Disparition du bassiste Hilaire Penda

Hilaire Penda à RFI. © RFI/Laurence Aloir

Reconnu depuis le milieu des années 80 pour ses qualités de bassiste auxquelles nombre de chanteurs africains de premier plan avaient fait appel, le Camerounais Hilaire Penda était devenu depuis près de dix ans un des rouages essentiels du renouvellement de la scène afro-parisienne à laquelle il avait impulsé une nouvelle dynamique en organisant les Warm Up Shows. Il est décédé le 5 novembre à 58 ans.

Mettre en avant la musique, plutôt que ceux qui la font. La formule pourrait résumer la démarche qui a été celle d’Hilaire Penda, tout au long de sa carrière démarrée  au début des années 80. Le nom du bassiste camerounais figure sur une centaine d‘albums au bas mot. Il a joué avec un nombre incalculable d’artistes, mais sorti un seul album sous son nom, Jungle People, en 1985. Du mako-zouk, disent les spécialistes : soit du makossa mâtiné de zouk.

Arrivé en France deux ans plus tôt, après avoir grandi à Douala où il racontait avoir appris la basse en écoutant les chansons diffusées dans l’émission de radio La Discothèque de papa sur la CRTV, le jeune musicien n’avait pas tardé à se faire repérer sur une scène afro-parisienne en pleine émulsion, où les représentants du continent africain se retrouvaient et surtout se mélangeaient.

Premier fait d’armes : l’album A Paris du Guinéen Mory Kanté, en 1984, et sa chanson Yeke Yeke, trois ans avant qu’elle devienne un tube dans une autre version sur Akwaba Beach. Il fait partie de cette bande de musiciens que l’on trouve au studio Johanna où travaillent Jacob Desvarieux et un autre futur Kassav', Jean-Claude Naimro. Durant cette décennie, Hilaire accompagne ses compatriotes André-Marie Tala ou Petit Pays, mais aussi le Sénégalais Thione Seck, les Maliens Salif Keita et Kassé Mady Diabaté, le Burkinabè Amadou Ballaké, les Congolais Bumba Massa et Tshala Muana…

À Londres, où il part poursuivre sa quête artistique durant les années 90, sa vision décloisonnée de la musique trouve de quoi se concrétiser : avec l’Afro-Celt Soud System, la chanteuse d’origine indienne Susheela Raman ou encore le groupe de rock Squeeze.

Les Warm Up Shows 

Au terme de ce séjour de huit années outre-Manche, il revient en France en 2006 avec une idée dans ses bagages : servir de connecteur, mettre son expérience et son carnet d’adresses de musiciens éclectiques au service des jeunes artistes. Les Warm Up Shows, concerts informels se tenant souvent dans des cafés-concerts parisiens, mélangent ainsi les générations.  "Ça m’a donné l’occasion de partager la scène avec des musiciens avec lesquels j’ai eu envie de travailler par la suite. Mais il y avait aussi une prise de risque, car le principe, c’était que notre répertoire était joué par des musiciens différents, avec qui on n’avait jamais joué. Il fallait traverser la rivière", raconte la chanteuse congolaise Gasandji. Habituée de ces rendez-vous dès 2009, elle dit aussi toute la richesse des échanges avec ce "grand frère", "homme de liens", dont elle vante les qualités de bassiste "autant pour la technique que pour l’oreille, celle du cœur".

Prolongement naturel de ces sessions, le festival Rares Talents voit le jour en 2012 en banlieue parisienne : "Un laboratoire de création et passeur culturel", "né de la volonté de mêler les univers musicaux et les générations d’artistes", écrivait le musicien camerounais, directeur artistique de l’événement, dans l’édito du dossier de presse de la quatrième édition. Membre du jury du Prix des Musiques d’Ici, destiné à soutenir des artistes "des diasporas", Hilaire était aussi président du Centre des cultures d’Afrique basé à Montreuil, ville de Seine-Saint-Denis où il résidait.

Mi-octobre, il donnait un concert avec un complice de vieille date, le flûtiste Magic Malik, dans un projet expérimental sur l’afrobeat. Pour continuer à réinventer la musique, domaine aussi infini que l’espace. Comme lorsqu’il jouait de l’"alien pop et psychogroove" au sein du trio A Freak In Space, formé avec le batteur Cyril Atef et le guitariste Eric Löhrer, en combinaison de spationautes…

À réécouter dans l'émission Musiques du Monde : Session live warm up show (10/05/2014) et  Session live avec Ÿuma, Hilaire Penda et Magic Malik (8/04/2018)