Takeifa, la musique en famille

Le groupe Takeifa © Youri Lenquette

Takeifa pour Famille Keita. Une façon comme une autre de se présenter pour ces 5 frères et sœur originaires de Kaolack, à 3h de Dakar (Sénégal). Cheikh, Jac, Iba, Maah Khoudia et Fallou, par ordre d’entrée dans la vie,  marquent les esprits au pays, en défendant une pop sénégalaise de facture internationale chantée en wolof, français et anglais. Rencontre avec Jac à l’occasion de la sortie de Gass Giss, leur troisième album.

"Ce qu’on représente est plus fort que les billets qu’on aurait pu nous donner si on avait tracé notre route dans le mbalax", (ndlr : le genre musical dominant au Sénégal) confie Jac avant d’ajouter : "il pourrit la musique au pays depuis deux décennies au moins !". Le musicien, le deuxième de la fratrie ne fait pas dans la demi-mesure ni dans l’entrechat délicat. Ce fan de Michael Jackson qui fut danseur, puis MC, est devenu guitariste à l’âge de 17 ans.

Ses trois frères et sa sœur lui ont alors emboîté le pas, chacun choisissant son instrument. "Internet a été notre professeur" se souvient ce fils de commissaire. "Aucun de mes deux parents n’est musicien. Par contre, ce sont des mélomanes. Nous avons grandi aux sons des albums de Phil Collins, Police, Tracy Chapman, tout en écoutant beaucoup de musiques sénégalaises dont Baaba Maal, un des premiers musiciens ici, à tenter de rapprocher les harmonies du pop-rock tel qu’on les conçoit en Europe ou aux États-Unis et les musiques sénégalaises".

C’est cette direction que choisit le groupe à sa création en 1998. "Après deux ans à tâtons, on s’est réellement engagé dans la musique, apprenant ensemble le solfège et travaillant nos instruments avec assiduité. En 2008, nous quittons Kaolack (au sud-est du pays) et le domicile familial et partons nous installer à Dakar, la capitale. La même année sort Diaspora, notre premier album. Get Free, le deuxième paraît en 2012. Remarqué par la Coopération espagnole, l’équivalent hispanique de l’Institut français nous avons commencé à tourner à l’international, en Espagne, mais aussi en France où nous nous sommes déjà produits en 2013 (Marseille et Paris). Gass Giss est notre troisième" relate rapidement Jac, le deuxième des enfants Keïta. Cheikh, l’aîné a 39 ans. Fallou, le benjamin, 29.

Eux, qui ont grandi dans différentes villes sénégalaises au gré des affectations de leur père, semblent s’être habitués à la vie dakaroise. "L’énergie de la capitale a probablement influencé notre création" explique Jac. "Diaspora, notre premier album était plus afroacoustique, plus timide et assez intime. Il était moins engagé. Même la batterie y était en retrait. Get Free, lui sonne plus rock. Les propos y sont plus revendicatifs. Gass Giss qui signifie 'qui cherche, trouve', est dans cette veine" précise-t-il avant d’ajouter : "Il faut avoir le courage de chercher".

Pas de clichés sur l'Afrique

Eux, ont eu ce courage. "Ça suffit les clichés sur l’Afrique qui tend sempiternellement la main. L’Afrique, ce n’est pas que la pauvreté, la guerre, la faim et la tristesse. La jeunesse réclame du changement, Internet accentue les revendications. C’est aussi ça l’esprit de notre musique : montrer qu’il est possible de sortir de la tradition et de se faire une place, un nom dans la communauté mondiale des musiciens avec un son actuel venu d’Afrique."

Ouvert aux influences de la pop et du rock, les compositions de Takeifa ont de plus en plus de fans au Sénégal. "Elles sont aujourd’hui reçues positivement" lâche Jac. Pourtant à leur début, elles l’étaient moins. Selon lui, la bascule s’est faite avec les premières dates à l’étranger, sur le sol européen. "Un fan-club s’est constitué à Dakar et dans la sous-région, puis a gagné le pays. Nous avons aujourd’hui un public de tous les âges" assure le musicien bambara qui n’hésite pas à chanter en wolof, mais aussi en anglais, en espagnol et en français afin d’être compris du plus grand nombre. "Au pays, la musique est souvent le véhicule des louanges. Nous, nous tenons à faire passer notre message d’amour et de combats, notre engagement pour le changement."

Si l’album s’ouvre sur Hé Jo, un titre assez rock porté par une voix vraiment rauque sur le refrain, arrive ensuite Ndanane. "Ce duo avec Baaba Maal évoque la dignité qui est due à chaque être humain et le respect de l’autre. Wet, premier titre clippé est une chanson d’amour qui parle de solitude. Macumba évoque les différences, Yéké Yéké (ndlr : sans lien avec le titre de Mory Kanté) est aussi une chanson d’amour" détaille Jac, dont le père a validé la démarche d’une simple phrase : "Vous pouvez faire ce que vous voulez à la seule condition que vous le fassiez bien, sinon vous laissez tomber immédiatement". Une sentence paternelle qu’ils respectent au quotidien !

Takeifa Gass Giss (Moctar Sall/Keyzit) 2017
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