La kora anti-stress de Maher Cissoko

Maher Cissoko. © Salla Jokinen

Sous les latitudes scandinaves, le Sénégalais Maher Cissoko est devenu le porte-drapeau de la kora, instrument emblématique de la culture mandingue. Après trois albums remarqués avec la Suédoise Sousou, ce musicien issu du monde traditionnel griotique propose son premier album intitulé Kora Fo.

Faire la vaisselle, ça inspire ! C’est en assurant cette tâche domestique chez lui, en Suède, son pays d’accueil depuis douze ans, que Maher Cissoko explique avoir eu les idées qu’il a ensuite concrétisées au micro, seul avec sa kora, pour son premier album en solo. Encouragé par Sousou, celle avec qui il forme un duo à la ville comme sur scène et avec qui il s’est fait connaitre sur trois albums, il a voulu montrer une autre facette de son jeu.

Le style est ici plus "méditatif", voire même "spirituel", selon l’artiste griot qui a pris ce chemin dans un but bien précis : parce que "les gens sont trop stressés", il propose un traitement radical, où prendre son temps s’avère une notion primordiale. Sur les cordes, ses doigts ne cherchent pas à impressionner par leur virtuosité mais dessinent des contours tout en rondeur, tandis que sa voix grave concoure à créer une atmosphère propice à la déconnexion des turpitudes du quotidien.

Si l’essentiel du contenu de Kora Fo est récent, quelques-unes des compositions sont plus anciennes. C’est le cas de Pardon Madame, qui fait référence à ces moments que le musicien n’a pas pu oublier tant il les a mal vécus, à l’école en Casamance, lorsqu’il se faisait taper par son institutrice. "Ça ne donnait pas envie d’y aller", assure-t-il, regrettant qu’il n’y ait souvent "pas assez d’amour" à l’égard des enfants de la part de ceux qui sont censés les instruire.

Calme, intimiste par nature sans être minimaliste, le disque a été enregistré et produit par l’incontournable Andreas Unge, reconnu pour son savoir faire dans le domaine des musiques d’Afrique (notamment avec les Sénégalais Cheikh Lô et Carlou D) et avec qui Maher a déjà travaillé à plusieurs reprises, comme pour la BO du film Tant qu’on vit du Burkinabé Dani Kouyaté paru l’an dernier. C’est d’ailleurs en pensant à l’image en tant que support pour sa musique qu’il a laissé les trois derniers des douze morceaux de cet album dans leur version instrumentale. Avec un effet apaisant qui parachève la sensation de s’être échappé durant près d’une heure.

Maher Cissoko Kora Fo (Broken silence) 2018

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