Avec "Mogoya", Oumou Sangaré veut faire danser

Oumou Sangaré. © Benoit Peverelli

À son tour, la Malienne Oumou Sangaré a mis ses appréhensions ou ses réticences de côté en donnant une apparence plus occidentale à sa musique sur Mogoya, son cinquième album en plus de 25 ans de carrière. Celle qui est à la fois diva et femme d’affaires franchit ce ruisseau aux allures de Rubicon que certains de ses compatriotes comme Amadou & Mariam ou Salif Keita ont déjà enjambé dans le passé.

RFI Musique: En mars 2015, vous étiez en studio à Stockholm, pour commencer à travailler sur ce nouvel album avec le producteur suédois Andreas Unge. Que s’est-il passé ensuite ? Quelle est l’histoire de cet album ?
Oumou Sangaré
: C'était un long travail, avec beaucoup de rebondissements ! Nous sommes partis travailler à Stockholm avec des musiciens suédois et ce travail de départ a été très utile afin de construire des bases solides pour l'album. Après presque deux semaines d'enregistrement là-bas, nous avons fait une deuxième session à Paris, où nous avons enregistré des voix, des percussions, et la batterie de Tony Allen. Ensuite, Cheick Tidiane Seck m'a aidé à enregistrer tous les chœurs. Ça, c'était à Bamako. À ce moment-là, nous étions prêts à mixer, et ayant confirmé la décision de ne pas sortir cet album sur le label World Circuit (avec qui Oumou travaillait depuis 1990, NDR), mon manager s'est adressé au label No Format, qui a souhaité aller plus loin dans la production au lieu de mixer. J'étais surprise mais j’ai fait confiance. Ils ont continué à travailler sur la matière sonore et les arrangements pendant six mois environ avec le collectif de producteurs-arrangeurs ALBERT Au final, j'ai adoré le résultat, et on a terminé en mixant l'album avec Bertrand Fresel (Philippe Katerine, Bernard Lavilliers, La Grande Sophie... NDR).

Est-ce que l’album ressemblait dans votre esprit à ce qu’il est aujourd’hui ?
Au tout début, j'étais surprise par le changement,  je me suis dit : "Wow ?!" Aujourd’hui, j'aime beaucoup l'album. C'est un plaisir de jouer les titres sur scène aussi ! Cela a apporté un changement positif, quelque chose de très équilibré : une direction très moderne et qui ne dénature pas le son traditionnel du Wassoulou. 

Est-ce vous qui avez souhaité travailler avec les musiciens de ALBERT, qui se sont illustrés avec Sébastien Tellier, Air, Phoenix… ?
C'est le producteur Laurent Bizot qui a contacté Vincent Taurelle, Ludovic Bruni et Vincent Taeger – les musiciens du collectif ALBERT– pour retravailler la première base enregistrée à Stockholm et Paris. Quand j’ai commencé cet album, je voulais surtout faire quelque chose avec mon frère Tony Allen. Il a fait des miracles sur Mogoya ! C'est un monument de la musique africaine... Il n’a pas d’âge quand il joue ! J'ai travaillé avec de nombreux musiciens talentueux dans ma carrière, mais ce son et cet arrangement là, c'est tout nouveau pour moi !

Avez-vous laissé faire les musiciens d’ALBERT ou leur avez-vous donné des indications ?
J'ai fait confiance à leur oreille et à leur savoir faire. La seule indication était que je voulais réaliser un album qui parle à la jeunesse malienne; donner à réfléchir et les faire danser. Beaucoup de jeunes me disent : "On veut danser sur du Oumou" ! Je voulais un son moderne et dansant qui respecte ma culture et mes traditions.

Être une business woman, est-ce que c’est un moyen de faire de la musique juste "pour le plaisir" ?
Non, la musique, ce n'est pas juste pour le plaisir, c’est toute ma vie. La musique est en moi tout le temps, 24 heures sur 24 ! Le business, c’est surtout pour montrer des exemples concrets. Après 20 ans de carrière, j’ai jugé nécessaire de poser aussi des actes : l’hôtel Wassoulou à Bamako dans lequel j'ai investi, une concession automobile avec les voitures Oum sang et une ferme pilote de dix hectares. Nous nous émancipons en devenant indépendantes.

Vous avez d’ailleurs été l’un des membres fondateurs des Amazones d’Afrique, ce collectif qui cherche à sensibiliser à la cause des femmes au Mali : est-ce que les mentalités ont changé depuis le début de votre carrière, dans votre pays, au cours des dernières décennies ?
Oui, il y a beaucoup de changements. J'observe un réveil des consciences, les femmes s'organisent, elles sont debout, plus autonomes et actives dans de nombreux domaines comme la micro-finance. Je continue toujours à dénoncer leurs problèmes et à les encourager à travailler, à se rendre utile dans leur foyer et dans leur pays. La femme peut tout faire !

Oumou Sangaré Mogoya (No Format!) 2017

Page Facebook d'Oumou Sangaré