L'arche musicale de Simon Winsé

Simon Winsé. © Étienne Ramousse

Fin connaisseur des instruments traditionnels avec lesquels il a grandi et qu'il tient à déringardiser, le chanteur burkinabè Simon Winsé met en pratique sa philosophie dans son premier album intitulé Dangada.

La mise en garde est directe : ce n'est pas en abandonnant sa culture pour endosser celle des autres que l'on comprendra le monde, explique en substance Simon Winsé. S'il s'est fait le défenseur des instruments en voie de disparition dans sa région, le pays San, ce n'est pas dans le seul but de sauvegarder ce patrimoine, mais surtout pour montrer qu'arc à bouche, flûte ou kundé ont encore aujourd'hui toute leur place. "Ils peuvent jouer plein de rythmes. On n'est pas obligé de rester dans la tradition", assure le Burkinabè.

De cette question, il a fait son "combat", en allant par exemple à la rencontre d'instruments occidentaux et en créant les conditions d'un dialogue musical, comme il s'y est employé dans son premier album Dangada. "Ça t'enrichit", poursuit Simon Winsé, qui a pris conscience du désamour des siens à l'égard de ces symboles culturels en revenant dans son village, il y a quelques années. Les pratiquer était devenu sujet de toutes les moqueries de la jeunesse locale. "On te traitait de villageois !"

De quoi dissuader certaines vocations, à une époque où le modèle sociétal ancestral est sans cesse bousculé par la mondialisation. Les idiomes aussi en ont fait les frais, à l'image de la langue des Samo. "De nos jours, plus personne ne veut la parler. Les gens ont honte", déplore l'artiste, qui a choisi de lutter contre cet opprobre en l'utilisant dans certaines de ses chansons.

À Lankoé, le village où il a grandi, à 150 kilomètres au nord-ouest de Ouagadougou, Simon Winsé s'est familiarisé avec la musique auprès des siens dans un environnement où elle avait une fonction, selon les événements qui se déroulaient, qu'il s'agisse de la période des récoltes ou de la cérémonie des masques.

Suivant la voie ouverte par son frère aîné Tim Winsé, musicien reconnu au Burkina qui a tourné dans le monde entier avec une compagnie de danse contemporaine, il a lui aussi multiplié les expériences avec des spectacles de conte ou des pièces de théâtre. L'approche n'est pas si éloignée de celle qui prévalait dans un cadre traditionnel. Elle en est même une sorte de prolongement, qui lui permet à l'occasion de faire valoir ses qualités de multi-instrumentistes. En particulier sur Si nous voulons vivre, la pièce de l'écrivain congolais Sony Labou Tansi présentée au festival d'Avignon l'an dernier et avec laquelle il continue de se produire ces temps-ci.

Longtemps, Simon Winsé n'a pas osé se faire entendre en tant que chanteur. De passage à Ouagadougou pour y encadrer le Jazz Orchestra du Burkina, le Congolais Rido Bayonne – connu pour avoir donné un coup de pouce à une foultitude de musiciens du continent – parvient à le persuader de mettre ses appréhensions de côté. Un déclic, suivi d'une rencontre décisive dans la foulée : celle du violoniste français Clément Janinet, adepte des dialogues musicaux avec les artistes d'Afrique (Bill Aka Kora, Cheikh Sidi Bemol, Étienne Mbappé).

L'album Dangada et ses douze chansons sont les fruits de cette collaboration entre les deux hommes, au fil des années. "Il ne faut pas être pressé", relativise Simon, installé en France depuis 2011. Prendre son temps n'est pas le perdre, mais plutôt suivre un processus qui s'affranchit de pressions pouvant parasiter le projet. Parce qu'au fond, il n'est pas seulement question de musique.

Simon Winsé Dangada (Gigantonium/L'Autre distribution) 2018

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