"Pop Makossa", magistrale leçon de groove

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L'immersion sensorielle que propose la compilation Pop Makossa est d'une rare intensité : voyage dans la musique camerounaise telle qu'elle se pratiquait entre Douala, Yaoundé et Paris, à l'époque du funk et du disco. Revue de détail.

Longtemps, les instigateurs de ce projet dédié au makossa du tournant des années 80 ont cherché la chanson qui pourrait servir de porte d'entrée. Un sas pour nous transporter au plus vite et sans heurt dans ces 70 minutes de chaos organisé, irradié par une énergie qui transpire de chaque titre. Le déclic s'est produit au bout de huit ans, en tombant sur un obscur morceau jamais commercialisé et intitulé Pop Makossa Invasion, parfait pour préparer le terrain, chauffer l'atmosphère sans trop en dévoiler.

Le son, brut, annonce une autre façon de penser la musique, tout comme le poids donné à la section rythmique, les riff de guitare venus du funk... Mais c'est un autre instrument qui se démarque soudain et s'impose au premier plan de façon répétée tout au long de la compilation : la basse.

Le Cameroun n'est-il pas aujourd'hui considéré comme le pays des bassistes, avec des représentants devenus des références en la matière, comme Richard Bona, Étienne Mbappé ou Guy Nsangué ? Il y a plus de trois décennies, leurs talentueux compatriotes Aladji Touré, Vicky Edimo (père de l'artiste dancehall Tiwony) et Willy N'For, tous présents sur cette compilation, ont commencé à faire rebondir les notes sur des lignes de basse, mises en avant au mixage et dont le style est devenu une sorte d'identité. L'effet obtenu se voit sur les pistes de danse, amplifié par l'influence perceptible du disco, un des prolongements du funk.

Vingt ans après les indépendances, alors que les sociétés occidentales se regardent à travers un kaléidoscope psychédélique et que les Afro-Américains disent la fierté de leurs origines, la musique demeure un espace de liberté pour ces artistes africains qui prennent plaisir à s'affranchir des formats et autres contraintes ou conventions. La fonction du chant apparaît presque rituelle, en particulier sur More Love de Pat N'Doye et Ngon Engap de Gaston Olinga, où la répétition des mêmes bouts de phrases participe d'une forme de transe.

Plus qu'un disque, Pop Makossa s'apparente à un documentaire captivant, dans lequel il y a autant à écouter qu'à lire et regarder. Un plongeon dans une période parfaitement racontée dans un beau livret de trente pages, une narration rythmée et ponctuée de rencontres avec les principaux protagonistes, dont la notoriété n'a souvent été que temporaire, le temps de plusieurs 45 tours, mais qui sont tous heureux de pouvoir faire revivre cet âge d'or.

Compilation Pop Makossa – The Invasive Dance Beat of Cameroon 1976–1984 (Analog Africa) 2017