Monica Pereira, rayon d’Afrique

Monica Pereira. © Graig Labranche

Repérée sur des projets musicaux dans des registres différents, du zouk au rap en passant par le jazz et l’électropical, la chanteuse afro-parisienne Monica Pereira dévoile son univers personnel à travers son deuxième album Mulher do sol. Pour l’occasion, elle a pu compter sur le savoir faire des Maliens Toumani et Sidiki Diabaté ainsi que du Sénégalais Abdoulaye Diabaté, pilier du Kora Jazz Band.

D’un côté, avec dans la voix cet accent qui le confirme, elle se revendique parisienne, parle avec enthousiasme du quartier de Montmartre où elle vit, de cette énergie débordante qui circule dans les artères de la capitale et qui peut vous "happer", du sentiment de manque quand elle s’en éloigne trop longtemps.

De l’autre, elle reconnait qu’"un peu de calme, c’est pas mal",  parle avec la même excitation du bonheur de se retrouver "à la campagne", lorsqu’il lui est arrivé d’aller en Bretagne travailler avec le groupe nantais Teacher Jekyll sur son projet electropical. Sans oublier l’attachement à son continent natal, elle qui est venue au monde en Guinée-Bissau, d’une mère capverdienne, "baroudeuse", partie ensuite avec ses enfants terminer ses études d’enseignante au Portugal, puis en France. "Je ne suis pas qu’africaine. On a plusieurs identités et aujourd’hui, le monde tend vers cela", formule Monica Pereira.

Sur le plan artistique, la chanteuse a suivi un de ces chemins pluriels qui fait écho à son propos. Mais sa diversité, derrière les apparents paradoxes, respecte dans le même temps une indéniable cohérence.

Et à son échelle, Mulher do sol, son deuxième album personnel, reflète aussi cette dimension double – sinon multiple ! On y croise Sodade de Cesaria Evora, "la grande voix du Cap-Vert" qui déclenche chez elle une nostalgie de "cette petite terre où tu t’assoies et tu sens la pluie tomber, l’odeur sur la végétation et le sol, la fraicheur…" Ou encore Il venait d’avoir dix-huit ans de Dalida, dont elle aime "la sensibilité à fleur de peau".

Influence de l'Afrique mandingue

À travers certains titres, il y a l’influence du fado lusophone et celle de l’Afrique mandingue présente dans son subconscient. Jamais elle ne s’était rendu compte qu’elle l’avait en elle, avant de se mettre à écrire sur des chansons arrangées par Toumani Diabaté, figure de la musique malienne, et composées par Sidiki Diabaté, son fils, très populaire de Bamako à Abidjan. La proximité de Monica avec "Papa" Toumani, grand maître de la kora, s’est construite au fil de soirées passées ensemble en compagnie d’un petit cercle de musiciens, depuis plusieurs années.

Avec Abdoulaye Diabaté, autre "parrain" de renom contributeur de l’album – et sans lien de parenté direct avec ses homonymes ! –, la connexion s’est déjà matérialisée par le passé : sur l’album Back To Africa du Kora Jazz Band, paru fin 2014, le pianiste sénégalais avait donné sa chance à la jeune femme pour une reprise de Labrador, un titre de Touré Kunda en créole portugais. Une autre chanteuse était initialement pressentie, mais Monica s’était battue pour faire un essai. Et au final décrocher un deuxième job sur l’album : écrire des paroles pour une autre chanson confiée par Abdoulaye Diabaté. "Quel challenge !" s’exclame-t-elle encore aujourd’hui.

C’est par le biais de l’écriture, dont elle est "tombée amoureuse", que Monica est arrivée à la musique. Quand elle voit une de ses cousines mettre une mélodie sur ses mots, elle trouve ça "extraordinaire". Son premier groupe, à la fin des années 90, s’appelle Honneur ô dames, et sort un album en 2001 soutenu par une major du disque. "J’étais jeune, rebelle, revendicatrice. Ce que j’avais à dire était différent. C’était du rap", rappelle-t-elle, comme pour mieux souligner sa vision d’aujourd’hui "plus poétique, plus romantique".

Entre temps, avec Continuo Cantado ("Je continue à chanter") en 2009, elle s’était déjà rapprochée de ses racines. Sur Mulher do sol, l’approche musicale aussi a changé : moins de machines, et davantage de place pour le facteur humain, bien plus performant pour restituer, au plus près, ses sentiments et ses émotions.

Monica Pereira Mulher do sol (Aicebi Music) 2018

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