Speed Caravan, avis de tornade !

Big Blue Desert, l'album de Speed Caravan © Youri Lenquette

Formation emmenée par le joueur de oud Mehdi Haddab, Speed Caravan signe Big Blue Desert, un deuxième album qui a pour centre de gravité le Sahara, un désert couleur métal où des vents puissants laisseraient enfler un tumulte de mélodies venues d’Orient ou du Maghreb, de mbalax sénégalais et de riffs rock acérés.

Mehdi Haddab est au plus profond de lui, maqam et rock, quart de ton et saturation. Il suffit de l’avoir vu, son oud en bandoulière au sein d’Ekova ou de Duoud, ses précédentes formations ou plus récemment sur des scènes de théâtre, accompagnant de son instrument fétiche, Sapho, Disiz et Denis Lavant lors de représentations des Amours vénérables de Desdémone et Othello pour comprendre que ce Speed Caravan n’est pas qu’une histoire de posture ou d’attitude, n’est pas juste perfecto et babouches. Mehdi Haddab est un oud-hero comme il existe des guitar-heroes, et son Speed Caravan, un vrai groupe d’heavy metal.

Kalasnikov Love, son premier album conçu avec la complicité du bassiste Pascal Teillet (aussi appelé Pasco) et de la musicienne électro Hermione Frank sous les couleurs de la structure New Bled, fut rapidement rapatrié sous les ailes de l’ange Gabriel et de son label RealWorld. Leurs compos ainsi que leurs reprises de titres des Chemical Brothers, de The Cure ou du oudiste turc Udi Hrant mettent le feu aux poudres. Et c’est en quintet que Speed Caravan fera le tour du monde.

Direction Dakar

C’est par hasard, en 2012, alors que frétille l’idée du deuxième album, qu’il embarque pour Dakar. "Rien ne m’enthousiasmait réellement dans mes avancées qui n’en étaient pas vraiment. J’avais le sentiment de tourner en rond. Le premier album avait vu le jour sur des ordis et je cherchais le truc qui allait me porter ailleurs" se souvient le musicien.

"Un ami installé à Dakar me propose de venir passer du temps dans cette ville que je ne connais pas. J’arrive et je plonge. Toutes les nuits. Le mbalax à haute dose dans les boîtes. La musique urbaine du Sénégal qui se décline en mbalax-variété ou mbalax hardcore. Tu y retrouves le sabar, cette percussion au jeu extrêmement codé, accompagnée par une basse-batterie et un clavier DX7 réglé sur le 'preset' marimba. J’étais fasciné par ce rythme. J’en ai écouté des heures entières pour le décortiquer et le comprendre d’autant que je composais alors de manière assez resserrée : charleston, caisse claire, kick et oud" explique-t-il avant d’ajouter : "Tu te concentres alors sur la rythmique. L’habillage, la basse par exemple ou les arrangements. Les couleurs que tu peux donner au morceau ne viennent que bien plus tard."

Son poste d’observation préféré à Dakar est le Thiossane, la boîte de la rue 10. "C’est là que se produisent tard dans la nuit les stars du genre. C’est Pape Diouf qui m’y a invité la première fois. Pape, c’est le phénomène du mbalax. Il vient de la banlieue et a du monde derrière lui" explique Medhi Haddab.

"J’y ai aussi rencontré le percussionniste Khadim Mbaye ou Moussa Ngom, un joueur de clavier DX7 dont le père Pape Oumar Ngom était le guitariste rythmique du Super Étoile. Le père et le fils se retrouvent sur trois titres de l’album. Auprès de tels musiciens, très vite, tu comprends que le mbalax, ce n’est pas de la mathématique, que tu ne peux rien plonger dans Protools. Ça a plutôt à voir avec une sophistication de l’expression rythmique, une sophistication qui sent le sable, le poisson froid grillé et que cela aussi est important."

Des musiciens de choix

Pascal Teillet, le bassiste les rejoint. Durant trois mois, ils vont se découvrir en répétitions comme dans la vie de toutes les nuits, au hasard des clubs. "Des premiers constructions voient le jour, constructions que j’ai enrichies par la suite. La basse de Pasco et la batterie jouée par Abdoulaye Lo, ne venant qu’au dernier moment pour souligner les intentions" explique le oudiste.

"Quand je bloquais, quand j’avais la tête dans le mur, j’envoyais les titres à Skander Besbes qui vivait alors à Berlin. C’est un des pionniers de la scène électro tunisienne. Il a une très bonne culture rock et métal. C'est aussi un vrai geek. Il me décoince comme un kiné" sourit-il.

"C’est un vrai luxe de travailler ainsi, de composer de la sorte avec de tels musiciens. Khadim Mbaye et Alioune Seck, les deux percussionnistes sont étonnants et leur complicité est rare. Ils ont une connexion bluetooth, ils sont en midi direct" ajoute-t-il, envieux.

"Pape Diouf, nous a rejoints sur un titre (The Warrior). La chanteuse berbère Hindi Zahra prenant le chant sur Desert Trip après quelques jours de résidence, tandis que le compagnon de Natacha Atlas, Sami Bishaï pose des violons disco façon Boney M sur l’oriental Ocean Street et plus nerveux sur Orgasmocracy" relate Mehdi Haddab désormais installé à Biarritz et dont la première adresse dans la ville baignée par le même océan que Dakar était : rue de l’Océan. "Au final, on a gardé que 9 titres pour une quarantaine de minutes. C’est en gros la durée d’un vinyl, un format que j’aime bien, un format idéal.".

Speed Caravan Big Blue Desert (Liberté Music/World Village) 2016

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En concert le 11 novembre au Petit Bain (Paris) avec Temenik Electric
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