Les Awards du Coupé décalé à Abidjan

DJ Arafat aux Awards du coupé décalé 2017. © RFI / Stéphanie Aglietti

Quinze ans après son émergence, le coupé décalé s’est solidement enraciné dans le paysage culturel ivoirien et a su se renouveler grâce à une jeune génération de "boucantiers". Dimanche 1er octobre se tenait la deuxième édition des Awards du coupé décalé dans la capitale ivoirienne.

Les bouteilles de champagne sont posées sur les tables drapées de tissu doré. Autour, le gratin du showbiz abidjanais, sapé comme jamais et venu en nombre assister à la seconde édition des Awards du Coupé décalé dimanche 1er octobre au Palais des congrès de l’hôtel Ivoire à Abidjan.

En attendant l’ouverture de la cérémonie qui doit voir s’affronter 101 nominés dans 21 catégories, on sirote une boisson énergisante en enchaînant les selfies. Le public était invité à désigner les vainqueurs via un vote par SMS ou internet avant que les quatre membres du jury ne se prononcent.

Et cette année encore, c’est Dj Arafat réputé pour ses frasques, qui a été élu Meilleur artiste de l’année provoquant un tonnerre d’applaudissements dans la salle. Il a également remporté le prix RFI Coup de cœur des auditeurs. Son rival et autre poids lourd du coupé décalé Serge Beynaud a été désigné Meilleur artiste masculin de l’année et c’est en larme que Vitale, parfois surnommée la "Beyonce du coupé décalé", a reçu son trophée de Meilleure artiste féminine de l’année. Parmi les étoiles montantes, Ariel Sheney a reçu deux prix : celui de la Révélation de l’année et du Meilleur artiste "next génération".

Vitale aux Awards du coupé décalé 2017. © RFI / Stéphanie Aglietti

 

La cérémonie dont le slogan était "15 années de beat" a été ponctuée de prestations mêlant ancienne génération du coupé décalé, avec DJ Caoudji et Abou Nidal et nouvelle vague incarnée par un groupe de jeunes danseurs Roukaskas Désordonné, du coupé décalé à la mode break dance.

Pour les adeptes de ce genre musical initialement basé sur la danse et la frime, la création l’an passé de ces Awards est la preuve de la maturité du mouvement qui a su évoluer avec le temps et se professionnaliser.

15 ans déjà

Qui l’aurait cru ? Certainement pas les noceurs de la diaspora ivoirienne pères fondateurs du coupé décalé qui a vu le jour en 2002 dans les boites de nuit parisiennes. À l’époque, réunis au sein d’un collectif nommé la Jet Set, ils s’inventent un univers marqué par la frime, les vêtements de marque et une chorégraphie : la tranche de la main qui monte et qui descend pour "couper", accompagnée de pas de côté pour "décaler".

Le concept fait rapidement des émules en Côte d’Ivoire, alors en pleine crise politique. En remplaçant les bruits de botte par "l’ambiance" et le bruissement des billets de banque déversés à l’envi sur leurs fans, ces "boucantiers" (littéralement ceux qui font du boucan) offrent du rêve et un exutoire à une population traumatisée.

Mais alors que tout le monde s’attendait à ce que le mouvement de trublions ne sachant pas tenir un micro disparaisse rapidement, 15 ans plus tard, il est toujours là et plus fort que jamais.
"Au début, c’était juste des petits malins qui voulaient faire parler d’eux", raconte Lewis Parker, veste bien coupée et mocassins vernis assortis. Actuellement, "c’est devenu une véritable industrie, il y a des producteurs, des arrangeurs, des chorégraphes, etc." poursuit l’administrateur du site infosdebabi et chargé de communication d’Abou Nidal. Nombre d’artistes de la nouvelle génération comme Serge Beynaud sont d’ailleurs des musiciens accomplis.

"Le coupé décalé est entré dans les mœurs, il fait partie du paysage culturel", martèle Molare, un des précurseurs du coupé décalé et organisateur de la cérémonie des Awards qui a d'ailleurs été retransmise en direct à la télévision nationale. Selon ce promoteur, la puissance du coupé décalé réside dans la diversité de ses artistes. "Chaque personnage dans ce mouvement a sa spécificité, son genre. C’est ce qui fait que le coupé décalé perdure, car tout le monde s’y retrouve", assure-t-il.
"Le coupé décalé fait partie de la culture ivoirienne à l’instar du reggae en Jamaïque", estime à son tour Toussaint Aka réalisateur du documentaire Coupé ! Une histoire décalée sortie en 2015. "Grâce au coupé décalé, on est vraiment fier d’être ivoirien", lance une jeune femme venue assister à la cérémonie.

"Le coupé décalé véhicule une image positive de la Côte d’Ivoire et a fait son chemin à travers le monde entier", rappelle Al Moustapha, chanteur, larges lunettes de soleil et veste en velours bordeaux. "L’existence de ces Awards signifie que le coupé décalé ne sera jamais enterré. Le coupé décalé vivra, vivra, vivra !".