Yann Tiersen

Lundi 11 mai 98, c'est au théâtre de l'Européen à Paris que Yann Tiersen s'est installé pour une série de trois concerts. Cette séance d'ouverture nous dévoile le poly-instrumentiste breton (de Brest) sans aucun artifice, choisissant de laisser au studio son dernier album "Le phare" (Labels/1997), et de nous le présenter dans une version de scène très différente, plus pure. Ses deux premiers CDs, "La valse des monstres" et "La rue des Cascades" (récemment réédités par Labels) sont aussi représentés par quelques morceaux.

Plongé dans un décor minimaliste, où rien ne paraît être laissé au hasard, le soliste, à l'image d'un marionnettiste, va rendre grâce à chacun de ses instruments, tous faisant partie intégrante de la mise en scène. Ces "personnages" nous révèlent au travers de l'œuvre musicale, toutes les émotions d'un jeune compositeur de talent vacillant entre tristesse et gaieté, valse, folklore ou chanson minimaliste à la manière d'un Dominique A ou d'un Daniel Johnston.

Au milieu d'un répertoire essentiellement instrumental, Yann Tiersen interprète quelques chansons : "Monochrome", "Les bras de mer" (chanté par Dominique A sur l'album), sans oublier "La rupture" chantée délicatement par Claire Trichet.

Tout le spectacle oscille sur le contraste spontanéité et réflexion, simplicité et prouesse d'un musicien hors pair, capable de tenir son accordéon dans une main et de jouer du piano de l'autre. Tiersen est un musicien doué d'ingéniosité, ne prétendant pas à l'imitation de l'art savant, académique ou avant-gardiste. Il fait preuve d'une recherche esthétique personnelle dans le choix et la diversité des instruments : piano, violon, accordéon, xylophone, petit orgue ou toy piano. En outre, il fait une utilisation subtile de sons, de voix et dialogues de films. Programme passionnant pour un artiste à part.

Joseph Marzolla

RFI Musique : Vous êtes en tournée en ce moment. Vous étiez à Marseille, vous arrivez à Paris. Est-ce que les publics sont différents ? Est-ce que jouer à Paris, c'est une date un petit peu plus importante que les autres dates en province ?Yann Tiersen : Non, non, c'est important partout ! A Paris, c'est rigolo parce que je peux venir en vélo, j'habite pas très loin, c'est bien pour ça.

Décrivez-nous le décor derrière vous, grand décor, et surtout les nombreux instruments dont vous êtes capable de jouer sur scène ?Nous avons neuf étagères avec des ampoules. En fait, c'est un phare. L'album, je l'ai appelé comme ça parce que je suis parti sur (l'île d') Ouessant parce que je n'arrivais plus à travailler à Paris où j'habite depuis quatre ans. J'avais envie de prendre l'air. C'était en juin, il y a deux ans. Et en arrivant là-bas, à côté de la maison, il y avait le phare du ? qui est un phare très grand, et quand il s'allume, il paraît plus aussi grand. Et en plus, il éclaire beaucoup de détails autour, les buissons, des brins d'herbe. Je trouvais que c'était un bon titre, un bon parallèle avec ce que je faisais. Dans le spectacle, je voulais quelque chose qui évoque ça. Donc, il y a toutes ces structures des neuf étagères avec des formes géométriques qui sont faites par les ampoules, et qui arrivent en milieu de spectacle. Elles sont un peu là pour fixer les moments.

Et les instruments ? Ce qui impressionne tout de suite, c'est le nombre d'instruments dont vous êtes capable de jouer ? Ça, c'est anecdotique. C'est vrai que sur les albums, je travaille tout seul. Il y a des invités, mais la plupart des choses, je les fais tout seul. Ma façon de travailler est comme ça. Ce que j'aime bien, c'est le côté instinctif avec les instruments, même ceux que je ne maîtrise pas bien. Je voulais retrouver ça en concert, sans faire appel à des musiciens. Donc j'ai voulu passer d'un instrument à l'autre. Montrer sur scène ce que je faisais chez moi.

Les instruments vont des plus traditionnels comme le violon, en passant par du piano pour enfant. Et il a celui que je n'ai pas pu identifier, où vous jouer de l'accordéon d'une main avec un archet de l'autre côté ?…C'est un carillon. C'est un instrument pour enfant aussi.

On retrouve un peu ce côté enfantin dans vos concerts ? Le piano pour enfant ? Vous êtes toujours un petit peu pataud, un peu maladroit ? Vous êtes restés un grand gamin ?J'espère pas, non ! Pataud, d'accord, c'est gentil. Mais les instruments, je ne les utilise pas parce qu'ils sont pour enfants. Justement, je ne veux pas jouer avec la connotation qu'ils ont. C'est juste pour le son.

Comment sur un tel concert, on arrive à faire passer la prouesse technique. Parce que nous qui ne savons pas jouer d'instruments, on est toujours assez émerveillés. Comment fait on passer le côté technique après le côté émotion du morceau ? Le côté technique, je m'en fous un peu. Et puis, je ne trouve pas qu'il y ait de côté technique. Les toy pianos ou le carillon, c'est pas vraiment compliqué. Il y a des instruments dont je sais jouer mieux que d'autres. Je fais mes morceaux avec ces instruments et j'ai juste envie de les retrouver sur scène, mais sans côté technique.

