Le Jazz de Joe au Marseille Jazz des Cinq Continents

Youssou N’Dour, le 25 juillet 2018, lors du rappel final à Marseille. © Laura Dauphin

Chaque semaine, dans L'épopée des Musiques Noires sur RFI, Joe Farmer met en relief la diversité des couleurs sonores nées de la diaspora africaine dans le monde. Du 18 au 27 juillet 2018, le  Marseille Jazz des Cinq Continents a conjugué les différents accents du jazz. Une évidence pour ce rendez-vous estival majeur puisque la cité phocéenne a toujours été un carrefour de cultures où le dialogue et l’échange nourrissent la vigueur artistique des créateurs dans le sud de la France. Depuis bientôt 20 ans, l’effervescence du swing, qu’il soit africain, caribéen, américain, européen ou océanien, accompagne ce festival à l’écoute des circonvolutions musicales de la planète.

 

Le jazz est, sans nul doute, l’émanation d’une identité ancestrale africaine tant la tonalité des instrumentistes d’aujourd’hui semble épouser la matrice rythmique de ce vaste continent en perpétuel mouvement. Marseille fut d’ailleurs souvent le théâtre de cette ré-appropriation progressive du groove originel.

Prenons quelques exemples récents… Le 25 juillet dernier, l’illustre Youssou N’Dour, soutenu par le Super Étoile de Dakar, démontrait (si cela était encore nécessaire) que la simple ferveur de son répertoire pouvait ouvrir l’esprit et insuffler une singulière cadence à notre existence. La force du mbalax a, certes, suscité quelques déhanchements fiévreux dans les jardins du Palais Longchamp de Marseille mais ce tempo a aussi donné de l’éclat à un patrimoine séculaire qui a irradié l’ensemble des cinq continents.

Somi, le 25 juillet 2018 en première partie de Youssou N'Dour. © Joe Farmer

En première partie, la chanteuse Somi a, par exemple, proposé une autre lecture de la source africaine du jazz. D’origine ougando-rwandaise, cette jeune américaine joue avec l’écho métisse de sa tessiture. On entend Nina Simone, Dianne Reeves, Cassandra Wilson ou Miriam Makeba dans ses ornementations vocales. Son groupe composé de musiciens japonais, américains et sénégalais, reflète brillamment l’universalisme que la demoiselle tente d’imprimer dans son jeu et son expressivité. La présence à ses côtés du guitariste dakarois Hervé Samb a renforcé l’enracinement africain de sa prestation. Le jazz devenait "Sabar" et redessinait le vibrato afro-virtuoso de cette nouvelle épatante voix noire.

La veille, 24 juillet, une musicalité plus populaire envahit le cœur de 4 000 Marseillais férus de soul music. Le premier événement de la soirée fut le retour sur scène du célèbre tromboniste afro-américain Fred Wesley. Ancien partenaire de James Brown, sa maîtrise parfaite des harmonies funk revitalisa avec goût les pulsations de "Mr. Dynamite".

Visiblement enchanté de raviver, à sa manière, la flamme d’antan, "Funky Fred", comme l’appellent affectueusement ses plus chaleureux admirateurs, s’offrit le luxe de convier une autre figure essentielle de l’Amérique noire. La chanteuse Martha High, éminente choriste auprès du "Godfather of Soul" pendant près d’un quart de siècle, fit une apparition remarquée lors de ces festives retrouvailles publiques.

Certes, cette réunion de vaillants septuagénaires auraient pu se transformer en une célébration pompeuse ou poussive de vétérans vieillissants mais, une fois de plus, l’âme africaine des musiques noires américaines a porté ce moment de grâce au sommet de l’art funk, notamment, lors du medley final qui ressuscita les hymnes du regretté patriarche, James Brown ! Cette journée fut définitivement une épopée car, dès 14h, les festivaliers étaient invités à la projection du film Mr. Dynamite, the Rise of James Brown produit par Mick Jagger et en présence du très disponible Fred Wesley. Acclamations à l’Alcazar, la salle de cinéma de la bibliothèque municipale de Marseille…

La représentation du pluralisme africain dans la création musicale peut prendre différentes formes. La présence de Kool & the Gang, historique groupe de disco-funk américain lors de cette 19e édition du Marseille Jazz des Cinq Continents nous rappelait insidieusement que la professionnalisation de l’industrie du disque, au tournant des années 80, modifia sérieusement la texture des productions. Dès lors, la tentation de répondre aux sirènes du mercantilisme et de la notoriété devenait grande et pénalisait parfois l’ingéniosité des compositeurs. Nous aurions donc pu nous inquiéter de ne voir que la partie émergée du catalogue pop de Kool & the Gang quand les 12 musiciens de cette formation cinquantenaire prirent d’assaut la scène arborée du festival. Une débauche de paillettes et de ritournelles éternelles devait constituer le menu de cette virevoltante performance quand, soudain, les plus anciens eurent de la mémoire et se souvinrent que jadis leur musique reposait sur une séquence rythmique imposante et authentique : le funk des années 70.

Le titre Jungle Boogie retrouva subitement sa puissance d’autrefois pour le plus grand plaisir des fans de la première heure. Il fallut cependant contenter tout le monde et la nuit marseillaise s’éclaira finalement sur quelques mélopées fameuses, Ladies Night, Get down on it et Celebration.

Savoir que, dès le lendemain, le Super Étoile de Dakar apporterait la salvatrice touche africaine à cette avalanche de notes cuivrées, nous rapprochait avec impatience et excitation de la tradition. Tous les artistes programmés au Marseille Jazz des Cinq Continents avaient nécessairement un œil, et plus précisément, une oreille tournée vers l’Afrique.

Comme se plaisait à le clamer Youssou N’Dour durant son tour de chant, le continent africain est historiquement grand, riche, animé par des hommes courageux dont l’engagement montre la voie. La chanson New Africa restera un instant d’une rare émotion lorsque les visages de Nelson Mandela, Kwame Nkrumah et Cheikh Anta Diop illustrèrent sur grand écran les mots de "You" le militant ! Le cœur battant des cinq continents est, certainement, le continent africain.

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