Plongée historique avec la compilation "Togo Soul 70"

Napo De Mi Amor. © Dk Pilo/Julien Lebrun

S’il ne fait pas partie des pays dont le rôle s’est avéré essentiel dans le développement de la musique en Afrique de l’Ouest depuis un demi-siècle, le Togo n’en a pas moins apporté sa pierre à l’édifice. À Lomé comme ailleurs sur le continent, les artistes n’ont pas échappé aux influences soul et funk, comme permet de le découvrir la compilation Togo Soul 70.

À l’évidence, avec son groupe Vaudou Game qui a remis à l’honneur un style afro-funk au goût vintage, le chanteur togolais Peter Solo a ouvert une porte, celle qui permet à la musique de son pays de bénéficier à son tour d’un coup de projecteur en rien démérité. C’est d’ailleurs son oncle, Roger Damawuzan, invité sur l’album Apiafo en 2014 et considéré chez lui comme le "James Brown" local, qui a facilité le travail de recherche nécessaire in situ pour retrouver certains de ces 45 tours oubliés et leurs auteurs.

L’intérêt ne réside pas seulement dans cette sélection de 13 titres, mais aussi dans le livret de 32 pages qui se lit au fil du CD. Grâce aux documents d’époque, aux témoignages des artistes dont on sent la volonté de livrer leurs souvenirs, au récit à la première personne des initiateurs du projet qui ont envie de partager leur enthousiasme, l’immersion est totale.

Le contexte, qu’il soit politique ou géographique, est lui aussi abordé, donnant des clés pour décrypter par exemple les relations forcément particulières des artistes avec le régime très autoritaire de Gnassingbé Eyadema, au pouvoir dans ce petit État pendant près de quatre décennies. Ou encore pour prendre la mesure du nomadisme transfrontalier dont les musiciens togolais ont toujours fait preuve (avec le Ghana et le Bénin, en particulier) sans attendre les traités de libre-circulation…

On le voit avec Yta Jourrias, passé par l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou à ses débuts, et qui s’illustre avec l’afro-disco Adome Nyueto, tandis que Napo de Mi Amor, dont une partie de la carrière se fit à Abidjan, n’hésite pas à chanter les louanges d’Eyadema et de son alter ego zaïrois Mobutu sur N’Bo Eyadema Mobutu. Surprise : tant dans le chant, et dans la façon dont il est structuré, que dans la musique, en particulier le jeu de guitare, tout rappelle le salegy malgache tel que sa star Jaojoby l’a pratiqué !

Ailleurs, la guitare se pare d’effets "santanesques", dans l’esprit de l’auteur de Black Magic Woman, les orgues de l’époque laissent leurs empreintes harmoniques reconnaissables, les cuivres regardent d’un œil vers les États-Unis et de l’autre vers le highlife ghanéen…

Bien sûr, Bella Bellow n’a pas été oubliée, avec Dasi Ko, arrangé par Manu Dibango. Celle qui s’est produite à l’Olympia avant de trouver la mort dans un accident de voiture en 1973 à 28 ans demeure la seule chanteuse du Togo dont le nom ait été connu en Occident. Et une source d’inspiration à laquelle la Béninoise Angélique Kidjo, qui lui avait consacré une chanson sur son premier album Pretty en 1983, ne manque jamais de rendre hommage encore aujourd’hui.

Compilation Togo Soul 70 (HotCasa Records) 2016