Hawa Boussim, le son du village remixé

Hawa Boussim. © Youri Lenquette

Premier album international de la chanteuse burkinabè Hawa Boussim, repérée par Sony pour développer sa politique artistique en Afrique, Mingoureza casse un peu plus les stéréotypes qui pourraient continuer de coller à la musique africaine, comme avait commencé à le faire le Guinéen Mory Kanté avec Akwaba Beach et le tube Yeke Yeke, il y a tout juste trente ans. Un positionnement qui reflète aussi le caractère de cette artiste ancrée dans le terroir et son quotidien mais prête à décrocher les étoiles.

Sur les cartes géographiques, son village n’est même pas indiqué. Hawa Boussim vient de Kipoura, au sud de Ouagadougou, pas très loin de Zabré, cette ville à cinq heures de route de la capitale et à quelques kilomètres de la frontière avec le Ghana. On y cultive le sorgho, le maïs, le mil, les arachides et on y fait un peu d’élevage.

Si elle est le produit de cette culture rurale imprégnée de traditions immémoriales, la chanteuse quadragénaire qui s’exprime en bissa, la langue de sa région, fait voler en éclat les clichés et préjugés. Avec les remix dancefloor de ses chansons, qui font sensation, elle incarne en même temps la furieuse modernité du monde, dont la capacité à générer les contrastes les plus saisissants ne peut manquer d’interroger. L’intéressée assume, revendique, pointe les rythmes ancestraux qu’elle utilise, comme celui qui sert de base à Sarla, et sur lequel elle rappelle que "les anciens dansaient lors des travaux champêtres", avec des grelots accrochés à des jambières.

Depuis que sa carrière a été prise en main par Sony, à travers son antenne africaine récemment implantée à Abidjan et dirigée par le producteur historique de Cesaria Evora, Hawa Boussim a sans aucun doute changé de statut. Mais elle avait déjà franchi quelques étapes significatives avant que José Da Silva ne tombe sur les maquettes de son deuxième album dans le studio de David Tayorault, arrangeur du Premier Gaou de Magic System et de quelques pointures du coupé-décalé.

Longtemps, elle s’est contentée de chanter et danser à l’occasion des baptêmes et autres cérémonies familiales pour lesquelles on la sollicitait. "Ma maman était comme la griotte du village, mais ça n’a pas duré car elle a été emportée très vite par la mort et je suis restée avec mes jeunes frères. Voilà pourquoi je suis entrée dans la musique", raconte-t-elle. En 2009, elle participe au concours mis en place dans le cadre d’un festival organisé dans le chef-lieu du département par une association très active sur le plan culturel. Tous les instrumentistes des environs sont venus pour tenter de l’emporter, mais c’est elle qui s’impose !

Avec le soutien de proches et ses quelques économies, elle décide d’enregistrer à Ouagadougou un premier album arrangé par le Camerounais Nicanor Mvondo. Et elle accepte le parti-pris audacieux de coller à son chant puissant et ancestral des instrumentaux afropop similaires à ceux dont raffole le Nigeria voisin. Les paroles de ses chansons donnent aussi à ce mariage inattendu une dimension singulière.

Cette mère de six enfants, qui n’a pas eu l’opportunité d’aller à l’école, et vit sous le régime de la polygamie, aborde sans détour les sujets dont est fait le quotidien de ses compatriotes. Mobidoré, "qui parle de l’ingratitude des hommes vis-à-vis des femmes, lorsque leur statut social a un peu évolué et qu’ils trouvent que la femme qu’ils ont mariée n’est plus de leur gout et veulent la remplacer par une plus jeune", a fait mouche.

Grâce à ce titre, voilà Hawa en 2013 à la cérémonie officielle des Kunde, qui récompense chaque année les meilleurs chanteurs du Burkina. Cela lui vaut une invitation dans l’émission de télévision Afrique Étoiles, en Côte d’Ivoire, qui se prolonge par un contrat avec une réalisatrice et productrice ivoirienne, sensible à la personnalité et au potentiel de l’artiste, suivi en 2014 d’un passage au Masa (Marché des arts du spectacle africain). Les travaux pour l’album suivant démarrent, toujours avec le savoir-faire de Nicanor Mvondo qui assure le lien avec quelques arrangeurs réputés d’Abidjan.

L’arrivée de Sony en cours de route a apporté davantage de puissance de feu au projet et fait entrer Mingoureza dans les standards internationaux, en particulier avec des remix parfaitement calibrés. Hawa, qui se prête au jeu avec la meilleure volonté, a très bien compris tout ce que peut offrir à sa musique et à sa culture ce nouveau partenaire d’envergure mondiale, qu’elle ne connaissait pas avant qu’il vienne à elle ! La précision fait sourire : quand un village du Burkina Faso donne une leçon d’humilité aux toutes puissantes multinationales…

Hawa Boussim Mingoureza (Jive Epic/Sony) 2017

Page Facebook de Hawa Boussim