Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Jeunes pousses…

Deva Mahal en concert au Théâtre de la mer à Sète, le 17 juillet 2018. © Pierre Nocca

Du 12 au 20 juillet 2018, le festival "Jazz à Sète", dans le sud de la France, a présenté une programmation intergénérationnelle très enthousiasmante. De fringants septuagénaires et de jeunes trentenaires se croisaient au Théâtre de la mer face à la Méditerranée. Que se sont-ils dit ? Ont-ils échangé leur vision du monde ? Qu’ont-ils appris les uns des autres ? En assistant à ce ballet d’artistes de tous âges, nous eûmes la conviction que "L’épopée des Musiques Noires" ne se conjuguait pas qu’au passé. Au fil des décennies, la vigueur et la fougue de jeunes talents entretiennent la flamme et actualisent l’élan créatif des aînés. L’histoire ne se répète pas, elle date les fractures du temps et accompagne l’évolution progressive du paysage musical afro-planétaire.

La chanteuse Deva Mahal sait plus que quiconque ce que la transmission du savoir signifie. Son père n’est autre que le célèbre guitariste de blues, Taj Mahal. Le 17 juillet 2018, la demoiselle assurait dignement la première partie du vétéran Don Bryant (76 ans), dont l’expérience et le poids patrimonial pouvaient intimider. Plongée depuis son enfance dans l’univers de la Soul-Music et du Blues, Deva Mahal se sentait davantage honorée de partager l’affiche avec cette grande figure de Memphis. Pour autant, elle ne voulait pas se contenter d’une révérence, elle tenait à imprimer sa tonalité, celle d’une jeune femme du XXIème siècle, avant de laisser place à la tradition. Elle y parvint généreusement en conviant les spectateurs à venir danser auprès d’elle dans une joyeuse célébration rythmée par les extraits de son album Run Deep. L’avenir semble lui sourire et son discours réfléchi dessine déjà une intention artistique solide.

"Je pense que nous avons les moyens de retrouver l’élan mobilisateur de nos aînés. Il se trouve seulement que, dans de nombreux pays, la désillusion l’emporte souvent sur l’engagement. Le monde globalisé dans lequel nous vivons encourage, paradoxalement, l’individualisme mais je persiste à croire que nous pouvons toujours atteindre la fibre sensible de chaque citoyen de cette planète. Je ne peux pas imaginer que nous cherchions viscéralement à faire du mal aux autres. Je pense que nous préférons, en notre for intérieur, contribuer au bien-être de tous. Quand nous serons tous sur la même fréquence, nous parviendrons à nous mobiliser". (Deva Mahal – 17 juillet 2018).

 

© RFI/Joe Farmer
Deva Mahal à l’issue de son concert au festival "Jazz à Sète".

 

Jacob Banks, brillant soulman d’origine nigériane, se produisait lui aussi au Théâtre de la mer, lors du 23ème festival "Jazz à Sète". Bien qu’il ait quitté, enfant, sa terre natale, il subsiste dans sa voix la source de son identité africaine. Parfait autodidacte, il n’a jamais vraiment appris à chanter ou à jouer de la guitare dans des conservatoires européens huppés. Il est d’ailleurs le premier surpris de l’engouement que suscitent ses prestations. Ses récents voyages, notamment à Memphis, ont incliné sa musicalité vers un blues qu’on croirait emprunté aux icônes américaines d’antan. Et pourtant, c’est le bien le cœur battant de l’Afrique qui guide l’inspiration de ce jeune homme de 26 ans très prometteur. Si la frénésie d’une notoriété excessive ne le détourne pas de ses objectifs, si l’industrie du disque n’altère pas son originalité, Jacob Banks pourrait devenir un redoutable interprète. Il lui faut, pour cela, garder les pieds sur terre et se fier à son propre jugement. Il semble, pour le moment, avoir su résister aux chants des sirènes.

 

© Pierre Nocca/Betty Klik
Jacob Banks en concert à Sète, le 16 juillet 2018.

 

"Vous savez, mon ignorance est une bénédiction car je ne réalise pas vraiment ce qui m’arrive. Je ne fais pas partie de ces gamins qui étudient le solfège depuis l’âge de 2 ans et qui sont capables de jouer de 7 instruments différents. J’ai commencé à faire de la musique sérieusement il y a seulement 5 ans. Je suis encore vierge de toute pression professionnelle. J’apprends au jour le jour, je ne suis qu’un débutant. Je ne suis pas né dans la musique. Je prends conscience de ma chance quand j’arrive dans une salle de spectacles ou sur le lieu d’un festival. Pour moi, le plus important, c’est de livrer une prestation avec le plus de sincérité possible. Si vous vous laissez envahir par la pression de la renommée ou d’un entourage professionnel pesant, vous perdez pied. Je n’ai pas les réponses à toutes les questions mais j’y travaille ! ». (Jacob Banks – 16 juillet 2018).

Le site du festival Jazz à Sète
Le site de Deva Mahal
Le site de Jacob Banks

 

© RFI/Joe Farmer
Jacob Banks avant son concert au Théâtre de la mer de Sète.

 

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