Festival Liberté Métisse 2016

La chanteuse Stéphanie Thazar. © Olivier Cachin

Pour cette septième édition, le festival réunionnais Liberté Métisse, commémorant l’abolition de l’esclavage, a retrouvé ses marques et a posé ses plateaux du 16 au 18 décembre sur la plage de l’Etang-Salé, après une édition 2015 déplacée en milieu urbain pour cause d’état d’urgence. Le public était au rendez-vous pour acclamer des artistes placés sous l’intitulé Quand la Chine rencontre l’Afrique. 

Un des invités de marque était le Buskaid Soweto String Ensemble, un projet fou démarré en 1997 dans les bureaux d’une église de Diepkloof, dans la banlieue de Soweto, avec une quinzaine d’étudiants. Le but : donner à des enfants des townships la possibilité d’apprendre à jouer des instruments à cordes.

Vingt ans plus tard, à l’Etang-Salé, la directrice Rosemary Nalden et une vingtaine de ses jeunes artistes ont offert un moment de grâce au public du festival, reprenant sur la plage, au coucher du soleil, une quinzaine de classiques pop rock soul avec violons et contrebasses. Stand By Me, (Don’t Worry) Be Happy, Fever ou le plus récent Uptown Funk de Mark Ronson ont fait swinguer le public qui se pressait après le gig devant le stand où la boss vendait CDs et DVDs.

La représentation chinoise, quant à elle, était surtout là pour des démonstrations d’arts martiaux, avec notamment celle en plein air des artistes de Tianjin, entre tai-chi et acrobaties, tentant même d’initier quelques Réunionnais aux positions classiques du kung-fu. Dans le village du festival, une exposition racontait la difficile immigration chinoise à la Réunion, qui débuta au 19e siècle, avant l’abolition de l’esclavage, quand l’île s’appelait encore Bourbon. Les Chinois sont aujourd’hui le futur gros marché touristique du 21e siècle.

Pour les concerts, deux grandes scènes : Le Banc et Le Tournant, où des plateaux d’artistes se sont succédé durant trois jours. Le premier soir, vendredi 16, on a apprécié de découvrir Klowdy, groupe reggae rock avec une chanteuse afro à la voix puissante. Gren Semé, avec son maloya moderne et respectueux à la fois, a séduit les journalistes sud-africaines Anita et Iga, venues de Johannesburg découvrir la perle de l’océan Indien et qui se sont pris de plein fouet le morceau Hors sol, extrait de l’album du même nom paru en octobre dernier.

Pix-L, c’est une vraie histoire réunionnaise, une histoire de métissage, donc. Père mauricien, enfance à l’ouest de l’île, puis découverte de la culture rap avec Eminem et Cypress Hill avant de se lancer dans des sons reggae. En sound system ou avec son groupe RasK, ce chanteur a su trouver un public.

Vu en 2012 à la Ravine St-Leu en première partie des légendaires Congos jamaïcains, il a donné sur la scène du festival une prestation puissante. Et puis, après un set majoritairement reggae, la surprise : Pix-L a fait sortir ses musiciens pour rester avec son DJ/ambianceur et délivrer deux titres de pure trap music, avec lourdes basses et textes fracturés. Une partie du public n’a pas adhéré, la performance était pourtant intéressante et on aimerait voir ce performer sur une scène de la métropole.

Le lendemain, jour deux. Sur la scène Couchant, on a découvert Stéphanie Thazar, la Whitney Houston réunionnaise (son clip Mon One Love, avec la participation du footballeur Guillaume Hoarau, est un remake du film The Bodyguard). Auteure/compositrice/interprète, elle a joué avec le guitariste Pascal Mangloo, chantant bien sûr son single Mon One Love (qui ressemble un peu au Murder She Wrote de Chaka Demus & Pliers) et livrant un discours vibrant sur le métissage, utilisant la métaphore du caméléon pour évoquer les Réunionnais métissés. Un extrait de Sapé comme jamais, deux reprises (Redemption Song de Bob Marley et La Vie en rose) et beaucoup de nouvelles chansons ont ponctué son set d’une heure.

On l'a quitté pour voir sur la grande scène Christine Salem, toute en percussions, qui a multiplié les accélérations et a recherché la transe. Elle aussi a chanté Marley, et évoqué Mandela. Le grand moment reggae a été offert par Natty Dread, groupe de treize musiciens qui balançait du roots comme on n’en fait plus que trop rarement. Rien n'a manqué : les trois choristes façon I-Threes, le rasta malicieux qui tape sur ses bongos, deux cuivres avec partitions et un chanteur messianique au look de Jah Shaka. Du gros son, et bientôt un concert à Paris au New Morning.

Dimanche 18, dernier jour de Liberté Métisse. L’occasion de voir Ousanousava, légendaire combo fondé en 1984 par Bernard Joron, entre maloya et sega, qui rendit hommage en 2012 aux chanteurs français disparus, de Brassens à Nougaro en passant par Boris Vian. Sans oublier Urbain Philéas, qui revendique un maloya polyphonique et arpente les scènes depuis l’âge de 7 ans.

En marge du festival, on a retrouvé avec un plaisir toujours renouvelé la richesse de cette île à nulle autre pareille, où le métissage est une réalité plus qu’une utopie, où l’on peut survoler les volcans en hélicoptère, nager avec les dauphins et même faire un trip sur Mars dans le Parc National aux paysages extra-terrestres et volcaniques, ou tout simplement s’asseoir face à la mer en appréciant la bière locale Dodo...

Plus que jamais, le hashtag #GoToRéunion est d’actualité pour 2017, en attendant la huitième édition du festival.