Valérie Louri reprogramme ses Caraïbes

Valérie Louri. © Sandra Augustin

Rester lucide. C’est le mot d’ordre que la Martiniquaise Valérie Louri a gardé à l’esprit tout au long de la réalisation de son quatrième album, intitulé le Bruit des vagues, pour atteindre l’objectif qu’elle s’était secrètement fixée et éviter de se perdre en cherchant de nouveaux rivages.

Si Valérie Louri présentait en 2012 son album hommage à Édith Lefel comme une "parenthèse musicale", le projet apparait a posteriori davantage comme une transition. Car aujourd’hui avec le Bruit des vagues, elle ne reprend pas les choses là où elle les avait laissées au temps de Fanm Lanmou, en 2009.

À l’époque, la chanteuse martiniquaise était vue à travers le prisme du bèlè et des rythmes traditionnels, une image en décalage avec ce qu’elle souhaitait, au point de se dire qu’il fallait s’éloigner de cette forme acoustique qu’elle privilégiait jusque-là. "La remise en question peut être déstabilisante mais, dans la famille du divertissement, ça fait partie du jeu, ça nous oblige à ne pas rester sur nos acquis", reconnait celle qui passa deux saisons à jouer dans la comédie musicale le Roi Lion.

Comment intégrer à sa musique toutes ces influences occidentales auxquelles elle se rend compte qu’elle est sensible, tout en restant cohérente ? La version d’Hallelujah interprétée par Jeff Buckey, qu’elle découvre alors qu’un gros coup de fatigue l’a clouée au lit, agit comme une sorte de déclic et la met sur la voie de la première chanson, Mèt piess, suivie par Pa Fann, qui balisent toutes deux la direction à suivre. Le ukulélé, dont elle s’est emparée, l’aide à "ouvrir" ses mélodies, "déprogrammer" ses habitudes vocales.

Pour concrétiser ses envies – et vaincre ses dernières appréhensions –, Valérie Louri a trouvé le réalisateur qu’il fallait avec Alias LJ, ex-chanteur r'n'b de la fin des années 90 reconverti derrière les machines (en particulier pour le zoukeur Slaï). Pour le guider, elle lui a parlé de la chanson Ride du duo américain déjanté Twenty One Pilots, pour cet agencement entre couleur caribéenne et rock. Les propositions qu’il lui fait ne sont parfois pas loin de la faire reculer. "Je me mordais les lèvres pour ne rien dire, parce qu’il m’emmenait vers quelque chose que je voulais mais en même temps il ne fallait pas aller trop loin", explique-t-elle.

Les arrangements définitifs qui sont venus trouver leur place sur les onze titres sont à la mesure du changement, voire de la rupture à laquelle la chanteuse aspirait, que ce soit sur Asé et son ambiance urbaine à laquelle contribue le flow old school d’Alias LJ, ou sur le très cuivré Negra, clin d’œil à la tournée qu’elle avait effectuée en 2011 en Amérique latine. Avec cet album, l’horizon de Valérie Louri s’est élargi. Perdre le cap était un risque mais la native de Fort-de-France a su conserver quelques repères structurant pour accoster avec audace de nouveaux territoires musicaux.

Valérie Louri le Bruit des vagues (Aztec Musique) 2016

Page Facebook de Valérie Louri

En concert le 29 octobre au Zèbre de Belleville à Paris