Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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50 ans de rêve éveillé (1ère Partie/Rediffusion)

Martin Luther King à Chicago, en plein discours pour les droits civiques, le 21 juin 1964. © Ted Williams/Iconic Images/Getty Images

Pour comprendre le mouvement des droits civiques, conduit par Martin Luther King, il faut revenir à la source originelle de cette fronde sociale des Noirs d’Amérique, et parvenir à relier les époques, les engagements, les renoncements, les petites et grandes victoires, les acteurs et témoins d’une aventure humaine qui continue de susciter bien des commentaires. Il y a un demi-siècle, un homme d’église devenait le symbole éternel non-violent d’une population discriminée, humiliée, bafouée. Le 3 avril 1968, le pasteur King délivrait un message d’espoir et mettait une dernière fois en garde les esprits étriqués, arc-boutés sur des convictions d’un autre âge. Ce combat existentiel sans fin a connu plusieurs soubresauts, plusieurs visages, et chaque fois, il fallait affronter les brimades pour tenter d’avancer et retrouver sa dignité.

Les échos de ces luttes quotidiennes nous parviennent souvent en musique quand les artistes africains-américains cherchaient un espace d’expression pour hurler leur colère. Cette aigreur était le fruit de quatre siècles d’esclavage, de soumission, d’oppression et d’intimidation. Le chanteur et guitariste Ben Wiley Payton, originaire de Jackson (Mississippi) étudie, depuis des décennies, la manière dont les musiciens exprimaient leur rancœur dans leur répertoire. Face à la résurgence des propos et violences racistes outre-Atlantique, Ben Wiley Payton veut s’adresser à la jeune génération. Il sait qu’il peut compter sur elle pour contrer les velléités belliqueuses de certains citoyens blancs. A 70 ans, il se souvient du bouillonnement racial des années 60, de l’agitation populaire pleine d’espérance, mais aussi de la complainte blues de ses aînés : " Le blues, à l’origine, n’utilisait pas de mots. Il ne s’agissait que de lamentations. C’était l’expression d’une vie misérable, celle de l’esclave africain exploité par le colon européen sur le sol américain. Ces gens ont sacrément souffert. Le blues était le seul exutoire pour résister ! "

 

© Courtesy of Greenwood CVB
Ben Wiley Payton sur la tombe du bluesman Robert Johnson.

 

Pour nombre de Noirs Américains, parvenir à l’égalité raciale a été, et reste, un long chemin de croix. Le gospel de Mahalia Jackson donnait du réconfort aux ouailles des églises baptistes quand il n’y avait plus d’horizon. La pieuse Bertha Looney est aujourd’hui enseignante au Southwest Community College de Memphis. Autrefois, les Negro-Spirituals lui donnaient du courage pour aller étudier et affronter l’adversité. En 1959, elle fut l’une des huit premières étudiantes noires à pouvoir s’inscrire à l’Université du Tennessee, en vertu d’une loi fédérale qui imposait aux Etats ségrégationnistes d’accueillir dans les établissements scolaires tous les jeunes qui le désiraient quelle que soit la couleur de leur peau. Face à 5 000 élèves blancs, il lui fallut batailler pour trouver sa place sur le campus : "  J’étais effrayée mais je me disais qu’il était important que je supporte cette situation le plus longtemps possible car, dans mon esprit, d’autres pouvaient bénéficier de mon exemple ". Une décennie plus tard, Bertha Looney rencontra Martin Luther King et assista même à son dernier discours au Mason Temple, la veille de sa mort : " Il y avait de la ferveur dans ses mots et nous étions heureux de les entendre. Il y avait de l’électricité dans l’air. Sa voix, son phrasé et la grandiloquence de son propos nous portaient mais lorsqu’il est parvenu à la conclusion de son discours, j’ai vu dans ses yeux quelque chose d’étrange. Puis, il s’est assis, ses proches l’ont entouré et tout le monde pleurait. Ce fut une sensation curieuse qui laissait présager un drame à venir. "

 

© RFI/Joe Farmer
Bertha Looney au Southwest Tennessee Community College de Memphis.

 

Le Lorraine Motel où fut assassiné le pasteur King est désormais le Musée National des droits civiques. Cette institution retrace toute l’histoire du peuple noir, de la traite négrière au mouvement " Black Lives Matter ". La musique accompagne, là aussi, le récit séculaire de cette effroyable épopée. Qu’il s’agisse d’une tonalité sacrée (We shall overcome) ou profane (I’m Black & I’m Proud), les différents hymnes afro-américains rythment les appels à la mobilisation. Noëlle Trent est la conservatrice du musée, et ne veut pas réduire l’enjeu patrimonial aux icônes d’antan : " Aux États-Unis, nous aimons chérir les grandes figures de notre histoire. On oublie souvent les petites gens qui ont œuvré dans l’ombre. Ceux qui chantaient dans les manifestations, ceux qui ramassaient le coton dans les plantations, ceux qui se sacrifiaient pour leurs enfants, étaient les vrais acteurs du mouvement des droits civiques ".

En janvier 1968, Aretha Franklin reprend les mots de Curtis Mayfield, " People Get Ready ", comme une allégorie à la libération spirituelle des Noirs à travers la planète. Cet espoir se fracasse, le 4 avril 1968, sur la violente inertie d’une société encore trop conservatrice pour envisager son examen de conscience. Martin Luther King ne s’exprimera plus, mais ses partisans prendront la parole avec rage et détermination.

Les reportages exclusifs présentés dans cette série d’émissions spéciales ont été réalisés avec le concours de Memphis Travel, Visit Mississippi, Équinoxiales et American Airlines.

 

© RFI/Joe Farmer
Dr Noëlle Trent au Musée National des Droits Civiques à Memphis.

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