Alaclair Ensemble, la langue universelle de la fête

Alaclair Ensemble aux Francofolies de Montréal 2017. © Marie-Hélène Mello

Depuis maintenant sept ans, la troupe québécoise Alaclair Ensemble fait un malheur au Québec. Après avoir transformé le hip hop francophone en Amérique – et fracassé toutes les idées reçues sur les concerts associés à ce genre musical –, le groupe à 6 têtes traverse l’océan pour réaliser sa première tournée européenne.

Définir Alaclair Ensemble, c’est toujours un peu se mettre les pieds dans les plats. Maybe Watson, l’un de ses rappeurs, le dit lui-même : "Essayer de comprendre l’univers d’Alaclair Ensemble d’une shot, c’est presque impossible. On a des expressions bien à nous, des personnages récurrents, des mots inventés", explique-t-il, en faisant référence à l’amusant glossaire qui se trouve sur le site web du groupe (et permet d’entrevoir l’étendue du délire). "On a ouvert la voie à un rap loufoque, assez niché et codé, qui est quand même rassembleur… par une force inexplicable. Personne ne sait vraiment ce qu'est Alaclair. Même moi, je n’en ai aucune idée !"

Bas-Canada, minces, pichasson… Ce sont les termes qui peuplent le monde imaginaire, les chansons et les mises en scène d’Alaclair et qui fascinent le public depuis la sortie, en 2010, du mixtape 4.99. Plusieurs autres albums ont suivi, consolidant un bassin de fans de plus en plus grand (et de tous âges, comme nous avons récemment pu le constater aux Francofolies de Montréal), avide de ses spectacles éclatés, participatifs et humoristiques. Mi-sérieux, mi-amusé, Watson admet d’ailleurs qu’il aimerait bien assister à son propre concert pour comprendre ce qui se passe lorsqu’il monte sur scène avec ses comparses KNLO, Eman, Ogden, Claude Bégin et VLooper.

Rap pour tous

Réunissant des membres des villes amies/rivales de Québec et de Montréal, le collectif propose un rap bigarré qui a fait couler beaucoup d’encre. Si d’un album à l’autre, Alaclair s’est aventuré dans toutes sortes de genres musicaux, son plus récent album, Les Frères cueilleurs (2016), traduit un resserrement de trajectoire : "On ne fait pas que du rap, sauf que le rap est la base. On s’est beaucoup promenés dans les styles pour le fun, mais le dernier disque a été un effort de réalisation plus uniforme. On a voulu pousser ça jusqu’au bout", explique le rappeur, qui mène aussi une carrière solo depuis bien avant la création d’Alaclair, en 2010.

Ce parti pris pour le rap est étroitement lié à la place plus importante qu’a acquise le producteur et beatmaker VLooper au sein d’Alaclair, mais aussi à l’héritage musical de la plupart de ses membres (dont deux sont issus d’Accrophone, duo de hip hop iconique formé à la fin des années 90). Souvent considéré comme les précurseurs d’un mouvement de renouveau du hip hop québécois (on pense à Dead Obies, Loud Lary et à plusieurs autres projets "de champ gauche"), Alaclair doit souvent se prononcer sur la question linguistique et l’usage du franglais, un débat récurrent au Québec.

"Chez Alaclair, on cautionne le franglais, tout en étant conscients des conséquences. C’est sûr que si tu veux que le français reste pur, it’s not the way to go. Mais en même temps le français évolue... Certaines personnes craignent que les gens oublient comment s’exprimer en français sans utiliser la béquille ou le raccourci que peut être l’anglais. C’est vrai, ça peut avoir cet effet. Sauf que refuser le franglais, c’est aussi nier comment certaines personnes parlent. J’utilise le franglais quand ça se prête à la situation, comme un outil supplémentaire. Alaclair n’est pas la police de la langue. Si je suis capable rythmiquement de dire une phrase 100% en français et que ça sonne bien, je vais le faire. Si ça sonne mieux en anglais ou franglais, j’me gênerai pas non plus."

Qu’il soit question de français, d’anglais, de franglais ou même de mots inventés, il y a une langue universelle à laquelle Alaclair Ensemble aime s’associer : celle de la fête. Selon Watson, il n’est nullement nécessaire de comprendre les chansons de son groupe pour s’amuser. "Alaclair, c’est pour tout le monde. L’énergie est au rendez-vous : tu viens pour danser, moshpit sur du rap, virer fou, get drunk, faire le party. Que tu comprennes ou non, ça n’empêche en aucun cas ta capacité de faire la fête."

Le groupe est bien sûr conscient que certains de ses bons gags risquent de se perdre ailleurs dans la francophonie, ce pour quoi il a créé une vidéo avec des sous-titres plutôt hilarant. "Notre motivation première en Europe, c’est vraiment d’aller kill that shit. C’est notre passion. Vous n’êtes pas prêts."  L’invitation est lancée.

Site officiel d’Alaclair Ensemble

En tournée en France, en Belgique et en Suisse, du 7 au 20 juillet.