L’expérience malienne d’Invisible System

Dan Harper alias Invisible System. © DR

Attiré de longue date par les musiques du Mali et ses artistes, le producteur britannique Dan Harper officiant sous le nom d’Invisible System s’est rendu à Bamako pour y concevoir son nouvel album intitulé Bamako Sessions dans une démarche portée par l’intuition.

Garder le côté ludique de la musique. Jouer, au sens propre. Les Bamako Sessions du Britannique Dan Harper appartiennent à ces disques qui mettent en avant la spontanéité du propos. Une seule prise, pas davantage, voilà la règle qui prévaudra durant les quelques semaines de l’enregistrement, dans un logement aménagé en studio pour l’occasion et situé dans un quartier excentré de la capitale malienne. "Pas de livre, pas de théorie", assure sur son blog le musicien-producteur qui est pourtant enseignant en Grande-Bretagne.

Cet adepte du "do it yourself", qui s’est illustré dans le passé avec les musiques éthiopiennes en adoptant une méthode similaire, n’a pas établi au préalable de plan de travail, sauf pour collecter des fonds afin de payer décemment les musiciens locaux. L’idée de ce nouvel album lui était restée dans un coin de la tête depuis qu’il avait passé quelques années au Mali, dans la région de Tombouctou, au tournant du nouveau millénaire, au service d’un ONG.

Partir de zéro est un risque inhérent à sa démarche : s’il a choisi le pseudo d’Invisible System, c’est parce qu’il a été "tourmenté depuis toujours par ce que certains appelleraient de la magie, d’autres, des coïncidences". Visiblement, les génies de la musique avaient décidé de ne pas l’abandonner pour ce nouveau projet : dans le taxi qui l’emmène à l’aéroport pour s’envoler vers l’Afrique, le musicien découvre que le chauffeur s’avère être celui de Robert Plant et de son groupe The Sensational Space Shifters – dont deux des membres avaient participé au précédent album Tiga Tej Tibs d’Invisible System ! Sur place, les rencontres informelles se sont enchaînées, motivées par la seule envie de converser à travers les instruments. Parmi les protagonistes, figurent des valeurs montantes comme le joueur de ngoni Ousmane Dagnon, fils de la célèbre griotte Bako Dagnon, ou encore le koriste Cherif Soumano, la nouvelle étoile du Kora Jazz Trio qui sait trouver sa place dans ces dialogues musicaux interculturels.

L’expérimenté Sidi Touré (auteur du récent album Toubalbero) a lui aussi accepté de participer à cet échange musical que le Britannique a ensuite longuement affiné, organisé, traité, pour que la matière conserve à la fois son aspect brut sans se perdre dans les limbes. Et la restituer au plus près, en termes de production, avec son savoir-faire. Entièrement instrumentale (les versions chantées feront l’objet d’un autre volet), cette histoire en onze titres montre l’attachement de Dan Harper à cette musique et le profond respect qu’elle lui inspire.

Invisible System Bamako Sessions (Riverboat Records) 2018

Page Facebook d'Invisible System