Geoffrey Oryema, retour en terre d'Anaka

Geoffrey Oryema, Kampala, décembre 2016 © Gaël Grilhot/RFI

Après 40 ans d'exil, Geoffrey Oryema fait son retour en Ouganda, où il a donné un concert ce samedi 17 décembre. Une prestation émouvante, au milieu de ses proches, qui représente beaucoup pour l'auteur de Land of Anaka. Comme un moment de force et de tranquillité retrouvée.

"In this Land Of Anaka
They called us Payira"

(G. Oryema Land of Anaka)

Il pleure, Geoffrey. Il s'éponge la sueur sur le front et le visage, mais ce sont bien des larmes que l'on voit couler sur ses joues. Tout de blanc vêtu, il semble goûter chaque instant du concert avec une grande émotion. En face de lui, ils sont tous là, au milieu de la foule. Venus du Canada, d'Angleterre, ou encore du nord de l'Ouganda, terre natale de son père. Une trentaine de membres de sa famille, disséminés par l'histoire, qui n'auraient voulu manquer ce moment pour rien au monde. Ils se tiennent par le bras et entonnent d'une même voix Land of Anaka. Une complainte venue d'un autre temps, un chant magique qui célèbre leurs retrouvailles, après près de 40 ans d'exil.

Peu avant le concert, Geoffrey Oryema évoquait son émotion de revoir sa "diaspora". "Ça va faire plus de quarante ans qu'on n'a pas passé Noël ensemble, et ça fait du bien", s'enthousiasme-t-il. Gérald Omony, son neveu, avait 5 ans lorsqu'il a fui l'Ouganda pour le Royaume-Uni. "Le fait qu'il soit ici de retour … C'est comme une réunion de famille", confirme-t-il. "Nous voulons tous revenir au pays. Et je pense que ce n'est que le début, pour nous".

"Une force tranquille"

Geoffrey a fui l'Ouganda âgé d'à peine 23 ans, après l'assassinat de son père par les forces de sécurité d'Idi Amin Dada. Depuis 40 ans, Geoffrey a refait sa vie en France, en Bretagne, où il s'est marié. Mais il n'a jamais réellement quitté ce pays dans ses pensées, se tenant régulièrement informé de son actualité.

Et depuis quelque temps, le besoin de revenir se faisait de plus en plus ressentir. "On a déjeuné ensemble il y a déjà deux ou trois ans, et il me parlait déjà de ce voyage qui était imminent, mais qui a finalement pris du temps à s'organiser", confirme Edouard Ferlet, son pianiste, qui a longtemps accompagné Geoffrey dans ses tournées, et qui se dit "très ému d'avoir été rappelé pour ce voyage en particulier".

Ce qui a décidé Geoffrey à franchir le pas ? Les nouvelles funérailles avec les honneurs de son père par les autorités ougandaises en 2014, certainement, mais aussi la maladie. Un cancer qu'il a réussi à vaincre et qui l'a fait réfléchir. "Bien sûr, je suis parti dans des conditions très tragiques, poursuit-il, mais je ne peux pas rester à pleurer dans mon coin tout le temps. (…) Je pense que dans la vie, il y a un moment pour tout. Et là, c'était le moment", confie-t-il, presque timidement. "À mon arrivée à l'aéroport, une force tranquille m'a parlé".

Mais il considère bien sûr également cette démarche comme une plongée aux sources de sa musique, qui ne peut que l'aider dans son processus de création. "Comme je prépare mon prochain album, rien que de venir ici, ça va me donner l'inspiration et la pêche dont j'ai besoin", s'enthousiasme le musicien. "C'est un moment fort pour lui, surtout que la plus grande partie de sa musique est basée sur ses souvenirs d'ici", ajoute Edouard Ferlet.

Nouveau départ

Étonnamment, Geoffrey Oryema est pourtant peu connu à Kampala. Ce samedi soir, les quelque 300 personnes qui se sont déplacées, sont  surtout des connaisseurs, mais aussi beaucoup d'Acholis, originaires comme lui du nord du pays, où sa renommée est plus importante. Sylvestre, la vingtaine, connaît bien sa musique, et a eu l'occasion de le voir à de nombreuses reprises dans des vidéos sur internet. "C'est une bonne chose qu'il soit là. C'est bien de l'avoir avec nous à nouveau. Il y a tant d'artistes ougandais qui sont partis dans d'autres pays", explique-t-il.  Pour Sylvestre, c'est très important qu'il ait conservé son nom, Oryema, parce que "cela montre d'où il vient". Mais il est surtout impressionné par le fait qu'"il ait continué à chanter en acholi, pendant toutes ces années".

Le concert se termine. Des jeunes gens crient des messages d'affection au chanteur, il leur répond avec humour, dans cette même langue du Nord. Presque en s'excusant, Geoffrey Oryema finit par interrompre sa prestation et salue son public, sa famille, avec émotion. Il restera un long moment avec ceux qui le désirent pour bavarder, plaisanter, et signer des autographes, parfois à même la chemise de ses fans. Il n'a visiblement pas envie que la soirée se termine.

Contrairement à son équipe qui doit repartir très tôt, lui va rester une dizaine de jours en Ouganda avant de rentrer en France. Il doit se rendre sur la tombe de son père, dans le petit village de Tangi, situé non loin d'Anaka, la terre de ses ancêtres. Une façon selon pour lui de "clore ce chapitre, et de prendre un nouveau départ".

Site officiel de Geoffrey Oryema
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