Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte

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Le swing de Jon Batiste, de Frédéric Chopin à Louis Armstrong

Jon Batiste en concert à la Cathédrale américaine de Paris, le 5 octobre 2018. © Frédéric Ragot

À La Nouvelle-Orléans, trois familles se partagent un patrimoine musical séculaire. Les Marsalis, les Neville et les Batiste. Le benjamin de la famille Batiste s’appelle Jon. Il est un pianiste reconnu dont la notoriété ne cesse de croître. À seulement 31 ans, il déjà collaboré avec Stevie Wonder, Prince, Mavis Staples, Lenny Kravitz, entre autres… Il est aussi le directeur musical du "Stephen Colbert Late Show" sur CBS, et a fait plusieurs apparitions dans la série américaine "Treme". Le 5 octobre 2018, il présentait son dernier album Hollywood Africans à la Cathédrale américaine de Paris. Nous étions sur place…

Jon Batiste est originaire de Kenner, une petite ville située dans la banlieue ouest de New Orleans, autant dire à deux pas du bouillonnement musical louisianais. Il a grandi à l’écoute des grandes figures du jazz de sa région, les Dr John, Allen Toussaint, Harry Connick Jr, sans oublier sa famille, ses oncles, Lionel, Harold, Damon, tous musiciens de grand talent. C’est donc dans cet univers sonore que le petit Jon a commencé à poser ses doigts sur le clavier d’un piano et est, très vite, devenu un virtuose salué par ses pairs. En 2005, à 19 ans, il monte son premier groupe "Stay Human", une formation plutôt efficace qui lui permet de tourner aux quatre coins de États-Unis, et qui lui donne l’opportunité de se faire remarquer par quelques personnalités du show-business américain. Le monde du spectacle l’attire, et il trouve alors l’énergie nécessaire pour susciter l’intérêt de producteurs et promoteurs inspirés.

L’épopée de Jon Batiste va s’accélérer lors de ses premières prestations télévisuelles. Sa notoriété croît rapidement. Cette visibilité excessive l’indispose pourtant quelque peu… "Rendez-vous compte, je suis devenu, à l’âge de 26 ans, le directeur artistique d’une émission de variétés sur CBS. J’ai réalisé que le jeune homme que j’étais alors n’était pas préparé aux feux des projecteurs, à cette pression médiatique, qui vous impose de vous comporter d’une certaine manière pour ne pas heurter le téléspectateur. Ce nouvel album, "Hollywood Africans", est donc une représentation de ce que je suis sans le masque que je portais à la télévision. Il exprime qui je suis profondément. Nat King Cole avait vécu la même chose en 1956. Il devait se cacher derrière ce masque de la bienséance car il était un homme noir dans une Amérique blanche. Heureusement pour moi, je n’ai pas à souffrir aussi intensément de cette situation. Je continuerai donc à proposer une musique authentique inscrite dans la tradition africaine-américaine car j’en ai le droit et le devoir. Il faut qu’elle reflète l’inaltérable vérité de mon être".

 

© Christian Rose
Jon Batiste à Paris, au micro de Joe Farmer, le 8 octobre 2018.

 

De Frédéric Chopin à Louis Armstrong, Jon Batiste s’autorise des relectures audacieuses. Il veille ainsi à ne pas entrer dans une catégorie. Il se joue des styles et des modes, quitte à s’attirer les foudres des puristes qui lui contesteront toujours le droit de s’aventurer sur des chemins de traverse. "Le jazz est la musique classique américaine", aime répéter Jon Batiste reprenant les mots de son illustre aîné, le pianiste Ahmad Jamal. Se produire dans une église n’est pas, pour lui, un acte profane et irrévérencieux, c’est chercher l’échange et la communion avec les ouailles au-delà des chapelles et des croyances personnelles. Jon Batiste est un personnage étonnant. Il semble parfois habité par une spiritualité sincère et, l’instant suivant, livre un propos sérieux, concret, réfléchi. Certes, l’un n’empêche pas l’autre, mais son discours tranche avec son attitude pieuse comme s’il bataillait entre deux postures.

Il faut dire qu’il fut très critiqué pour avoir joué le jeu des médias et doit constamment répondre aux attaques de ceux qui ne le voient que dans le costume de "L’amuseur public", "L’entertainer", comme on dit aux États-Unis. "Je ne suis pas tel ou tel musicien, je suis juste un être humain qui tente de s’exprimer à travers des notes. Je ne suis que le fruit de mon inspiration, d’une vision que je ne peux changer. Le mot "Entertainer" est donc trop réducteur à mes yeux. Il ne définit pas qui je suis. Cela ne m’offense pas outre-mesure car ce monde s’est construit sur des catégories. C’est ainsi que nous organisons nos modes de vie, nos sociétés, nous cherchons constamment à nommer les choses. Ceci étant dit, je ne passe pas mon temps à essayer de me définir. Je serais offensé si j’y attachais de l’importance mais ce n’est pas le cas ! Je ne me laisse pas polluer par ce genre de considérations. Je ne me dis jamais : « Pourvu que le public appréciera ceci ou cela !". Un créateur ne doit pas se laisser perturber par l’écho négatif que des pseudo-connaisseurs lui renvoient".

Le site de Jon Batiste.

 

© Christian Rose
Jon Batiste nous présente son mélodica.