Il y a une grande différence entre vos albums et ce que vous reproduisez sur scène. C'est volontaire de bien séparer les deux ?Oui, parce qu'en général, je n'aime pas réentendre les albums quand je vais voir des concerts. Dans ce cas là, autant rester chez soi. Et, comme la plupart de mes morceaux sont instrumentaux, le fait d'être seul amène une tension. Tout peut se passer, le fait que tout repose sur moi. On est obligé d'être là, je ne peux pas penser à autre chose.

Vous passez aussi un petit film ? Et vous êtes quand même un des seuls à passer les disques des autres ? Oui, c'est de Dominique Petitgand dont on parle. Quand j'étais en studio pour enregistrer le deuxième album, l'ingénieur du son m'a fait écouter un truc qu'il avait mixé. Je trouvais ça vraiment génial et assez proche de moi. Quand j'ai monté le concert, je lui ai demandé si il voulait bien qu'on passe ses morceaux. Il m'en a donc proposé deux. (…)

Est-ce que dans vos concerts, chaque morceau est prévu à tel moment ? Où vous laissez-vous porter un petit peu par le public ? Non, il y a un ordre préétabli, mais je ne joue jamais les morceaux de la même façon. Il y a un ordre parce qu'il y a un équilibre à avoir, parce que je change d'instrument. C'est construit. Je ne pourrais pas jouer trois morceaux d'accordéon à la suite. Il y a un équilibre à préserver.

Mais vous êtes capable de jouer à la fois de l'accordéon et du piano ?C'est pas dur. J'espère bien que quand je joue ça, on ne se dit pas :"Oh, il joue les deux à la fois !". Ça, je m'en fous complètement. J'ai juste arrangé le morceau comme ça. Si plus tard, je fais des concerts avec d'autres musiciens, je ne ferai pas les deux en même temps. Là, je suis tout seul, et j'essaie d'exploiter au maximum ce que je peux faire sur scène seul avec mes instruments.

Comment se rend-on compte qu'un titre va être un instrumental ou une chanson ? C'est bizarre, je ne sais pas. Il y a un morceau sur l'album qui était instrumental au début, et qui est devenu chanté, "La rupture". Ce morceau était instrumental, et il manquait quelque chose. Mais c'est rare. Les chansons, je sais qu'elles vont être des chansons dès le premier moment où je les travaille.

Willy Richert

Musicien polyvalent

Lundi 11 mai 98, c'est au théâtre de l'Européen à Paris que Yann Tiersen s'est installé pour une série de trois concerts. Cette séance d'ouverture nous dévoile le poly-instrumentiste breton (de Brest) sans aucun artifice, choisissant de laisser au studio son dernier album "Le phare" (Labels/1997), et de nous le présenter dans une version de scène très différente, plus pure. Ses deux premiers CDs, "La valse des monstres" et "La rue des Cascades" (récemment réédités par Labels) sont aussi représentés par quelques morceaux.

Plongé dans un décor minimaliste, où rien ne paraît être laissé au hasard, le soliste, à l'image d'un marionnettiste, va rendre grâce à chacun de ses instruments, tous faisant partie intégrante de la mise en scène. Ces "personnages" nous révèlent au travers de l'œuvre musicale, toutes les émotions d'un jeune compositeur de talent vacillant entre tristesse et gaieté, valse, folklore ou chanson minimaliste à la manière d'un Dominique A ou d'un Daniel Johnston.

Au milieu d'un répertoire essentiellement instrumental, Yann Tiersen interprète quelques chansons : "Monochrome", "Les bras de mer" (chanté par Dominique A sur l'album), sans oublier "La rupture" chantée délicatement par Claire Trichet.

Tout le spectacle oscille sur le contraste spontanéité et réflexion, simplicité et prouesse d'un musicien hors pair, capable de tenir son accordéon dans une main et de jouer du piano de l'autre. Tiersen est un musicien doué d'ingéniosité, ne prétendant pas à l'imitation de l'art savant, académique ou avant-gardiste. Il fait preuve d'une recherche esthétique personnelle dans le choix et la diversité des instruments : piano, violon, accordéon, xylophone, petit orgue ou toy piano. En outre, il fait une utilisation subtile de sons, de voix et dialogues de films. Programme passionnant pour un artiste à part.

Joseph Marzolla

RFI Musique : Vous êtes en tournée en ce moment. Vous étiez à Marseille, vous arrivez à Paris. Est-ce que les publics sont différents ? Est-ce que jouer à Paris, c'est une date un petit peu plus importante que les autres dates en province ?Yann Tiersen : Non, non, c'est important partout ! A Paris, c'est rigolo parce que je peux venir en vélo, j'habite pas très loin, c'est bien pour ça.

