La bonne fortune de Davido

Le chanteur nigérian Davido. © AFP/Gabriel Bouys

Dans la récente conquête de l’Afrique par la Naija Music, la musique américano-africanisée du Nigeria, Davido a joué un rôle essentiel depuis une demi-décennie. Le chanteur flambeur, issu d’une des familles les plus argentées du pays, commence le 3 mars à Kigali au Rwanda une série de concerts en Afrique francophone dans le cadre de sa tournée mondiale baptisée 30 Billion World Tour.
 

Les bras encombrés par ses trophées, deux MTV Awards et un Mobo Awards, avec à ses pieds un Disque de diamant pour sa chanson If et un de platine pour Fall, Davido ne boude pas son plaisir sur la photo prise, fin février, dans les locaux londoniens de sa maison de disques.

Deux jours plus tôt, le Nigérian s’était produit à guichets fermés devant les 5 000 spectateurs de la Brixton Academy, l’une des salles les plus prestigieuses de la capitale britannique. Et pour créer un peu plus la sensation, si besoin était, il a fait venir à ses côtés son ex-meilleur ennemi, son compatriote Wizkid, l’autre chanteur star qui déchaine les passions à Lagos.

En quelques mois, ces deux-là se sont rendu plusieurs fois la politesse, affichant une complicité plus qu’étonnante au regard des relations qu’on leur prêtait et qui résultaient surtout des positions adoptées par leurs supporters respectifs, frontalement opposés depuis des années. À Dubaï, fin novembre, la situation avait dangereusement dégénéré : les clans s’étaient affrontés en marge d’une soirée où les chanteurs étaient programmés. Au cœur du contentieux quasi historique alimenté en permanence ? Un trône, très subjectif, de roi de la musique nigériane.

Sur Internet, les compteurs des clips vidéo de Davido s’affolent : If dépasse les 60 millions de vues et Fall approche les 53 millions. Depuis le début de sa carrière, les titres s’enchainent, mais la logique de l’album a vécu, condamnée par le piratage massif des CDs et sacrifiée sur l’autel de la digitalisation.

Le chanteur qui va sur ses 26 ans n’en a sorti qu’un, en 2012 : Omo Baba Olowo, The Genesis (souvent résumé sous l’acronyme OBO devenu également un des surnoms de l’artiste), qui signifie "gosse de riches". Son père, Adedeji Adeleke, est un homme d’affaires dont la fortune est évaluée à environ 700 millions de dollars, mais aussi un bienfaiteur notoire à travers la Springtime Development Foundation qu’il a créée.

Incarnation d'un rêve

Le parcours de Davido ne ressemble pas, de fait, à celui suivi par tant d’artistes du continent au cours des dernières décennies – au point de devenir une sorte de stéréotype –, dont le succès est venu récompenser une forme de sacerdoce existentiel, l’espoir envers et contre tout de vivre de son art, de prendre l’ascenseur social et de faire figure de modèle auquel la jeunesse pourrait s’identifier.

Lui a été scolarisé à la prestigieuse British International School de Lagos réservée aux enfants de l’élite avant d’aller suivre ses études supérieures aux États-Unis, où il est né. Si assouvir son envie de faire de la musique s’est avéré plus simple parce qu’il disposait de moyens financiers, encore fallait-il qu’il réussisse à s’imposer. Être crédible, dans son cas, relevait de la gageure.

Mais le Nigeria d’aujourd’hui n’est plus celui de Fela. Le but de cette nouvelle génération d’artistes n’est pas politique, contestataire. Il est de s’amuser, donner une autre image de l’Afrique, comme le soulignait la revue musicale américaine The Fader qui a consacré sa Une à Davido en 2016. Et dans ce domaine, le chanteur s’y entend.

Son afrobeat new-look, urbain et aux couleurs r'n'b, avec une voix travaillée comme il se doit par Auto-Tune et une attitude mi-romantique mi-bad boy peut-être vu comme le prolongement naturel, sur le continent africain, de ce qui se fait outre-Atlantique. Une même esthétique, un même état d’esprit.

En termes d’image, Davido en reprend les codes (le triptyque voitures-belles filles-soirées privées luxueuses), sans véritablement se forcer. Tout comme il n’a aucune réticence à exposer sa vie sur les réseaux sociaux. Et quand il ne le fait pas, il peut toujours compter sur un téléphone portable pour le filmer et poster sur Internet ses faits et gestes, qu’il soit en train d’attendre le jet privé de son père, ou de faire du shopping aux États-Unis.

S’il a trouvé une formule artistique qui fait mouche et fédère une grande partie de l’Afrique, du Sénégal à l’Afrique du Sud, le Nigérian incarne un rêve. Son train de vie le sert plus qu’il ne lui nuit. Il en a d’ailleurs fait son identité, baptisant sa tournée mondiale 30 Billion World Tour, en référence à une phrase de sa chanson If, devenue une de ces formules entrées dans les conversations : "Trente milliards pour le compte (en banque, NDR), oh-oh." À supposer qu’il s’agisse de nairas, la monnaie nigériane, cela ferait près de 83 millions de dollars ou 68 millions d’euros. Simple rime, ou allusion précise à la richesse de son auteur ? Garder une part de mystère permet à Davido d’entretenir un peu plus le fantasme.

Page Facebook de Davido
OBO Tour 2018 (en partenariat avec RFI) :
3 mars : Kigali
9 mars : Kinshasa
10 mars : Brazzaville
17 mars : Douala
21 mars : Niamey
24 mars : Dakar