Arnaud Rebotini, la vie à 120 BPM

Arnaud Rebotini. © Quentin Caffier

Arnaud Rebotini, le compositeur de la bande originale du film 120 Battements par minute réalisé par Robin Campillo, est un activiste des premières heures de l’électro française et un adepte des machines analogiques plutôt que des ordinateurs portables. Retour sur son parcours. 

Oui, Arnaud Rebotini a été un jour rockeur. Certains se demandaient si la moustache qu’il a longtemps arborée ou les blousons de cuir qu’il porte parfois étaient un signe. Ce grand bonhomme au physique de biker a participé à quelques groupes de rock ou de death metal, mais il avait entre 16 et 18 ans… Il a appris à jouer de la guitare très jeune, à Nancy, où il est né, mais il a arrêté le conservatoire tout aussi jeune. "J’étais un garçon agité, qui avait plutôt besoin de faire du sport. Lycéen, j’étais très fan de musique bruyante façon Sonic Youth" se souvient Arnaud Rebotini.

Arrivé à l’âge de 13 ans en banlieue parisienne, l’adolescent sera guitariste, bassiste et même chanteur dans des groupes de lycée. Il fréquente le même établissement qu’Étienne de Crécy, mais on ne leur connaît pas de groupe commun. Il s’oriente vers des études d’analyste-programmeur, mais préfère finalement rester derrière le comptoir d’un disquaire que derrière un ordinateur.

Disquaire cultivé

Arnaud Rebotini devient en 1996 disquaire à mi-temps chez Rough Trade. On y vendait essentiellement des disques vinyles, c’était avant YouTube. "J’étais au centre du truc : rééditions, sorties de nouveautés… Une partie de ma culture musicale s’y est faite, notamment en musiques électroniques. J’écoutais du rock indé ou du Aphex Twin, on recevait 5 disques de Dopplereffekt [duo techno de Detroit, NDR], j’en gardais systématiquement un. J’allais plutôt en clubs pour écouter les DJs que pour danser."

Aux côtés d’Arnaud Rebotini, on trouve un autre vendeur, Ivan Smagghe. Tous deux vont composer ensemble sous le nom de Black Strobe. "Je ne voulais pas m’ennuyer tout seul à composer de la musique de club. Le duo est ensuite devenu solo" explique le musicien. Black Strobe a beaucoup fait danser avec Italian Fireflies (2003) et I’m a Man (2006). Dans le clip de ce dernier titre, Arnaud endosse le costume de rockeur avec guitare, basse et batterie.

Religion techno

Il publie en 2008 son premier album sous son propre nom, Music Components, sorte de manifeste techno revenant aux tables de la loi édictées à Detroit par Mad Mike et sa clique Underground Resistance, qu’Arnaud Rebotini admire. En 2011, Someone Gave Me Religion s’inspire davantage des prémisses de l’électro, le krautrock allemand de Cluster ou Tangerine Dream, tout en faisant référence à une phrase du bluesman Son House. Car le Français voit une filiation entre le blues et les musiques électroniques, avec leurs épicentres urbains que sont Chicago et Detroit.

Arnaud Rebotini n’aime pas les ordinateurs. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas exercé plus d’un an son métier d’analyste-programmeur. Pour cela également qu’il n’utilise pas d’ordinateur en studio ni sur scène, où s’étalent claviers analogiques ou boîtes à rythmes des années 80 aux noms connus des seuls initiés (ASP 1200, SH 101, TB 808, Solina…) Il explique vouloir proposer autre chose que la vision d’un musicien caché derrière un ordinateur portable et n’avoir pas les moyens de faire un spectacle son et lumière façon Daft Punk : "Un show rock’n’roll avec des machines et un costard !"

Comme en 93

Arnaud Rebotini est aussi derrière l’ambitieux projet solo Zend Avesta (en référence à Zarathoustra), qui deviendra un groupe sur scène. Une musique à la fois pop et expérimentale avec de nombreuses voix. "Entre de la jungle et du DJ Vadim. Je voulais composer comme pour un petit orchestre de chambre. Cela a été le point de départ de la collaboration avec Robin Campillo, qui était alors monteur pour Entre les murs. Finalement, le film s’est fait sans musique" raconte l’ex-disquaire.

Lorsque Robin Campillo réalise son premier long-métrage, Eastern Boys, il se souvient d’Arnaud Rebotini et le recontacte. Pour le film 120 Battements par minute, la collaboration s’intensifie. "Robin est un vrai mélomane qui sait ce qu’il veut. Il m’a cité plein de références musicales de cette époque, comme Chez Damier, Masters at Work ou un titre composé par Shazz et Ludovic Navarre (ndlr : St-Germain). J’ai composé la musique avec des machines de cette époque, puisque le film se passe en 1993. Mais j’ai rajouté des instruments acoustiques qu’on n’entend jamais dans la house : clarinette, flûte, harpe… J’ai aussi réalisé un remix dans l’esprit des années 90 du titre de Bronski Beat."

À la fois libre et hyper actif, Arnaud Rebotini a aussi collaboré avec Christian Zanési, ancien directeur du GRM, le Groupement de recherche musicale de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Le premier, toujours porté sur les machines analogiques, tandis que le compositeur de musique concrète ne travaille qu’en numérique. Aujourd’hui, l’homme au costard s’est remis derrière ses machines analogiques et prépare seul son prochain album.

Arnaud Rebotini B.O. 120 Battements par minute (Blackstrobe records/Because Music) 2017
Site officiel d'Arnaud Rebotini
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