Sidiki Diabaté en terres gambiennes

Sidiki Diabaté en concert au stade de l'indépendance à Bakau, en Gambie, le 5 janvier 2018. © RFI/Claire Bargelès

La Gambie a accueilli pour la première fois l’artiste malien Sidiki Diabaté le vendredi 5 janvier. Une terre pas tout à fait inconnue pour le jeune musicien de 26 ans, puisque sa famille est originaire d’un village de l’est du pays. Pour ses premiers pas au stade de l’indépendance de Bakau, près de Banjul, le "petit prince de la kora" aura su combler ses jeunes fans, même sans son instrument fétiche. Récit. 

Il faut patienter jusqu’à 3 heures du matin, l’heure tardive à laquelle commencent généralement les concerts en Gambie. Soudain, la foule, jeune et très féminine, glapit de plaisir en entendant les premières notes fredonnées depuis les coulisses, Joyeux anniversaire, un titre connu même du public anglophone qui commence à l’entonner.

Sidiki Diabaté surgit alors sur scène, dans un style très travaillé : sur ses habits noirs, seul ressort le doré de sa longue veste d'officier, de ses lunettes de soleil rondes et de ses bijoux. Le tout complété par un sourire ravageur. Les filles du premier rang sont en extase lorsqu’il esquisse ses premiers pas de danse.

Le stade de Bakau a déjà été davantage garni, notamment lors de concerts d’artistes anglophones. Ce soir, peu de curieux sont venus par hasard. Ce sont surtout des fans, déjà conquis, qui ont fait le déplacement pour venir acclamer le jeune chanteur de 26 ans. Ils ne seront pas déçus : près de 2h20 de concert, et un musicien généreux avec son public. La scène est constamment envahie de jeunes femmes qui lui tombent dans les bras, presque en pleurs, ou d’admirateurs venus le couvrir de billets de banque en échange de ses louanges selon la tradition griotte.

Malgré le défilé incessant, le chanteur assure le spectacle, imperturbable. "C’est un vrai showman" s’extasie Ibrahima, 22 ans. "J’attendais qu’il vienne ici depuis longtemps, et ça valait vraiment le coup. Sa musique, sa voix, sa performance, c’est super ! Il dégage vraiment quelque chose."

 Une culture mandingue partagée et revisitée

C’est un retour en terres ancestrales pour l’artiste malien dont le grand-père était originaire de Bansang, à l’intérieur du pays. La Gambie partage les mêmes traditions mandingues de kora et de chants sur lesquelles Sidiki Diabaté a construit sa musique.

"Être en Gambie, c’est revenir à la source. Je suis vraiment content et ému" confie celui qui est issu de la 72e génération de griots. Des racines communes qui donnent d’ailleurs lieu à un beau moment de partage lorsque la star malienne invite sur scène l’artiste local Jali Madi Kanuteh pour un échange à deux voix touchant.

Cette culture, Sidiki Diabaté a su la mixer avec ses influences rap et hip hop, pour créer une nouvelle musique, à cheval entre tradition et modernité : "Ma génération, en boîte, on danse sur Booba. Et après, dans ma chambre j’écoute tonton Ali Farka Touré. Moi je pense que ce n’est pas incompatible : c’est de la musique, faite des mêmes notes. Et Dieu m’a donné la chance de créer une harmonie entre les deux."

Des inspirations mêlées qui plaisent à Maimouna, Gambienne de 26 ans présente au stade : "Ce mélange de langues, de musiques, ça me parle. On partage la même culture, mais en plus, il crée quelque chose de nouveau, c’est ça que j’aime."

Sidiki Diabaté à Bakau en Gambie, le 5 janvier 2018. © RFI/Claire Bargelès

 

La kora manquante

Seule déception du concert : le fils de Toumani Diabaté n’utilisera finalement pas sa kora électrique. Malgré plusieurs essais, des problèmes techniques l’empêchent de jouer de son instrument fétiche à vingt-et-une cordes. "La kora, c’est ma carte d’identité" expliquait-il pourtant lors d’un entretien avant le spectacle. "La kora est tout ce que j’ai, tout ce qui m’a inspiré. Elle est tout ce qui m’a fabriqué. Je viens de la kora."

Le musicien se contentera donc de sa voix saisissante pour envoûter le public, soutenu par des musiciens impeccables. Un orchestre riche en percussions, et dirigé par le chanteur-beatmaker à coup de "ta-ka-ta tchak-tchak" pour créer ses rythmes en direct. La musique qui en résulte est irrésistible, et le stade de Bakau se déhanche avec plaisir toute la nuit.

Une musique que Sidiki Diabaté n’a pas fini de faire évoluer : "Mon but, c’est d’amener la kora là où elle n’a jamais été" déclare-t-il, alors qu’il sort tout juste d’une collaboration audacieuse avec son père, Fatoumata Diawara et le Français Matthieu Chédid, qui a débouché sur l’album Lamomali. "Je veux aller encore plus loin, par exemple faire chanter Beyoncé sur ma kora, ou Lil Wayne !" s’enthousiasme-t-il, en promettant de belles surprises pour son prochain album en préparation.

Page Facebook de Sidiki Diabaté