Marcel Zanini veut encore !

Marcel Zanini © Squaaly

Marcel Zanini traverse le temps, sans que celui-ci ne cherche à l’atteindre. Clarinettiste et saxophoniste, Marcel Zanini s’est imposé il y a une quarantaine d’années en interprétant Tu veux ou tu veux pas, une chanson "Madeleine de Proust” dans laquelle on croque, aujourd’hui encore, avec gourmandise sur son nouvel opus.

Quarante ans se sont écoulés depuis la sortie de Tu veux ou tu veux pas ?, ce tube écoulé à un million d’exemplaires à l’époque. Du jamais vu pour un musicien de jazz ! Quarante ans déjà. Pourtant personne n’a oublié Marcel Zanini. Comment pourrait-on d’ailleurs oublier ce personnage à la bonne humeur contagieuse ? Comment pourrait-on effacer de sa mémoire ce petit bonhomme au chapeau presque aussi célèbre que le bicorne de Napoléon ? Comment ne pas voir dès qu’on prononce son nom, ses lunettes rondes qui lui dessinent un regard gourmand et ses moustaches espiègles posées sur un infatigable sourire.

Car Zanini, excusez Monsieur Zanini, est pour des générations entières, le créateur du légendaire Tu veux ou tu veux pas ?. Il suffit aujourd’hui encore de fredonner l’air de Ne vem que não tem du Brésilien Wilson Simonal, pour réaliser 40 ans après l’impact de ce cover librement adapté en français. Le genre de refrain, qu’aucun avis de reconduite à la frontière de votre cerveau ne saurait vous faire oublier. C’est cette chanson qui donne d’ailleurs son nom au dernier opus, à la pochette dessinée par Siné, "un vieil ami de 60 ans" explique le musicien.

A plus de 85 ans, celui qui pourrait être notre Papy Zanini à tous, inscrit toujours son nom d’un Z qui rime avec jazz, au programme mensuel du club parisien, le Petit Journal St-Michel. Simplement accompagné par quelques musiciens dont son fils Marc-Edouard Nabe à la guitare, Marcel Zanini réunit autour de ses concerts un public composé de ses premiers fans, aujourd’hui retraités ou en passe de le devenir, et d’étudiants autant séduits par son swing alerte que par la légèreté avec laquelle il aborde la vie.

A plein poumons

Musicien de jazz aux allures de Zébulon évadé d’un scopitone, Marcel Zanini vit sa vie à plein poumon comme le rappellera dans quelques mois un film de Jackie Berroyer actuellement en préparation. Ce journaliste hors norme et féru de jazz s’est intéressé à la vie de cet éternel minot, né en 1923 à Constantinople d’une mère grecque orthodoxe de Turquie et d’un père Marseillais aux origines napolitaines, et a cherché à en comprendre les ressorts.

Intarissable, Marcel Zanini aligne les souvenirs avec une fraîcheur étonnante. Quand il parle de New York où il vécu de 1954 à 1958, il semble encore irradié par sa vie à Big Apple. "C’étaient des années fabuleuses pour le jazz et je vivais au cœur de tout ça" confie-t-il. Vendeur d’anches, il côtoyait alors les plus grands souffleurs de l’époque : "Coltrane venait deux à trois fois par semaine dans mon échoppe."

La naissance de son fils le ramène à Marseille. On l’entend alors dans les clubs parisiens, de la Côte d’Azur ou des stations de sports d’hiver à la mode. Il accompagne même un temps Henri Salvador. Fin avril 69, il enregistre en un quart d’heure pour Barclay, un air brésilien adapté en français par Pierre Cour, dont il modifie en partie les paroles sans toucher au refrain (Tu veux ou tu veux pas). Après moult péripéties dont une version de la chanson enregistrée par Brigitte Bardot qui lui fit craindre que la sienne soit éclipsée par celle de la comédienne, Zanini connaît le succès. "Ma tête était placardée sur tous les murs des grandes villes avec la mention Tu veux ou tu veux pas."

Toujours présent dans le cœur du public, ce tube intemporel donne son nom à son dernier album paru à la fin du printemps dernier. "On me la réclame toujours." Ce quatrième album aligne quelques perles dont la plus excitante dans tous les sens du terme est Kelbokuta, une chanson à la phonétique explicite. "Cette chanson est née pratiquement dans l’instant. Je garais ma voiture avant un concert. Je vois une belle femme qui traverse devant moi. Quelques minutes après, je demandais au pianiste de me jouer une marche sur une harmonique connue et je posais la chanson." Créer dans l’instant, Kelbokuta conserve cette fraîcheur tout en combinant un subtil travail d’arrangement. "Kelbokuta a tout du tube, malheureusement les programmateurs jouent toujours Tu veux ou tu veux pas ?" regrette Marcel Zanini avant d’ajouter comme une bouteille jetée à la mer : "J’ai déjà de quoi faire un nouvel album. Avis aux producteurs !".
 

Marcel Zanini Tu veux ou tu veux pas (Fremeaux et associés) 2009

Marcel Zanini en concert le 10 novembre et le 29 décembre au Petit Journal St-Michel à Paris