Les Suds, à Arles, toutes les Afriques en partage

Gilberto Gil lors de son concert à Arles le 10 juillet 2018. © Les Suds Arles/Stéphane Barbier

Du 9 au 15 juillet, Arles sert de décor à la 23e édition du festival Les Suds. Un évènement placé sous le sceau de la convivialité et du partage dont la programmation accorde, cette année encore, une belle place aux musiques d’Afrique et de sa diaspora.

À 22h, en ce 10 juillet, les rues de la cité arlésienne fêtent à coup de klaxon la qualification de l’équipe de France pour la finale de la Coupe du Monde de football. Sur la scène du Théâtre Antique, on célèbre les 40 ans de Refavela. Un album pétri de racines africaines que Gilberto Gil, légende de la musique populaire brésilienne, a enregistré en 1977 après avoir séjourné près d’un mois à Lagos, au Nigéria, lors du FESTAC (le Festival des Arts et des Cultures Noires).

Quelques heures avant de monter sur scène, le natif de Salvador de Bahia, la plus africaine des villes du Brésil, confie dans un français presque parfait : "Revisiter cet album, c’est une idée de mon fils (ndlr : Bem Gil). Il joue de la guitare, il compose. Il s’intéresse beaucoup à la musique. C’est un élément central de sa vie. Il a 33 ans et il estime que ce disque a eu un effet sur sa génération en raison de ses sonorités et de sa relation avec l’Afrique. Je pense que cette relation est très importante pour la culture et la civilisation brésilienne. Alors il m’a invité à faire partie du projet" (rires) !

Pour célébrer les 40 ans de Refavela, Gilberto Gil est entouré "d’amigos" : la chanteuse capverdienne Mayra Andrade, la chanteuse et pianiste italienne Chiara Civello et l’accordéoniste brésilien Mestrinho : "Mon fils les a choisis. Ils ont tous à peu près le même âge que lui. Ils sont comme mes enfants". Une affaire de famille donc, cet anniversaire. Aux chœurs : sa fille Nara Gil ("ma première-née"), sa petite fille Flor (11 ans) et sa belle-fille, Ana Cláudia Lomelino. A la direction artistique et aux arrangements : Bem Gil qui, du centre de la scène et guitare en main, pose un regard bienveillant sur cette joyeuse troupe.

Celle-ci interprète tous les titres de Refavela, mais pas que…Mayra Andrade lance en solo Compasso Pilom : un funana endiablé, rendu célèbre dans les années 80, au Cap Vert, par le groupe Bulimundo. La chanteuse tient en main le "ferrinho", percussion crantée, frottée par une tige de métal, qui assure le tempo de ce style nerveux, emblématique de l’île de Santiago.

A ses côtés, Gilberto Gil (76 ans) danse comme un jeune homme, sourire aux lèvres, devant plus de 2 000 spectateurs eux aussi sous le charme. Un peu plus tard, Gilberto Gil nous rapproche d’une autre île, des Caraïbes cette fois : "L’album Exodus a eu 40 ans l’année dernière lui aussi. De son côté, Ziggy Marley fête cet anniversaire. Ziggy en Jamaïque, Bem au Brésil et Bob Marley, toujours !" clame le chanteur avant d’interpréter Three Little Birds. Un titre lumineux, à l’image de cette soirée portée par l’enthousiasme et l’humanité de Gilberto Gil. En revenant pour les rappels, l’ancien Ministre de la Culture du gouvernement de Lula da Silva s’écrie : "Félicitations à la France pour sa qualification en finale !". Il terminera cette belle fête de famille en faisant reprendre par une foule émue le refrain de son classique Toda Menina Baiana.

Angélique Kidjo, concert unique

Le lendemain, la France est sur le point de connaître son futur adversaire en finale lorsque la diva franco-béninoise Angélique Kidjo s’élance sur la majestueuse scène du Théâtre Antique pour un concert unique. De Célia Cruz à Jimmy Hendrix, en passant par Nina Simone ou Serge Gainsbourg, la chanteuse installée depuis 20 ans aux États-Unis rend hommage, en trio, aux femmes et aux hommes qui l’ont inspirée. Comme à son habitude, celle qui vient de se voir décerner le prix de l’Artiste citoyen par l’Adami, clôt son concert au milieu du public avec Afirika, hommage à l’Afrique et à Miriam Makeba : "j’ai écrit cette chanson le 31 décembre 1999 en me demandant si le nouveau millénaire nous permettrait de vivre ensemble avec nos différences. La question est toujours d’actualité."

© Les Suds Arles/Florent Gardin
Angélique Kidjo lors de son concert à Arles en le 11 juillet 2018.

 

Quelques heures plus tôt, dans le décor intimiste de la cour de l’archevêché, le Tunisien Jasser Haj Youssef (viole d’amour) et l’anglais Piers Faccini (guitare et chant) donnaient corps au message de fraternité d’Angélique Kidjo en dessinant un paysage sonore d’une poésie absolue. Sur des thèmes issus de la musique traditionnelle arabe et italienne, mais aussi de leurs propres compositions, ces deux artistes s’accordent cordes et voix avec une virtuosité naturelle et une élégance rare. Plus qu’un "moment précieux", selon le terme employé par le festival, un moment de grâce que seuls les battements d’ailes des oiseaux ont (à peine) troublé.

Après minuit, c’est à un moment "fougueux" que le public était convié. Au pied du chantier de la Tour conçue par Frank Gehry pour la Fondation LUMA, la Parisiano-kinoise Faty Sy Savane du duo Tshegue, portée, entre autres, par les percussions de son acolyte Nicolas "Dakou" Dacunat, a transformé la friche industrielle du Parc des Ateliers en un bal poussière d’un nouveau genre : une hybridation de garage, de rumba et de punk, diablement efficace.

Telle est la magie du festival Les Suds, résumé par sa directrice et co-programmatrice, Marie José Justamond : "tout ce qui se passe ici a été inspiré par le territoire lui-même. Nous recherchons l’alchimie entre nos coups de cœur musicaux aux styles très différents et les lieux les plus à même de les porter.Pari une nouvelle fois réussi Madame la fondatrice. Et avec brio même. Vivement l’année prochaine !

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Le site du festival Les Suds à Arles 
Page facebook de Les Suds à Arles