Damily, guérisseur tsapiky

Le groupe Damily © Jérôme Boccon-Gibod

Fidèle soldat de cette musique électrifiée caractéristique du sud de Madagascar qu'est le tsapiky, le guitariste Damily parvient sur son nouvel album Valimbilo à en conserver les saveurs originales et en souligner le rôle sociétal.

Si le champ des musiques du monde est des plus vastes, sinon infini, certains styles se distinguent par leur forte identité : le tsapiky du sud de Madagascar ne ressemble à rien d'autre. Ces dernières années, la Grande Ile s'est fait remarquer sur le plan musical pour ces rockeurs hurlants, mais le courant que représente Damily, plus typique, ancré dans la vie locale, n'est pas en reste avec ces guitares saturées et ce son distordu diffusé à 360 degrés par des haut-parleurs pavillon dont les effets se font ressentir à plusieurs centaines de mètres à la ronde...

Lorsqu'il s'est installé en France il y a une dizaine d'années, le musicien malgache a eu l'idée de chercher sur Internet ces vieux amplis Bouyer qu'il avait l'habitude d'utiliser dans son pays pour sonoriser ses prestations des groupes de tsapiky. De quoi assurer une forme d'authenticité, sans avoir besoin de faire 10 000 kilomètres. 

Pour Valimbilo, il est donc resté dans la campagne française, en s'adjoignant toutefois les services de Brice Nauroy pour le mixage. Le Réunionnais, membre du projet Lo Griyo de Sami Pageaux-Waro, avait déjà pris part au précédent disque Very Aomby en 2015 et connaît bien les spécificités de cette musique peu évidente à restituer en studio tant elle est conçue pour être jouée en live.

Le titre même de l'album fait référence à cette fonction de guérisseur confiée au musicien dans le monde traditionnel malgache et que Damily a souvent exercé dans les années 90, avec sa guitare – pour d'autres, comme son compatriote Régis Gizavo, disparu l'an dernier, c'était avec l'accordéon. À défaut d'avoir été enregistrés in situ, les huit morceaux de l'album plongent aussi dans la vie quotidienne du sud de Madagascar, ses préoccupations, ses incontournables histoires de zébu...  

Pour la première fois, le guitariste s'échappe aussi par moments vers un autre répertoire. "Il faut varier, sans quitter le côté malgache, en prenant le côté traditionnel", explique-t-il. Sur Kalitaky, et Aomby Mazava Ioha, le jeu de guitare accompagné du katsa (hochet) rappelle ce qu'un autre guitariste de la même région, D'Gary, a popularisé à partir des années 90. 

Avec Tsi Miroro, une autre dimension musicale apparaît, commune à cette île plus vaste que la France, tant dans le chant que sur le plan rythmique, et que des artistes comme Jaojoby ont fait connaître sur la scène internationale. De quoi arrondir les angles pour mieux mettre en évidence le tsapiky et lui conserver son attractivité, même hors de l'océan Indien.

Damily Valimbilo (Bongo Joe) 2018
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