Imarhan, le nouveau son du désert

Le groupe Imarhan. © Julien Bourgeois

Le groupe de Tamanrasset fait paraître Temet, un deuxième album éclectique. Emmené par son charismatique leader, Iyad Ag Ibrahim, alias Sadam, il balance entre la tradition et les avancées de la musique connectée aux smartphones.

Avant d’être programmé aux Transmusicales de Rennes il y a trois ans, le groupe Imarhan s’est d’abord fait connaître par une tournée en Italie et une vidéo postée sur le web. Filmé avec un smartphone, le clip de Tahabort suivait les musiciens touaregs dans le désert. Des jeux de miroirs ajoutaient encore un côté psychédélique à la vidéo de ce morceau, dont on entendait la proximité avec le rock de la toute fin des années 60.

De la musique occidentale, Iyad Ag Ibrahim, alias Sadam, avoue ne pas connaître exactement tous les styles. Mais ce que le chanteur et guitariste en a entendu a fécondé le son d’Imarhan, mélange entre la tradition touarègue et la modernité d’un endroit aussi connecté à la 3G. Formé à Tamanrasset, la ville du sud de l’Algérie, Imarhan fait partie des héritiers de ce rock du désert largement popularisé par Tinariwen.

Musique dans les cérémonies

Si le bassiste de ces derniers, Eyadou Ag Leche, est un cousin de Sadam, c’est une génération ayant toujours connu la guitare, qui apporte sa touche à cet instrument et au genre musical qui porte son nom. Avec Imarhan, cette "guitare" a quelques fois de la pédale wah-wah, des emballements et des moments d’apaisement acoustiques. Sur Temet, leur deuxième album, les cinq garçons confirment leur éclectisme. On croit ainsi entendre des rythmiques disco, parfois, mais non...

"Même si on ne le perçoit pas à l’oreille, il y a toujours une touche qui reste traditionnelle. Ça peut être la calebasse, ou juste un accord dont on change une note pour lui donner le son du tende", décrypte Assaleck Ag Tita, le traducteur du groupe. "Si tu enlèves les guitares, mais que tu écoutes juste le tempo, c’est de la musique traditionnelle", complète Sadam. Ce qui frappe en tout cas, c’est la rapidité avec laquelle on la tape dans les mains et s’installe la transe.

Comme tous les musiciens touaregs, les membres d’Imarhan jouent principalement dans les cérémonies lorsqu’ils sont au pays. "Dans les mariages, c’est la même chose que dans les salles de concert, mais ici, c’est plus cadré. Là-bas, il n’y a pas de listes de chansons, tu ne sais pas combien de temps tu vas jouer : 3, 4, 5 heures... Il y a plein d’artistes et, comme il n’y a pas beaucoup de bon matériel, tu prêtes ta guitare à tout le monde", raconte Sadam.

Le son d’Imarhan a beaucoup à voir "avec le Sahara", rappellent ses membres. Il faut entendre le charismatique Sadam parler en tamasheq, pour comprendre combien l’aridité et le manque d’électricité impactent la vie quotidienne. Cette musique pourrait crever les plafonds de décibels, mais les hommes doivent s’adapter en douceur à ces conditions imprévisibles. Le son du désert a été glissé au détour de la chanson Zinizjumegh et on entend le vent qui siffle, les chèvres au loin et le bruit sourd des 4X4...

La problématique de l’éducation

Sur le fond, Temet évoque la vie des touaregs et aborde de façon globale les problématiques qu’ils rencontrent. "Dans toutes les chansons touarègues, on parle du manque d’éducation, d’hôpitaux et du manque d’eau. L’Algérie va bien économiquement, c’est donc moins visible, mais la communauté touarègue n’a pas été instruite pour répondre à ces questions, il n’y a peut-être pas de volonté aussi. C’est la même chose au Mali, au Niger, au Burkina Faso ou en Libye", affirme Sadam.

Alors qu’Azzaman est un constat sur "l’époque", on parle aussi d’un amour qui passe désormais par les réseaux sociaux et dépasse largement les frontières. Ce deuxième album dont les maquettes ont été faites à Tamanrasset, a été enregistré dans des studios parisiens. "Inch’allah, le prochain album sera enregistré chez nous, parce que c’est plus facile pour trouver les instruments traditionnels, aussi de faire venir d’autres musiciens", affirme Sadam.

Si le rock du désert a très largement essaimé depuis vingt ans, Imarhan espère bien être parmi ceux qui font avancer cette musique et bouger ses lignes. Sa Gibson SG entre les mains, le charismatique Sadam et les siens sont en tous cas bien partis.

Imarhan Temet (City Slang) 2018

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