Décrivez-nous le décor derrière vous, grand décor, et surtout les nombreux instruments dont vous êtes capable de jouer sur scène ?Nous avons neuf étagères avec des ampoules. En fait, c'est un phare. L'album, je l'ai appelé comme ça parce que je suis parti sur (l'île d') Ouessant parce que je n'arrivais plus à travailler à Paris où j'habite depuis quatre ans. J'avais envie de prendre l'air. C'était en juin, il y a deux ans. Et en arrivant là-bas, à côté de la maison, il y avait le phare du ? qui est un phare très grand, et quand il s'allume, il paraît plus aussi grand. Et en plus, il éclaire beaucoup de détails autour, les buissons, des brins d'herbe. Je trouvais que c'était un bon titre, un bon parallèle avec ce que je faisais. Dans le spectacle, je voulais quelque chose qui évoque ça. Donc, il y a toutes ces structures des neuf étagères avec des formes géométriques qui sont faites par les ampoules, et qui arrivent en milieu de spectacle. Elles sont un peu là pour fixer les moments.

Et les instruments ? Ce qui impressionne tout de suite, c'est le nombre d'instruments dont vous êtes capable de jouer ? Ça, c'est anecdotique. C'est vrai que sur les albums, je travaille tout seul. Il y a des invités, mais la plupart des choses, je les fais tout seul. Ma façon de travailler est comme ça. Ce que j'aime bien, c'est le côté instinctif avec les instruments, même ceux que je ne maîtrise pas bien. Je voulais retrouver ça en concert, sans faire appel à des musiciens. Donc j'ai voulu passer d'un instrument à l'autre. Montrer sur scène ce que je faisais chez moi.

Les instruments vont des plus traditionnels comme le violon, en passant par du piano pour enfant. Et il a celui que je n'ai pas pu identifier, où vous jouer de l'accordéon d'une main avec un archet de l'autre côté ?…C'est un carillon. C'est un instrument pour enfant aussi.

On retrouve un peu ce côté enfantin dans vos concerts ? Le piano pour enfant ? Vous êtes toujours un petit peu pataud, un peu maladroit ? Vous êtes restés un grand gamin ?J'espère pas, non ! Pataud, d'accord, c'est gentil. Mais les instruments, je ne les utilise pas parce qu'ils sont pour enfants. Justement, je ne veux pas jouer avec la connotation qu'ils ont. C'est juste pour le son.

Comment sur un tel concert, on arrive à faire passer la prouesse technique. Parce que nous qui ne savons pas jouer d'instruments, on est toujours assez émerveillés. Comment fait on passer le côté technique après le côté émotion du morceau ? Le côté technique, je m'en fous un peu. Et puis, je ne trouve pas qu'il y ait de côté technique. Les toy pianos ou le carillon, c'est pas vraiment compliqué. Il y a des instruments dont je sais jouer mieux que d'autres. Je fais mes morceaux avec ces instruments et j'ai juste envie de les retrouver sur scène, mais sans côté technique.

Il y a une grande différence entre vos albums et ce que vous reproduisez sur scène. C'est volontaire de bien séparer les deux ?Oui, parce qu'en général, je n'aime pas réentendre les albums quand je vais voir des concerts. Dans ce cas là, autant rester chez soi. Et, comme la plupart de mes morceaux sont instrumentaux, le fait d'être seul amène une tension. Tout peut se passer, le fait que tout repose sur moi. On est obligé d'être là, je ne peux pas penser à autre chose.

Vous passez aussi un petit film ? Et vous êtes quand même un des seuls à passer les disques des autres ? Oui, c'est de Dominique Petitgand dont on parle. Quand j'étais en studio pour enregistrer le deuxième album, l'ingénieur du son m'a fait écouter un truc qu'il avait mixé. Je trouvais ça vraiment génial et assez proche de moi. Quand j'ai monté le concert, je lui ai demandé si il voulait bien qu'on passe ses morceaux. Il m'en a donc proposé deux. (…)

Est-ce que dans vos concerts, chaque morceau est prévu à tel moment ? Où vous laissez-vous porter un petit peu par le public ? Non, il y a un ordre préétabli, mais je ne joue jamais les morceaux de la même façon. Il y a un ordre parce qu'il y a un équilibre à avoir, parce que je change d'instrument. C'est construit. Je ne pourrais pas jouer trois morceaux d'accordéon à la suite. Il y a un équilibre à préserver.

Mais vous êtes capable de jouer à la fois de l'accordéon et du piano ?C'est pas dur. J'espère bien que quand je joue ça, on ne se dit pas :"Oh, il joue les deux à la fois !". Ça, je m'en fous complètement. J'ai juste arrangé le morceau comme ça. Si plus tard, je fais des concerts avec d'autres musiciens, je ne ferai pas les deux en même temps. Là, je suis tout seul, et j'essaie d'exploiter au maximum ce que je peux faire sur scène seul avec mes instruments.

Comment se rend-on compte qu'un titre va être un instrumental ou une chanson ? C'est bizarre, je ne sais pas. Il y a un morceau sur l'album qui était instrumental au début, et qui est devenu chanté, "La rupture". Ce morceau était instrumental, et il manquait quelque chose. Mais c'est rare. Les chansons, je sais qu'elles vont être des chansons dès le premier moment où je les travaille.

Willy Richert