Soft

Source de rayonnement quasi solaire, Konfyans est le troisième album du groupe Soft, devenu en quelques années le symbole d’une nouvelle scène antillaise qui commence à trouver son identité en s’écartant des modèles prêt-à-porter confectionnés par ses aînés.

Le capital sympathie que possède Soft, depuis ses débuts discographiques en 2005 avec Kadans a peyi-là, est toujours intact, véritable matelas, si épais qu’on le devine capable d’amortir une lourde chute. Encore faudrait-il qu’une telle éventualité se présente pour le vérifier, mais cela semble aujourd’hui relever du domaine de l’improbable tant l’accueil réservé à Konfyans, le troisième album du groupe, a été enthousiaste.

Atypique dans le paysage musical antillais à la fois par le style qu’elle développe et par les idées mises en avant, l’équipe emmenée par le chanteur guitariste Fred Deshayes fédère, bien qu’elle évolue pourtant à contre-courant. Le ton, d’abord, se veut différent. Il n’est pas question de se complaire dans une victimisation aussi fréquente que facile pour évoquer les problèmes auxquels sont confrontés les Guadeloupéens.

Relativiser la situation, éviter les amalgames pour ne pas verser dans la caricature : c’est cette réflexion qui nourrit entre autres les paroles de Révolution ("Non, non, non, non"). Pas d’exaltation, mais plutôt une forme de sagesse qui décline sous un autre angle dans Omaj, un texte se souvenant des maîtres de la tradition musicale du gwo ka dont se revendiquent les musiciens de Soft.

Le titre même de l’album, Konfyans, est une façon de souligner ce qui, à leurs yeux, fait défaut à la population de leur île. Autour du trio qui fait figure de noyau, cette formation à géométrie variable garde en studio un côté très appliqué. Son répertoire profondément caribéen a souvent des couleurs jazzy comme sur l’instrumental Morceau de pays, parfois pop pour Change My World. Une incursion en territoire zouk se concrétise par Lanmize au paradi. Si le résultat, toujours acoustique, manque peut-être d’un peu de rugosité, cette fluidité séduisante donne un accès immédiat aux chansons que l’on se surprend à fredonner dès le second refrain.

Soft Konfyans (Aztec) 2010