanteurs ont également transformé la narration musicale de notre temps. Leon Bridges vient du Texas. Brillant interprète de la Soul-Music d’hier, il la revitalise en insufflant une humeur très moderne pourtant fortement influencée par l’élocution des héros d’antan. Son dernier album Good Thing est une belle illustration de l’évolution progressive des accents africains-américains dans la pop d’aujourd’hui. Invité en 2016 à la Maison Blanche par Barack Obama pour rendre hommage à Ray Charles, Leon Bridges a prouvé que l’on pouvait honorer les anciens sans perdre son identité artistique. Le président Obama en fut convaincu et lui donna même un petit conseil : "Ne les laissez pas vous changer !". Un avertissement plutôt pertinent face au rouleau compresseur du marché discographique.

 

© FFJM 2018/Daniel Balmat
Leon Bridges en concert à Montreux, le 3 juillet 2018.

 

Le Montreux Jazz Festival permet ainsi de flairer l’ère du temps. Aloe Blacc qu’on avait découvert, il y a bientôt 10 ans avec le classique I need a dollar, a épaté le public helvétique en décidant de laisser de côté son répertoire Pop-Soul pour ressusciter en intégralité un album d’une de ses idoles, Eugene McDaniels. Ce chanteur trop peu célébré, disparu en 2011, avait fait paraître en 1971 un album intitulé Headless Heroes of the Apocalypse. Ce chef d’œuvre fut censuré par l’administration de Richard Nixon car jugé trop politique et contraire aux valeurs de la grande Amérique. Les chansons qui composent ce disque ne furent présentées qu’une seule fois au public américain, c’était à l’Apollo de Harlem en 1971. Aloe Blacc a donc jugé légitime de rendre justice à cet album majeur en le réinterprétant in-extenso en 2018 alors que les violences policières contre la communauté noire redeviennent tristement banales aux États-Unis.

Les trentenaires ont appris de leurs aïeux et n’entendent pas laisser l’histoire se répéter. Ils veillent à ce que leur liberté d’expression demeure pleine et entière. À Montreux, le temps passe paisiblement mais, chaque été, de nouvelles voix se font entendre et indiquent un chemin. À nous de savoir suivre cet élan parfois naïf mais toujours sincère de la jeunesse actuelle. Les programmateurs du Montreux Jazz Festival l’ont parfaitement compris…

Le site du Festival de Jazz de Montreux
Le site de Gary Clark JR
Le site de Roosevelt Collier
Le site de Leon Bridges
Le site de Aloe Blacc

 

© FFJM 2018/Marc Ducrest
Aloe Blacc chante le répertoire d’Eugene McDaniels, le 30 juin 2018 à Montreux.

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