Le tsapiky de Damily

Dans la région de Tuléar, on dit "Ravinahitsy" pour souhaiter des vœux de réussite, et donner de la contenance à celui qui va à l’aventure. Cette formule ouvre le premier album international de Damily, figure emblématique du tsapiky, musique survoltée et populaire du Sud-Ouest de Madagascar.

Damily est né en 1968 à Tongobory. C’est dans cette région de pêcheurs et d’éleveurs à environ 1000 bornes de la capitale Antananarivo au Sud-Ouest de Madagascar qu’il a appris seul à jouer à la guitare en gardant les zébus. Adolescent il écoutait la radio mozambicaine qui inondait cette partie de l’Île rouge. "Le Mozambique est en Afrique du Sud-Est, juste en face de notre région, de l’autre côté du canal. On captait facilement sa radio. J’étais fasciné par toutes les musiques modernes qu’elle déversait sur notre région."

Quand Damily arrête sa scolarité à dix-huit ans, sa mère l’envoie cultiver le riz à Bezaha. Rakapo, son frère cadet, réside déjà dans cette localité à vingt-cinq kilomètres de leur village. Tous les deux intègrent en 1987 la formation musicale le Miriori puis le Bazarsy groupe. Ils animent les fêtes de quartier et jouent de la variété, essentiellement les tubes occidentaux de la fin des années 1980. "J’avais envie d’apporter du sang neuf au répertoire du Bazarsy groupe. En plus de la guitare, la batterie et la mandoline, j’ai introduit des instruments du terroir comme le katsa (le hochet) et le langoro (Tambour). Je me suis inspiré des rythmes traditionnels de ma région, de la cadence mozambicaine et on a accéléré le tempo de notre musique. Ce qui donne le son tsapiky, on prononce tsapik. "

Une musique moderne d’inspiration traditionnelle

Si Damily a proposé à ses copains de sortir de la variété, c’est parce qu’il avait remarqué le vif intérêt des villageois de Tongobory quand il s’essayait sur sa guitare à développer une musique moderne d’inspiration traditionnelle. Ses textes étaient (et le sont toujours), des reprises de thèmes de croyances populaires, des mots de soutien au moral fragilisé, de commentaires des difficultés des populations de sa région, etc. "Comme les artistes traditionnels, je chantais et chante toujours les tracas quotidiens de mes concitoyens. Notre région est sinistrée, il y a beaucoup de pauvreté…Les paroles de mes chansons étaient donc un réconfort pour tout le monde. Il était nécessaire de donner aux gens ce qui peut les aider moralement à survivre…"

Damily s’avère être un virtuose de la guitare. Son choix artistique et ses textes feront sa notoriété dans toute la région du Sud-Ouest et sur l’ensemble de l’Île. En 2001, à la faveur d’un concert en France, Damily décide de s’installer à Angers puis en Charente d’où il monte sa première tournée hexagonale en 2006. Le producteur Valentin Langlois le découvre à cette occasion et réalise Ravinahitsy, un album de 12 titres.

L’œuvre s’attache aux préoccupations humaines, implicitement à celles de sa région Antadroy, touchée par une sécheresse récurrente (Talilio), dépeint les conditions de vie des défavorisés que la modernité laisse à la traîne (Fiaina Toy), caricature l’âme meurtrie de l’amoureux abandonné ou commente le retour inéluctable de l’aventurier au pays natal.

Doté d’une voix limpide, avec un jeu de guitare mélodique et une orchestration dépouillée, Damily revisite les standards du tsapiky (Liamboro nomaly), fait un clin d’œil au registre traditionnel (Bekobe) et aux ballades (Mifona).

 

Six albums en vingt ans

A Madagascar, le tsapiky est un véritable phénomène dans le Sud-Ouest qui regorge d’orchestres divers et variés. Des formations informelles évoluant dans des circonstances parfois hasardeuses, qui se font et se défont  au gré des rencontres.

Celle de Damily est l’une des rares à passer l’épreuve du temps. En vingt ans, il a produit six albums au pays qui confirment sa popularité. Son tsapiky est vigoureux et se joue souvent en boucle comme toutes les musiques de transe. Le tambour "langoro" et le hochet "katsa" lui impriment un rythme saccadé. La batterie de Naivo marque l’accélération. Les notes détachées des guitares de Damily et de Claude, plus les voix de Gany Gany souvent pleureuses, accentuent la couleur nostalgique et mélancolique. La basse de Rakapo donne toute sa rondeur aux compositions. L’ensemble offre une musique festive d’évocation, d’exhortation et de chronique sociale.

 

Damily Ravinahitsy (Helico) 2007

En concert en France : 7 et 8 Juin au Festival Ti' Piment à Nancy
18 Juillet Estival de Beaufort en Anjou