Au nom du funk, la Malka Family revient

Malka Family. © Christine Ammour

En veille depuis près de deux décennies, dispersée pour mieux propager les ondes du funk dont elle a été un des chefs de file en France, la Malka Family reprend du service avec l’album Le Retour du kif. Fidèle à cette identité peu conventionnelle qui a fait sa réputation, le groupe parisien sait aussi exploiter toute la culture musicale acquise par ses membres au fil des années.

Le funk les a appelés, et ils ont répondu présents. D’emblée, pour expliquer le retour sur le devant de la scène de la Malka Family, son bassiste Dany’O donne le ton. Décalé. C’est l’habitude de la maison, et elle n’a visiblement pas changé depuis la fin du siècle dernier. La joyeuse équipe est dans l’espace, au sens propre, et l’assume en se faisant représenter au milieu des étoiles sur la photo qui s’étale sur les deux volets intérieurs du nouvel album. Le Retour du kif a "un pied dans le passé et un pied dans l’époque actuelle", veut croire le musicien, membre fondateur de ce groupe qui a poussé ses premiers sons en 1988.

Kifologie

L’objectif, dès le départ de l’aventure, était clairement affiché : "transmettre et partager le kif ", le sens de la fête, élevé même au rang de science si on en juge par le DVD qui revient sur leur histoire, intitulé Kifologie. Pour le clip de Tous des oufs, en 1993, la Malka Family avait lancé un appel sur une radio afin de convier au tournage tous ceux qui le souhaitaient et donné rendez-vous à une station de métro en plein cœur de Paris. Résultat, une foule chantante et bariolée avait envahi un grand boulevard et arpenté les rues adjacentes de la capitale. Impensable aujourd’hui, sans autorisation en bonne et due forme des pouvoirs publics.

Aux sources de leur univers déjanté et de cette désinvolture apparente, il y a bien sûr le funk américain, en particulier le courant incarné par Parliament-Funkadelic et leur leader George Clinton. Pas un simple genre musical mais le vecteur d’un état d’esprit anticonformiste, symbolisé entre autres par des tenues et déguisements en tous genres – le psychédélisme est passé par là – qui collent aux souvenirs comme à la peau d’Earth Wind & Fire. Les influences de la Malka sont aussi hexagonales. "On a grandi avec le Big Bazar de Michel Fugain", rappelle Dany’O. Dans les années 70, la troupe menée par l’auteur de l’indémodable C’est la fête ne passait pas non plus inaperçue…

Casser les codes

Si cette légèreté affichée leur a été reprochée, les musiciens de Malka la justifient en évoquant la scène qui conclut chaque album d’Astérix : une fête populaire, conviviale, où l’on se retrouve après avoir triomphé de l’adversité. Fédérer, pour être plus fort. "J’aime bien l’idée d’unité nationale", reconnait Dany’O, qui rappelle que George Clinton a appelé un de ses morceaux One Nation Under A Groove. "On aime bien casser les codes, mais avant de le faire, il faut comprendre ce qu’ils racontent", poursuit le bassiste.

Lorsque leurs trajectoires se sont séparées après la tournée qui avait suivi l’album Fotoukonkass, les 14 membres de la Malka Family ont continué à répandre la bonne parole du funk autant qu’ils le pouvaient, se croisant au gré des projets, avec les Gréements de Fortune, les Horndogz, Bibi Tanga, au sein des Malka Horns pour les cuivres sollicités par tel ou tel artiste… De leur côté, Dany’O et Isaac, le tromboniste, ont fait le tour du monde avec le groupe-studio Madioko, enregistrant le Réunionnais Danyel Waro, des Garifunas de Belize, accompagnant le Malien "Techno" Issa Bagayoko au festival Africolor…

Retour de funk

L’éventualité de reformer le groupe, en s'appuyant sur la plupart de ses piliers "historiques", a commencé à faire sens en 2014, à l’occasion du concert des vingt ans du label Big Cheese, acteur emblématique de la scène funk française. Les succès de Uptown funk de Mark Ranson et Bruno Mars ou Get Lucky de Daft Punk et Nile Rogers y ont aussi contribué. "L’avantage, c’est que maintenant tout le monde sait ce qu’est le funk ", sourit Dany'O. Quand ils ont repris le chemin des répétitions, et branché à nouveau leurs instruments dans le studio qu’ils avaient fréquenté durant près d’une décennie, chacun s'est inconsciemment remis à la place qui était la sienne 20 ans plus tôt… En quelques minutes, la machine était relancée. Et la nécessité de proposer de nouveaux morceaux s’est rapidement imposée, pour répondre au "diktat" de l’industrie musicale. Avec un mot d’ordre : éviter au maximum les machines, privilégier l’organique, "le jouage", résume Dany’O.

Les mots, en français comme presque toujours dans le répertoire de la formation, se mettent au service de la musique, la souligne, en épouse les contours, la font swinguer. De préférence en empruntant à des champs de vocabulaire peu usuels en matière de chanson ! Le loufoque est sans limite, que ce soit avec Minou Minou, gimmick sur le modèle du Mais non mais non d’Henri Salvador (Mah Na Mah Na, dans la version originale de Piero Umiliani), ou Poulet cuit, qui remet sur la broche cet animal récurrent dans le bestiaire de la Malka. Tout le savoir faire du groupe, et qui s’entend de la première à la dernière minute du Retour du kif, réside dans l’art de cuisiner ces ingrédients pour en faire ressortir le groove.

Malka Family Le Retour du kif (Saint Paul Force) 2017

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