White & Spirit, frères de Son

Mike et Fabien Kourtzer. © Stefan Bourson

Lui c’est Fabien, l’autre c’est Mike. Depuis une vingtaine d’années, sous le nom de White & Spirit, ces inséparables frangins se sont imposés comme des poids lourds du son hip hop, réalisant en 1996 la BO du film de Jean-François Richet Ma 6T Va Crack-er et la moitié du premier album de 2Bal/2 Nèg, Trois fois plus efficace. Ce que l’on sait moins, c’est que depuis plus de quinze ans, W&S se sont lancés sous leur nom, Kourtzer, dans la musique de film, comme avec le prochain Tonie Marshall Numéro Une, ou Volubilis de Faouzi Bensaïdi. Rencontre avec deux fous de musique.

RFI Musique : Comment avez-vous fait la bande originale de Ma 6T Va Crack-er, devenu film culte ?
Fabien
 : On habitait à Meaux, on bossait avec les 2Bal et un voisin du bâtiment d’en face a entendu ce qu’on faisait. Il est venu frapper à notre porte en juillet 1994, il voulait venir écouter. Un jour, il m’amène un mec avec une casquette, un Français plus âgé qui ne disait rien. Au bout de 3, 4 mois, il me dit "Voilà, j’ai joué mon RMI au casino, et avec cet argent j’ai fait un premier film qui s’appelle Etat des lieux. J’aimerais que vous fassiez la musique de mon prochain film". C’était Jean-François Richet. On était en octobre 1994. Je n’y croyais pas une seconde, il y a plein de mythos dans ce milieu. Je lui dis oui à tout. Je faisais les marchés le matin, à l’époque. Il me disait régulièrement "Je ne t’oublie pas !" Le 14 juillet 1995, Jean-François nous dit qu’on a rendez-vous à Paris. On y va et je vois deux mecs dont un, pieds nus avec les cheveux en l’air, l’autre avec un pull Lacoste. On s’assoit, trente secondes de silence. JF dit que c’est nous qui allons faire la musique de son film. Le mec assis me parle doucement en chuchotant et me dit "Vous voulez combien ?" Je dis que je ne sais pas. Il me dit "Tu fais tout ce chemin pour venir me voir et tu ne sais pas ce que tu veux ?" Je comprends que ce n'est pas des blaireaux, et JF dit qu’on veut un million de francs (150.000 euros, ndr), comme ça. Et le mec répond "La semaine prochaine, vous les avez". Comme ça. Le mec aux cheveux en l’air, c’était Pascal Caucheteux, le boss de Why Not Productions, l’autre Michel Duvall des éditions Delabel/Virgin. Comme Mike avait pris le nom de Spirit en tant que DJ, on voulait trouver un nom composé et ça a été White & Spirit, parce qu’on décape. Ça vient de là.
Mike : On n’avait pas de plan de carrière. On voulait faire du son. Là d’où on vient, on ne réfléchit pas. C’était de la survie.

Une bande originale qui vous a marqué ?
Fabien
 : Much Love de Nabil Ayouch, en 2014. Il nous a appelés en tant que compositeurs de musique, sans parler de hip hop.

Vous avez dû choisir entre hip hop et musiques de films ?
Fabien : On ne pense pas comme ça. On bosse au hasard des rencontres. C’est une histoire de conjoncture : si je rencontre un rappeur très fort qui me fait tripper, je vais me lancer.
Mike : Quand on bossait sur le film de Tonie Marshall Numéro Une, presque en même temps on bossait avec Arnaud Desplechin, qui adore le hip hop.

Quelle est la différence entre votre méthode et celle des compositeurs classiques de BO ?
Fabien
 : Vu comment on a été élevés, on marche au système D. Quand on a besoin de 40 violons mais qu’on ne les a pas, on se débrouille pour qu’on ait l’impression de les entendre. Et comme on vient du hip hop, on a la culture du sample. Du coup, on a une culture musicale, une compréhension des autres musiques.
Mike : N’ayant pas les règles du solfège, on se permet des choses que ceux qui les ont, n’auraient jamais osées.
Fabien : On a dû bosser sur une trentaine de longs-métrages. Nous c’est mélancolique et énervé en même temps. Travailler avec des gens, c’est toujours des contraintes. Un réalisateur a ses codes, il faut les respecter. Et trouver sa créativité. Je n’aime pas avoir trop de liberté non plus.
Mike : On dit souvent que la musique de film ne s’entend pas. Mais moi, quand j’en fais, j’ai envie que ça s’entende à fond ! Un film, c’est de la musique et de l’image, sauf pour un film muet et encore, même là il y a de la musique. Avec du mauvais son, un film est à moitié mort.

Les BO de W&S en 2017 : Corporate de Nicolas Silhol (sortie le 5 avril), Volubilis de Faouzi Bensaïdi (sortie fin 2017), The Journey de Mohamed Jabarah Al Daradji (sortie fin 2017), Latifa, Le Cœur Au Combat de Cyril Brody & Olivier Peyon (sortie le 4 octobre), Numéro Une de Tonie Marshall (sortie le 11 octobre).

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