En Gambie, Nobles se rêve en grand

Le jeune trio gambien Nobles. © RFI/Claire Bargelès

Le trio Nobles est l’un des groupes prometteurs de la scène gambienne. Avec leurs rythmes inspirés de l’afropop et mixés avec la tradition locale, ils espèrent un jour percer, dans un pays où l’industrie musicale en est à ses balbutiements.

Ils se sont connus enfants, dans la ville de Nema Kunku, à la sortie de Banjul. À l’époque déjà, Sailou Mballow, Alieu Colley et Abdallah Badjan aimaient jouer aux artistes : "Il y avait cet endroit où les grands frères se retrouvaient pour chanter du reggae, le soir. Et quand ils avaient terminé, nous, on prenait leur place et on se mettait à les imiter" se souvient Abdallah.

En grandissant, chacun s’est lancé de son côté, en tâtonnant. Puis en 2013, devenus Aya, T-Bery et Jola Boy, ils ont décidé de "s'y mettre sérieusement" et de se réunir au sein d’un groupe, "Nobles" (prononcé à l’anglaise) en hommage à leurs ancêtres descendants de familles royales.   

Aujourd’hui, le boys band fait partie des groupes gambiens les plus aboutis et rassemble plusieurs milliers de personnes lors de concerts. "On attire surtout un public jeune qui cherche du divertissement" détaillent les chanteurs, eux-mêmes tout juste âgés d’une vingtaine d’années. "On veut qu’ils s’amusent, mais on veut aussi qu’ils soient fiers de leur pays, de leur culture."

De l’afropop à la sauce gambienne

Leur musique s’inspire principalement de l’afropop du Nigeria, un pays où T-Bery a séjourné avant la création du groupe. Les chansons sont rythmées, les mélodies faciles à retenir et mixées avec des pointes de rap et une touche d’électro. Simple pastiche des Davido ou autres Wizkid ? Aya, le benjamin du groupe, s’en défend : "C’est vrai, on part de cette musique, qui parle aujourd’hui à toute l’Afrique. Mais on y met notre touche gambienne, pour en faire notre propre musique."

Parmi la dizaine de titres sortis, de nombreux couplets sont en effet en langues locales, le plus souvent en peul (Jarama) ou en jola (Kokom), les ethnies dont sont issus les trois chanteurs. Des chansons qui parlent le plus souvent d’histoires d’amour. Et la danse, inspirée des traditions gambiennes, joue aussi un rôle important dans leurs performances.  

Les Nobles en profitent également pour promouvoir les talents gambiens, en portant des tenues réalisées par des tailleurs locaux. Costumes retravaillés avec du wax ou djellabas revues au goût du jour, l’image que renvoie le groupe correspond à sa musique : une fusion des genres. Car le style est vital pour les trois artistes, venus avec des chaussures à paillettes, lunettes noires sur le nez et chaîne au nom du groupe autour du cou. "Ça fait partie du spectacle" reconnaît T-Bery. "Bon et puis c’est vrai que le public féminin vient aussi pour notre 'swag' …"

Pas de droits, de sponsors, ni d’instrumentistes

Les Nobles parviennent aujourd’hui à vivre de leur musique, une victoire dans un pays où les artistes sont rarement professionnels et peinent à trouver des sponsors. "Regardez ces mains !" lance T-Berry en montrant ses paumes. "Ça se voit qu’elles étaient utilisées au début pour construire des murs ou peindre des bâtiments. On devait aussi demander de l’aide à notre famille ou notre entourage. Mais maintenant, c’est la musique qui paye notre toit."

Difficile de percer et de se faire connaître en Gambie, où l’industrie de la musique est peu développée. En dehors du festival annuel Open Mic, qui vise à mettre en lumière les artistes gambiens, les musiciens, même déjà connus, doivent souvent user de l’art de la débrouille pour se produire. Le manager de Nobles, Ahmed Tijan Bah, le sait bien : "C’est vraiment compliqué. Souvent, on finance presque tout nous-mêmes, et on se rembourse ensuite avec la vente des tickets. Donc, on fait vraiment peu de profits."

Quant à la protection des droits, Jola Boy est résigné : "Il n’y a pas les structures adéquates. Rien qui ne protège vraiment nos créations. Et de toute façon, c’est la musique étrangère qui domine dans notre pays, avec leurs gros concerts et leur omniprésence à la radio. C’est difficile de se vendre ici."  

Il est aussi quasi impossible de trouver des instrumentistes capables d’accompagner les chanteurs sur scène. Si le groupe a pu engager un saxophoniste pour l’un de ses récents concerts, la plupart du temps, les trois jeunes hommes doivent chanter sur des bandes préenregistrées. "On travaille sur ce problème, c’est notre prochain objectif. Mais comme il n’y a pas vraiment d’école de musique, c’est dur de trouver des professionnels" renchérit le chanteur. 

Ça n’empêche pas les Nobles de voir l’avenir en grand, et d’espérer un jour dépasser les frontières du pays, pour prouver que la Gambie aussi peut produire des artistes.

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