Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Hommage à Randy Weston

Randy Weston, en concert au Festival Jazz à La Villette, le 5 septembre 2011, à la Cité de la Musique, à Paris. © Getty images/Samuel Dietz/Redferns

Évoquer la destinée du pianiste Randy Weston, c’est ouvrir un grand livre d’histoire tant ce brillant instrumentiste, né à Brooklyn (New York) en 1926, fut l’un des fervents défenseurs des traditions ancestrales africaines… Bien qu’il fut très tôt mis en garde par son père des affres de l’homme noir dans une société raciste, c’est au tournant des années 60 que l’affirmation de son identité se développe alors qu’il se rend à Lagos au Nigeria. Là, en compagnie de Lionel Hampton, Nina Simone et Langston Hughes, entre autres, il découvre la force spirituelle du peuple noir. Bousculé par les réalités continentales, l’accélération des évènements, les indépendances, l’émancipation des populations, la libération des consciences, il devient un conteur qui, au fil des décennies, revendiquera son statut d’Africain arraché à la terre originelle.

Bien qu’il fut d’abord inspiré par ses contemporains américains, Count Basie, Art Tatum, Nat King Cole, Duke Ellington ou Thelonious Monk, la musicalité de Randy Weston ne devînt jamais définitivement jazz. L’écho africain jaillissait presque instinctivement dans les œuvres nombreuses de ce virtuose absolu. Son désir ardent de comprendre la source de sa créativité le guida jusqu’à Tanger où il finit par s’installer en 1967. Il suivra alors les enseignements des gnaouas du Maroc et mâtinera son jeu de couleurs sonores nouvelles et enrichissantes. Il faudra cependant attendre les années 90 et l’intérêt d’une maison de disques audacieuse, Polygram France, pour que son nom et son propos suscitent à nouveau la curiosité.

 

© RFI/Joe Farmer
Randy Weston (Vienne, 3 juillet 2016).

 

Lorsque paraît The Spirits of our Ancestors en 1992, Randy Weston a déjà 66 ans et se plaît à jouer le sage patriarche animé par l’esprit des ancêtres. Pour autant, son discours n’est pas feint, il endosse pleinement son rôle de passeur. Il transmet la parole de ses aînés et revendique ses racines africaines jusqu’à composer, 20 ans plus tard, une œuvre imposante, une suite pour orchestre dédiée aux Nubiens, une antique civilisation égyptienne dont il se pensait l’un des descendants. Randy Weston était un interlocuteur précieux et un improvisateur majestueux. Écouter ses mots ou ses notes demandait de l’attention. Il conservait cependant cette candeur estudiantine qui le distinguait de l’historien ou du musicologue affirmé.

"J’essaye surtout de poser des questions… Qu’est-ce que la musique ? Comment affecte-t-elle nos vies ? J’ai obtenu quelques-unes des réponses en écoutant les musiciens traditionnels qui me disaient que la musique est un art sacré, un langage qui a précédé la parole. La musique vient du milieu naturel dans lequel nous vivons. Les rythmes, les harmonies, les couleurs du ciel, le chant des oiseaux, le son des insectes, les cris des animaux, tout cela a une incidence sur notre vie terrestre. Il se trouve que le continent africain était sûrement le plus riche et le plus sonore de la planète avant que les hommes ne s’en emparent. La musique était déjà là ! Finalement, nous sommes devenus musiciens en écoutant la nature. Nos ancêtres ont appris à dialoguer avec les animaux et ont conçu des instruments de musique rudimentaires pour être en phase avec leur environnement naturel. L’Afrique est si vaste qu’il est impossible de tout connaître. Il faut rester humble face à la multiplicité cultuelle africaine. Il faut être respectueux et comprendre que nous sommes incapables de reproduire certaines traditions musicales car elles sont le ciment identitaire de peuples que nous devons apprendre à connaître".

Randy Weston nous a quittés le 1er septembre 2018. Il avait 92 ans !

Le site de Randy Weston

 

© Claire Gaillard/Jazz à Vienne
Randy Weston en concert, le 4 juillet 2016, à Vienne (France).

Facebook/Twitter édition