Le Jazz de Joe avec Raphaël Imbert

Raphaël Imbert. © AFP/Boris Horvat

Chaque semaine, dans L'Épopée des musiques noires sur RFI, Joe Farmer met en relief la diversité des couleurs sonores nées de la diaspora africaine dans le monde. Le saxophoniste français Raphaël Imbert est un artiste singulier qui, depuis 20 ans, cherche la source de son expressivité dans les musiques racines. Qu'elles se trouvent en Provence ou dans le Mississippi, elles ont, à ses yeux, la valeur de l'authenticité.

Lorsque que nous avions découvert, en 2016, Music is my Home, le premier chapitre d'un récit musical enraciné dans le blues ancestral, nous prîmes rapidement conscience que cette introduction magistrale devait nécessairement trouver une suite logique et pertinente dans l'élaboration d'un discours citoyen ponctué de notes sauvages et libres.

L'idée initiale de Raphaël Imbert traduisait sa quête irrépressible d'un terroir originel qu'il embrassait alors chaleureusement en invitant, notamment, deux musiciens américains, Big Ron Hunter et Alabama Slim, dont les mots et les notes narraient l'histoire séculaire de la communauté noire aux États-Unis. Cet écho mélodieux d'une destinée sociale poignante fut, sans nul doute, l'élément frissonnant qui décida Raphaël Imbert à poursuivre l'aventure.

Music is my Hope est donc la confirmation d'un intérêt sincère pour le verbe frondeur d'artistes légendaires révérés avec humilité par leurs descendants, partisans ou admirateurs. Saluer la mémoire activiste de personnalités majeures comme Paul Robeson ou Pete Seeger ; honorer les ornementations poético-jazz de l'insoumise Joni Mitchell ; et finalement, magnifier le répertoire de ces figures essentielles est un acte politique que Raphaël Imbert semble assumer vaillamment, porté par un esprit de liberté farouche et invincible. Il suffit d'entendre les quelques insolentes envolées free jazz de cet album pour se convaincre qu'une humeur militante nourrit l'inspiration de son auteur.

Soul, folk, blues ou jazz, les couleurs vives qui dessinent les contours de cette œuvre donnent le ton, l'intention, et délivrent un message qui n'est pas victimaire, mais plein d'espoir. À une époque où la contestation gronde, les revendications peuvent et doivent appeler un avenir radieux. C'est le sens de ces 12 compositions que nous offre Raphaël Imbert : raviver la force des convictions et lui donner de l'éclat à travers l'art.

Pour cela, il faut savoir s'entourer et gagner la confiance de ses contemporains. Rendre hommage à une génération rebelle ne doit évidemment pas être figé dans le passé. En conviant les virtuoses d'aujourd'hui à le seconder en studio, Raphaël Imbert actualise le propos de ses aînés. Il sait que la voix limpide et cristalline de Marion Rampal ou les trouvailles guitaristiques de Pierre Durand apporteront une vigueur nouvelle à ce projet ambitieux.

Les gardiens de la tradition jugeront peut-être outrecuidant qu'un musicien français, fût-il brillant, reprenne le flambeau laissé à terre d'une culture née dans la douleur africaine-américaine... Certes, l'histoire d'un peuple est infalsifiable, mais l'acuité artistique d'un chef d'orchestre bienveillant et aguerri n'interdit pas la lecture d'un patrimoine.

L'élan créatif de Raphaël Imbert

Alors que la société américaine semble à nouveau devoir faire face à ses propres démons, pourquoi ne pas accueillir avec enthousiasme le point de vue éclairant d'un instrumentiste européen savant ? Le vieux continent, et la France en particulier, porte des valeurs de tolérance, d'écoute, de partage. Cette simple assertion valide l'élan créatif de Raphaël Imbert dont on ne saurait douter de l'honnêteté intellectuelle. Ne s'était-il pas rendu en 2011 dans le sud des États-Unis pour ressentir le souffle de l'Amérique noire ? N'avait-il pas pris part au projet Omax at Lomax dans le but de découvrir in vivo les mystères de l'identité blues ?

Somme toute, la seule interrogation valable naît de l'émotion. Que ressent-on à l'écoute de cet héritage mis en relief par Raphaël Imbert et ses colistiers ? Un sentiment de jubilation, de reconnaissance ? Une furieuse envie de se lever et de militer ? Peut-être tout cela à la fois... À moins que cette musique-là ne vous redonne espoir ! Cet espoir que les noirs d'Amérique ont vu maintes fois s'évanouir, mais dont ils connaissent pourtant la constance. Cette foi inébranlable a irrigué, au fil des siècles, la musique sacrée et profane outre-Atlantique. Music is my Hope en est le fruit savoureux.

Raphaël Imbert vous le fera goûter le 14 février à l'Alhambra à Paris dans le cadre du festival Au fil des Voix. Nul doute que sa bonne parole portera au-delà des frontières françaises et, qu'un jour ou l'autre, votre route croisera celle de ce troubadour animé par l'universalité des musiques populaires.

D'ici là, ayez l'oreille curieuse et laissez-vous amadouer par l'audace d'un improvisateur fougueux. Et si les circonvolutions improvisées du saxophoniste vous questionnent, ne vous laissez pas impressionner. Accueillez votre étonnement comme le signe d'une probable addiction aux ondes miraculeuses du jazz.     

Raphaël Imbert Music is my Hope (Pias/Jazz Village) 2018, sortie prévue le 26 janvier

Site officiel de Raphaël Imbert
Page Facebook de Raphaël Imbert