Gasandji en parfaite harmonie

Le Sacré de Gasandji © T. Millet

Après un album éponyme paru en 2013 qui l’a révélé au grand public, Gasandji signe aujourd’hui Le Sacré. Un album expérimental constitué d’une plage unique enregistrée en forêt pygmée. Rencontre avec l’artiste congolaise, pour qui il s’agit d’un « voyage vers soi pour faire un avec le tout ». 

RFI Musique : vous stipulez que votre nouvel opus n’est pas un disque mais une expérience. En quoi est-ce une expérience ?
Gasandji :
Le Sacré est une œuvre musicale pas comme les autres, je n’ai pas eu l’impression de faire un disque comme pour ma première production. J’ai eu d’abord ce besoin de trouver des réponses au mal-être dans lequel j’étais à ce moment-là. Il fallait retrouver mes racines car j’étais comme vidée de ma substance.
J’ai pu ressusciter à ma propre mort en rencontrant les Aka, ce peuple du tréfonds de la forêt équatoriale congolaise, celui qui communique avec les dieux et rend compte aux hommes à travers des rites, la musique, les voix, les esprits du «bois sacré». J’avais beaucoup de questionnements : quel sens à cette vie ? Pourquoi ce chemin ? Cette population pygmée m’a indiqué que mes réponses résidaient dans mes questions ! Les réponses à mes problématiques sonnèrent comme un grand coup de tonnerre : «Que ton esprit soit ouvert à tout et ne s’attache à rien». Ma vie venait de prendre un tournant c’est pourquoi ce projet  ne pouvait pas être juste un disque de plus…

 

Le Sacré

RFI Musique : votre nouveau disque s’intitule Le Sacré. Pourquoi cette référence anthropologique ?
Gasandji :
Je n’ai pas pensé à ce titre en ces termes, il s’agit d’une vie et de son caractère sacré. Cette expérience m’a ramené à l’essentiel c’est-à-dire les rencontres, le partage, la simplicité, l’intégrité, la réalité que je crée au quotidien pour ma vie. Le Sacré c’est cela, le bout de vie qui reste et que je peux magnifier, dans un monde où le plus beau reste à faire. Je me considère comme un être ordinaire, voulant créer et vivre l’extraordinaire.

RFI Musique : La particularité de l’album est qu’il est composé d’une seule plage avec différents mouvements comme dans le répertoire classique. C’est un pari audacieux pour être en playlist ?
Gasandji : C’est une expérience d’unité avec soi et le grand tout.
Je parle également du lien, celui que je restaure au fur et à mesure des chansons pour trouver cet accord avec moi-même et les éléments de mon environnement, trouver la paix en quelque sorte.
Je n’ai pas pensé cette œuvre en termes de playlist, je crée d’abord et j’envisage peut-être tout cela après. De plus, je crois que mon but est la création et le reste ne m’appartient plus. Enfin, j’ai vu que l’on parlait de ce disque comme étant une pièce musicale. Je trouve cela assez juste d’un point de vue artistique, je lui donne aussi cette dimension-là.

RFI Musique : Les quatre éléments fondamentaux de votre album sont l’eau, la terre, le feu et l’air. Pourquoi ces quatre matières vivantes ?
Gasandji : Parce que c’est cela Le Sacré. Il s’agit tout simplement d’une expérience basée sur la vie et ces éléments.

Gasandji et ses musiciens
De gauche à droite : Pierre Bianchi, Pascal Danae, Cyril Atef, Gasandji, Adriano Adrianodd & Hilaire Penda © Anne-Emmanuelle Thion

RFI Musique : Vous avez enregistré en forêt pygmée. Comment c’est effectué cette immersion avec le peuple Aka ?
Gasandji : J’ai fait leur rencontre la première fois en 2013 et cela été le coup de foudre, tout était fluide et simple. J’ai suivi un stage avec le groupe N’dima lors d’un festival à Pointe Noire (Congo–Brazzaville) et l’anthropologue Sorel Eta. Il m’a raconté l’histoire de ce peuple, ce qu’il véhicule et le fait que cette culture disparaissait.
En vérité, quand j’ai effectué ce voyage quelques années après, je ne m’attendais à rien, j’avais une envie viscérale de partager de la musique, d’apprendre des choses d’eux au niveau environnemental, social et spirituel, revenir à la source. J’ai transformé mon être et ma vie. Je n’ai pas enregistré un disque. Nous avons vécu ensemble tous les jours et ça a donné une expérience musicale.

RFI Musique : Vous avez travaillé sur les polyphonies. On a l’impression que vous avez apprivoisé ces harmonies ?
Gasandji : je crois que j’ai beaucoup appris mais j’avais déjà une approche assez singulière de ce qu’on peut attendre de la voix. Depuis mon premier album, j’ai toujours mis en avant le côté vrai d’une voix avec ces failles, ces surprises et non le côté beau. J’espère avoir été encore plus loin dans cette vérité à travers la musique et les voix du « Sacré ».

 

Gasandji en concert le 10/11 au Pan Piper Paris © Thomas Millet

Le Sacré de Gasandji (Label'Gass / Jazz Family / RFI Talent)
Concert au Pan Piper vendredi 10 novembre
Contact Presse : marc.chonier@gmail.com
Contact Booking : info@nuevaonda.fr

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Teaser "Le Sacré" de Gasandji