La révélation Tshegue

Tshegue © Mélanie Brun & Andi Galdi Vinko

Le duo Tshegue composé de Faty Sy Savanet, chanteuse, et de Nicolas Dacunha (alias Dakou), percussionniste, s'est fait connaitre récemment avec la sortie d'un premier mini-album Survivor, et le passage dans deux festivals parisiens We love green et Afropunk.  Un premier essai qui pourrait rapidement être transformé. Rencontre avec les deux protagonistes.

RFI Musique : Comment est né Tshegue ? Quand est-ce que vous vous êtes rencontrés ?
Nicolas Dacunha :
Nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans par des amis communs, à Paris. Il y a tout de suite eu un truc cool entre nous. On a assez vite su qu’on allait faire de la musique ensemble. De là, on a commencé à se retrouver dans un studio, à se laisser aller dans la musique et on s’est vite rendu compte qu’on allait se comprendre. Et depuis, ça ne s’est pas arrêté.

Vous faites tous les deux de la musique depuis un moment. Nicolas Dacunha comme percussionniste. Vous, Faty notamment avec votre groupe de garage-rock Jaguar. Comment s’inscrit Tshegue dans votre parcours ?
Faty Sy Savanet :
C’est une continuité. La musique, c’est une évolution permanente. Jaguar, c’était mon premier groupe officiel, ma première expérience musicale. C’était un état d’esprit. J’étais dans ma période punk/garage.  Après, j’ai eu besoin d’explorer autre chose. J’avais envie d’aller vers des percussions, des rythmes de base... Tshegue, c’est dans la continuité avec peut-être plus de maturité. C’est une évolution en somme. Un besoin d’explorer autre chose. On ne s’est jamais enfermé dans un cadre, Dakou et moi. Le besoin d’évoluer musicalement, c’est vital.

Quel est l’ADN de Tshegue ?
FSS :
C’est une histoire de rencontres et de voyage. C’est partager une culture, des émotions, des moments. C’est ça la musique, ça ne stagne pas.
DK : Et puis aujourd’hui, Faty comme moi et beaucoup d’entre nous à Paris, on se nourrit de musiques très différentes. Où s’est-on retrouvé tous les deux ? Eh bien Faty parlait de voyage. Notre duo part de la voix et des percussions. Là-dessus, on était d’accord. Après, il y a eu des guitares… La base de Tshegue, c’est tout ce dont on se nourrit depuis tant d’années.

Dans le mini-album Survivor, sorti en juin dernier, on est dans un métissage bouillant et très dynamique avec de nombreuses influences : techno, rock, musique cubaine ou congolaise… Quelles affinités avez-vous avec ces musiques ? Quels artistes vous ont influencés ?
FSS :
On a eu une enfance, une adolescence. On a grandi avec des sons qui nous ont suivis, ou pas. Personnellement, il y a Konono qui m’influence et qui s’inscrit dans la continuité de ce que l’on est. C’est un groupe traditionnel bantou du Congo et ça fait partie des rythmes traditionnels qui continuent de m’influencer avec des instruments de récup amplifiés. Après il y en a tellement…
ND : J’ai grandi avec la musique latine. Je peux te citer un milliard de noms de grands salseros, de  grands groupes latinos. On a aussi grandi avec The Clash, le hip hop. Je crois qu’on en est là dans la musique aujourd’hui : tout le monde a eu une période "keupon", une période hip hop, un truc peut-être plus latino pour moi, ou afro. Et puis, quand tu es musicien, tu t’intéresses à des musiques différentes. Tout d’un coup, tu te plonges dans la musique traditionnelle africaine ou cubaine, dans les percussions…  Aujourd’hui, on peut écouter un gros son hip hop comme un gros son afro ou cubain. Elles sont là les influences, et franchement, on est beaucoup dans ce cas-là. C’est quelque chose de propre à notre génération qui a grandi dans la musique.
FSS : Bien sûr on est tous un métissage de quelque chose… Donc s’enfermer dans une boite, ce n’est pas trop notre truc.
ND : En tous cas, nous ne sommes pas des puristes. On est plus dans tout ce qui porte une émotion, qui danse. La transe, la danse, ce serait peut-être ça la vrai base de notre travail.

Faty, vous avez passé une partie de votre enfance au Congo, on sent que ça a influencé l'écriture de cet EP, que ce soit dans la rythmique ou le choix du chant en lingala dans certains titres…
FSS :
Ma mère écoutait beaucoup Tabu Ley Rochereau, Franco, Mbilia Bel… Ce sont des souvenirs que tu gardes et qui t’accompagnent chaque jour. J’avais envie de retourner sur cette base-là, celle de mes origines. Je suis née et j’ai grandi à Kinshasa, mais j’ai aussi grandi en France avec cette double culture. J’avais envie de mélanger les deux, de partager les deux, que les deux s’entendent en fait. De par mon histoire, je suis tellement mélangée que je ne peux pas rester enfermée dans un truc. Donc, il faut à un moment donné que les deux s’entendent… Ou les quatre ou les six.

On peut donc entendre des rythmes de rumba congolaise dans Survivor. Dans le titre When you walk, il y a aussi peut-être un côté gospel avec un "Oh Lord" appuyé dès le début…
FSS :
Les églises au Congo, c’est la fête. La spiritualité est une chose qu’on exprime par la joie. Mes souvenirs d'enfant, ce sont les églises où ça chantait, ça dansait... D’ailleurs, avec mes cousines, on attendait le dimanche avec impatience parce que c’était la grosse journée où on rencontrait tous nos cousins et cousines. J’ai gardé ces moments-là dans When you walk, ce côté fête même si on parle de choses plus profondes, mais toujours dans la joie et l’énergie.

Pourquoi le choix de l’anglais ou du lingala dans vos chants ?
C’était une question d’énergie. Peut-être que le français arrivera bientôt dans notre musique. C’est une question d’instant, de moment.

Cet été on vous a découverts dans vos premiers gros concerts sur les scènes des festivals We love Green ou Afropunk. Quelle sera la suite ?
ND :
Afropunk marquait un peu les vacances pour nous. On vient d’arriver et ça va très vite ! Donc on fait une petite pause pour se reposer, travailler d’autres choses mais on reprend assez vite en septembre. Et là, on va recommencer quelque chose de plus cadré, une tournée aussi dont les dates vont arriver. On est plus sur une course de fond que de vitesse. Ça fait très longtemps que Dakou et moi faisons de la musique. Donc nous sommes contents, mais on sait que c’est du travail et on veut continuer à progresser.
ND : Et puis nous voulons choisir un peu ce qu’on va faire. Peut-être que choisir, c’est un peu présomptueux, mais on veut prendre le temps, tout va bien, on vient de se découvrir et de sortir un EP… C’est une course de fond, tout va trop vite aujourd’hui. Je pense qu’on a assez confiance en nous pour prendre le temps d’évoluer, de progresser.

Tshegue Survivor (Ekler'o'shock) 2017
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