Le hip hop à l’honneur aux Francos de Montréal

Roméo Elvis et Le Motel aux Francos de Montréal, juin 2018. © RFI/ Marie-Hélène Mello

À Montréal, la popularité du hip hop francophone belge croît de manière exponentielle, et les Francofolies ont bien pris note. Samedi dernier, un grand événement rap réunissait Roméo Elvis, Le Motel et deux artistes québécois, FouKi et Joe Rocca. Retour sur cette soirée-rencontre explosive et sur les affinités entre les rappeurs ou beatmakers du Québec et de la Belgique.

Bruxelles est arrivée

"Pour moi, la musique la plus intéressante qui nous arrive de la Belgique depuis quelques années est le hip hop, alors que la France fait plutôt un retour vers la chanson. L’émergence de ces nouveaux rappeurs belges est une excellente nouvelle !" s’exclame Laurent Saulnier, directeur de la programmation des Francofolies de Montréal, en rappelant que le hip hop belge connaît un succès croissant aux Francos (avec entre autres La Smala, Hamza, Caballero X JeanJass, tous programmés depuis 2016).

Comment expliquer que le rap de la Belgique jouisse d'un tel succès auprès des Québécois ? "Il y a clairement des affinités entre le hip hop québécois et belge. Il y a d’abord cette attitude relax, décontractée, puis un humour plutôt pince-sans-rire. Sans être une blague, ça permet une certaine distance ou ironie, parfois avec les codes du hip hop même", poursuit Saulnier, en évoquant par exemple le ton décalé d’Alaclair Ensemble, qui ont présenté le concert d’ouverture des Francos cette année et tourné en Belgique et en France l’été dernier.

Même si le Québec et la Belgique ont évidemment leurs particularités linguistiques, francophones hors France" dans un pays avec une autre langue officielle crée un rapprochement intéressant entre les deux cultures. "On est les exclus qu’on ne voulait pas voir jusqu’à tout récemment. Et je crois qu’on représente une vague de renouveau du rap francophone dont on avait besoin depuis longtemps", affirme Rocca, qui se dit très influencé par le Belge Hamza.

Beats innovateurs et nouvelles collaborations

Selon le directeur des Francos, la principale différence résiderait dans la production électronique, qui varie beaucoup d’un pays à l’autre (entre le Québec et la Belgique, mais aussi par rapport à la France). "Côté belge, les beats sont assez relax, avec un nombre de BPM relativement bas, par exemple chez Hamza ou Damso. Au Québec, on crée surtout des bangers – des hits qui peuvent marcher dans les clubs", explique Saulnier, en faisant référence aux Québécois Dead Obies et à Koriass, entre autres. "C’est parfois presque de la trap, alors que les beats qui nous parviennent de la France restent assez old school", poursuit-il.

C’est pourtant cet aspect – le beatmaking – qui suscite l’intérêt de FouKi pour le hip hop belge : "On a de grandes affinités avec Le Motel, le DJ/producteur de", note l’artiste, en faisant référence au mouvement de créations électroniques plus expérimentales qui a appuyé l’essor du nouveau hip hop au Québec depuis le début de la décennie.

Une chose est certaine, ce "nouveau" hip hop est très bien représenté aux Francos de Montréal cette année (notamment avec le show RapKeb Allstarz, réunissant une dizaine d’artistes ou collectifs qui forment la scène montréalaise). Et de plus en plus de ponts se tissent entre les scènes du Québec et de la Belgique, ce qui donne naissance à des collaborations comme Obia Le Chef (aussi en performance aux Francos) avec Caballero X JeanJass, High Klassified et Freaky avec Hamza, Rowjay avec Krisy…

"Les artistes hip hop belges ne débarquent pas à Montréal que pour leur show! Et ils ne sont pas là en touristes pour visiter le Stade olympique non plus, s’amuse Saulnier. Ils font connaissance avec tout le monde, des amitiés se créent, ils passent du temps en studio… Il y a une réelle volonté de construire quelque chose."

© RFI/ Marie-Hélène Mello
Le Québécois Joe Rocca aux Francos de Montréal, juin 2018.

 

Une soirée Québec/Belgique très réussie

Samedi dernier dans une salle MTelus (2300 places) pleine à craquer, c’est Fouki qui a donné le coup d’envoi à la grande fête hip hop organisée par les Francofolies. À voir comment la foule bondissait aux rythmes trap, reggae ou carrément dancehall des bombes du mixtape Plateau Hess et de l’album Zay, lancé en avril, il s’agissait là de bien plus qu’un spectacle d’ouverture. Il fallait entendre les spectateurs entamer le refrain contagieux de Iii ou encore l’ensemble des paroles de Make Up. Membre du collectif La Fourmillière, FouKi pose habilement ses vers sur les créations atypiques du producteur QuietMike et est accompagné sur scène de Vendou, livrant une performance extrêmement dynamique même si sa carrière ne fait que commencer.

Après cette entrée en matière très solide, le rappeur le plus glamour de Montréal, Joe Rocca, est monté sur scène avec son manteau de peluche bleu pâle et ses verres fumés. L’artiste qui s’est fait connaître au sein du groupe Dead Obies a récemment fait paraître French Kiss, un premier effort solo dans lequel il s’adresse aux dames, selon ses propres dires. C’était manifestement le cas aux Francos, tandis que plusieurs fans qui avaient vibré au son de FouKi se sont détournés de la scène, laissant place à d’innombrables fans de la gent féminine qui tendaient les bras pour essayer de toucher leur idole. Même si le rap-pop de Rocca n’était pas dans la même veine que le restant de la soirée, l’opération de charme a clairement porté ses fruits !

C’était ensuite le tour des très attendus Roméo Elvis et Le Motel, accueillis chaudement par un public belge, français et québécois (en parts égales, selon un concours d’applaudissements). Un gigantesque drapeau belge flottait sur le parterre pendant que ce second Don Juan du rap balançait Jaloux, Bébé aime la drogue ou Pogo. Roméo s’est offert un petit moment seul à la guitare pour Drôle de question, et a interprété J’ai vu avec Angèle (aussi programmée aux Francos), avant de reprendre son concert survolté qui a culminé en rappel avec l’apparition de L’Or du commun puis de Caballero, tous à Montréal pour des prestations hors Francofolies. La grande finale Bruxelles arrive était parfaite pour clore cette soirée mémorable.

La 30e édition des Francofolies de Montréal se poursuit jusqu’au 17 juin

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