Le Jazz de Joe, "Journée internationale du Jazz"

Louis Armstrong en juin 1956. © Bob Parent/Getty Images

Chaque semaine, dans L'épopée des Musiques Noires sur RFI, Joe Farmer met en relief la diversité des couleurs sonores nées de la diaspora africaine dans le monde. La Journée internationale du Jazz épouse parfaitement cette volonté d'unir les cultures planétaires à travers une vivifiante célébration organisée tous les 30 avril, depuis 2012, sous l'égide de l'UNESCO (l'Organisation des Nations-Unies pour l'éducation, la science et la culture).

Suscitée par le pianiste américain, Herbie Hancock, cette judicieuse initiative est devenue un rendez-vous annuel que 190 pays attendent avec enthousiasme pour manifester leur attachement à la liberté d'expression sous toutes ses formes, car, au-delà d'un art, c'est l'élan unitaire et créatif de milliers de musiciens qui dessine l'aspiration démocratique des peuples.

C'est, en tout cas, le vœu des différents participants à cet évènement œcuménique global. Cette année, Saint-Pétersbourg, en Russie, a été choisie comme ville hôte du concert de gala mondial en présence de personnalités majeures venues des 5 continents dont Fatoumata Diawara (Mali), Hassan Hakmoun (Maroc), Horacio Hernandez (Cuba), Danilo Perez (Panama), Luciana Souza (Brésil), Cyrille Aimée (France), James Morrison (Australie), Taku Hirano (Japon), Oleg Butman (Russie), Dianne Reeves (États-Unis), etc.

Diffusée en direct sur Internet, la prestation de tous ces brillants artistes a pour but d'encourager le partage des traditions. Connaitre son voisin est le premier pas vers une entente cordiale. Des amitiés, des solidarités peuvent naitre d'une rencontre ou d'un dialogue franc et sincère. Il se trouve seulement que la barrière de la langue peut parfois altérer la complicité ou la compréhension mutuelle.

La musique et, notamment le jazz, peuvent accélérer les échanges interculturels, car improviser collégialement une œuvre ne nécessite que la maitrise d'un instrument. L'émotion qu'une belle mélodie procure surpasse alors tous les discours. Ce sont ces valeurs universelles que défend le pianiste Herbie Hancock depuis plus de 50 ans et qu'il veut porter à notre connaissance tous les 30 avril : "Cette musique élève l'esprit, vous réconcilie avec vous-même, vous donne du courage, vous incite à ne jamais abandonner, à ne jamais vous laisser emporter par la tristesse ou la colère. Mais au contraire, faire de votre vie, une oasis de paix et de bonheur. C'est ce que cette musique peut vous apporter. Certes, elle est née d'une tragédie, l'esclavage, mais elle est devenue l'essence même de la créativité, et elle transforme le poison en remède miraculeux".

Le choix de la ville hôte est, certes, un enjeu diplomatique certain, mais le symbole est plus important que les tractations internationales. De Paris à Istanbul, d’Osaka à Washington, de La Havane à Saint-Pétersbourg, de merveilleux ambassadeurs, porteurs de paix, font ruisseler, depuis 7 ans, des notes de musique multicolores comme un rempart aux menaces belliqueuses et aux intentions guerrières du 21e siècle.

Déjà, en 1960, le célèbre Louis Armstrong avait parcouru l'Afrique, du Congo au Kenya, en passant par le Ghana et le Nigeria, pour insuffler la tolérance et l'écoute entre des opposants dits irréconciliables. Le son de sa trompette apaisa les tensions et, pendant un instant, les rivalités n'existaient plus.

La musique a ce pouvoir martelait son homologue sud-africain Hugh Masekela lors du tout premier Jazz Day en 2012 : "Quand Louis Amstrong a quitté la Nouvelle-Orléans pour Chicago, et ensuite le monde entier, il a fait disparaitre tous les préjugés que subissaient les Africains. Il a apporté de la joie à la planète tout entière, il a représenté la culture afro-américaine à l'échelle internationale, et personne ne s'attendait à un tel impact". Nous serons, sans nul doute, très nombreux à regarder le grand concert de Saint-Pétersbourg sur nos écrans, mais ce majestueux point d'orgue ne doit pas éluder la myriade de petites ou grandes manifestations prévues à cette occasion par les municipalités, associations, centres culturels de la planète.

Des rives du Wouri (Cameroun) au Belvédère de Jacmel (Haïti), des expositions, colloques, conférences, ateliers, expérimentations jazz, fleuriront toute cette journée autour du monde. Ce cri de ralliement très puissant devrait interroger nos consciences sur le bienfondé de nos perpétuelles divisions. Continuons de croire aux vertus de la musique, en notre capacité à aimer, et méditons les mots du bassiste Marcus Miller, ambassadeur pour la paix auprès de l'UNESCO : "J'ai le sentiment que le monde se prépare à une mutation, à une nouvelle ère, et cette journée internationale du jazz est peut-être la genèse de ce Nouveau Monde que nous appelons de nos vœux".

Retrouverez ici la liste par pays des événements organisés à l'échelle planétaire
Regardez ici le concert de la ville hôte, Saint Petersbourg