Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Une promenade à Bump City avec Boney Fields

Boney Fields à RFI. © Christian Rose

Savoir restituer avec goût, crédibilité et pertinence, une humeur sonore héritée de la tradition africaine-américaine ancestrale est un sacré défi que peu d’artistes ont le talent de pouvoir relever. Boney Fields fait partie de ces instrumentistes aguerris capables de revitaliser un art avec acuité et légitimité. Il faut dire que sa déjà prestigieuse destinée suppose une maîtrise parfaite d’un vocabulaire mélodique façonné par ses aînés. Nourrie par le blues originel, la musicalité de Boney Fields a pris, au fil des décennies, des accents Soul-Funk qui le distinguent de ses homologues jazzmen.

Les centaines de concerts et de prestations en studio aux côtés des grandes figures de la culture populaire noire américaine ont forcément dessiné les contours de son identité et affiné sa virtuosité à la trompette. Partager la scène avec Luther Allison, James Cotton ou Buddy Guy fut nécessairement un enrichissement personnel majeur. Côtoyer George Clinton, Maceo Parker ou Fred Wesley ne pouvait être qu’une bénédiction. Toutes ces expériences ont fait scintiller la musique de Boney Fields, et lui ont permis de devenir un témoin et acteur privilégié d’une épopée musicale unique. Sans compromettre l’essence même de son expressivité, tel un artisan, le soliste a su se renouveler et épouser l’ère du temps. Il sait, plus que jamais, humer le parfum d’une époque…

Son nouvel album, Bump City, n’échappe pas à la règle. Plus "rock", le nouveau répertoire du virtuose de Chicago reflète l’atmosphère électrique du moment. Pour cela, le maestro s’est entouré de musiciens enjoués capables d’imprimer cette tonalité positive dont la planète a besoin. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de déceler un écho néo-orléanais furieusement cuivré dans cette célébration du swing. Ne serait-ce pas un clin d’œil à celui qui alluma la flamme du jeune Boney Fields au tournant des années 70 ? Un certain Louis Armstrong ? Autorisons-nous à le croire car Mister Fields se fait un devoir d’honorer toutes les étoiles qui, autrefois, lui transmirent cette envie irrépressible d’insuffler de la joie de vivre dans un monde parfois terne et apathique. Révérer les anciens n’est jamais le signe de la nostalgie, c’est faire preuve de reconnaissance et de respect pour ceux qui montrent la voie.

 

 

Il paraissait donc naturel que Boney Fields choisisse de rendre un hommage appuyé à son compagnon de route et mentor, le regretté James Cotton, sur le titre  Ying Yang, magnifié par la grâce d’un invité de marque, le chanteur et harmoniciste, Charles Pasi. Comment ne pas voir dans Bow legs, Sadie et You burn me up, une allusion au fougueux Boney Fields qui interprétait, dans les années 90, au sein des Burning Chicago (son premier groupe en tant que co-leader), ces frétillantes compositions devenues, de fait, historiques. Et pourquoi ne pas se féliciter de découvrir une relecture de Ride to the City, enregistré il y a 20 ans pour l’album Hard Work resté trop longtemps méconnu.

Mais ne nous y trompons pas, Bump City est, certes, le fruit d’un savoir-faire acquis avec constance et détermination, mais c’est d’abord et surtout un album vivifiant porté par la fraîcheur créative d’une formation solide, enthousiaste et très performante. C’est un message, un témoignage, l’histoire d’une vie, celle d’un musicien sincère, généreux, et fier de ses jeunes partenaires à qui il offre un espace d’expression conséquent. Jo Champ, le guitariste, peut d’ailleurs s’enorgueillir d’avoir signé et interprété le frissonnant Dark Side of a Love Affair.  Boney Fields est désormais convaincu de son rôle. Comme le firent ses héros d’antan, il veut à son tour guider les pas de la jeune génération, l’accompagner dans son développement artistique et la voir s’épanouir à son contact.

 

 

Il veut aussi donner du bonheur à ses contemporains. Dans Bump City, le titre phare de l’album, il imagine d’ailleurs une ville où l’on ferait la fête et danserait toute la nuit. Quelle belle promesse ! Et comme le laissent entendre Ain’t giving up on you et More, l’espoir et la félicité sont les meilleurs remèdes aux embûches et aux revers de l’existence. Qu’il soit entendu !

Le site de Boney Fields.