Fanfaraï Big Band plus raï que jamais

Nouvel album "Raï is not dead" de Fanfaraï Big Band. © Justine Darmon

Après trois ans de maturation, Fanfaraï Big Band signe aujourd’hui Raï is not dead. Un troisième album en forme de mutation cuivrée de musique de rue algérienne à la sauce jazz. Rencontre avec Patrick Touvet, trompettiste et Samir Inal, oudiste, deux membres de la grande famille qui est en concert sur la scène du Studio de l’Ermitage à Paris, le samedi 26 mai à 20h30.

RFI musique : Pour la sortie de votre troisième album, vous avez rebaptisé votre groupe Fanfaraï big band. Pourquoi ? Est-ce que c’est pour renforcer l’esprit jazz qui est l’une de vos identités ?
Patrick Touvet :
Depuis que nous avons remplacé le tuba par une basse électrique et plus tard, ajouté un piano, un oud, un violon et un guembri dans la composition de l'orchestre, l'écriture, les arrangements et l'orientation musicale ont changés. Ce nouveau nom traduit cette évolution et contrebalance le côté "fanfare" de Fanfaraï.

Cet album s’appelle Raï is not dead vous rendez hommage à Boutaïba Sghir, une icône du raï qui aujourd’hui a plus de 70 ans. Par vos couleurs vous participez à la remise sur « rails » de ce patrimoine algérien. Quelles sont les "méthodes" artistiques que vous employez ?
Patrick Touvet :
En tant qu'arrangeur, je cherche toujours à m'imprégner de l'esprit d'une chanson, d'une musique, d'un style dans le seul but de ne surtout pas le dénaturer, de le respecter, en espérant lui apporter quelque chose en plus, quelque chose de nouveau... Pour l'écriture à proprement dite, nous utilisons aussi bien le rythme, la mélodie que l'harmonie ou les paroles comme porte d'entrée à chaque titre.
Samir Inal : Chaque morceau a une logique et un moyen d’accès qui lui est propre. L’essence des titres est toujours de la musique algérienne enrichie par des compositions, des arrangements et une orchestration originale.

Votre formation fait la part belle aux instruments mais la partie vocale a également sa place. Quels sont les nouveaux thèmes que vous abordez sur ce troisième opus ?
Patrick Touvet :
Les thèmes du raï sont toujours là : rebelle, sociétal, léger et humouristique…
Samir Inal : Le titre de Boutaïba Sghir Diri Yadik parle de l’amour, des femmes aux yeux noirs et aux cheveux lisses… Le morceau Hamouda se remémore l’assassinat d'un jeune adolescent à Oran, qui était le neveu d’Abdelkader Tab, l’un des chanteurs du groupe. Waliyé est un hommage à différents saints soufis d’Algérie. Enfin, Manity aborde d'autres sujets de société en général.

Fanfaraï Big Band. © Justine Darmon

Depuis 2005 vous avez presque effectué le tour de la planète. 20 pays sur 3 continents. Qu’est ce qui vous plait dans ce côté nomade et quels sont les publics les plus réactifs à la fièvre Fanfaraï ?
Patrick Touvet :
C'est formidable de pouvoir voyager grâce à son travail. Il est  toujours intéressant de voir d'autres manières de vivres, d'autres codes (même si nos voyages ne sont pas toujours obligatoirement exotiques..). Cela nous amène à parfois nous adapter aux différents publics. Certains sont résolument festifs, d'autres sont plus calmes et dans l'écoute... La tournée en Algérie en juin de l’année dernière fut, à cet égard, un de nos déplacements les plus "chargés". En effet, jouer de la musique arabo-andalouse, celle du morceau Touchia Zidane par exemple à Tlemcen et du raï à Oran avec en plus la rencontre avec le groupe Raïna Raï furent des moments intenses d'émotion. Mais aussi des périodes d'incertitude. En effet, nous n'étions pas sûrs de la façon dont le public allait recevoir cette interprétation de LEUR musique...

 

 

 

 

Plus d'informations et dates de tournée sur le site de Tour'n'Sol