Manau

Il y a six mois, ils étaient encore inconnus. Leur premier album "Panique celtique", avec plus d'un million de disques vendus, en a fait les nouveaux dieux des ados. Manau, le trio devenu duo, qui vient de rafler une Victoire de la Musique dans la catégorie rap, a déversé sa vague celtique sur l'Olympia les 8 et 9 mars. Ballade onirique au cœur d'une forêt bretonne imaginaire, entre Conan le Barbare et les Visiteurs.

Rap celtique

Il y a six mois, ils étaient encore inconnus. Leur premier album "Panique celtique", avec plus d'un million de disques vendus, en a fait les nouveaux dieux des ados. Manau, le trio devenu duo, qui vient de rafler une Victoire de la Musique dans la catégorie rap, a déversé sa vague celtique sur l'Olympia les 8 et 9 mars. Ballade onirique au cœur d'une forêt bretonne imaginaire, entre Conan le Barbare et les Visiteurs.

Le vent qui souffle sur la lande, dans les ténèbres, un dolmen*, quelques menhirs... le décor est planté. Celui d'une Bretagne et des légendes de la forêt de Brocéliande qui semblent fasciner Martial et Cédric, bretons de la banlieue parisienne en mal de racines.

Au premier souffle de cornemuse, la salle de l'Olympia s'enflamme. Une mise en scène très étudiée dans laquelle tous les éléments du folklore régional sont à leur place. Comme dans une belle opération de marketing. La jeune fille rousse aux cheveux longs derrière sa harpe, le joueur de cornemuse en kilt, de larges dalles en faux granit, le tout dominé par un immense dolmen sur lequel reposent les platines de Cédric, le scratcheur du duo.

Sur un rap mixé aux sons du biniou et de la bombarde, Martial, le chanteur, sur un tempo hip hop, déclame les histoires revisitées du roi Arthur, de Merlin l'enchanteur et des chevaliers de la Table ronde, le tout sur fond de jeux de rôles, des thèmes qui font mouche chez les adolescents. Le chant des druides et l'histoire des mégalithiques n'ont plus de secret pour Manau (nom gaélique de l'île de Man, perdue entre l'Ecosse et l'Irlande) qui, à n'en pas douter, a beaucoup planché sur les légendes celtes. Et plongé dans les lectures de Jean Markale, chantre de la mythologie bretonne.

La tribu de Dana. "Akim, le fils du forgeron est venu me chercher, les druides ont décidé de mener le combat dans la vallée,/ c'est l'heure maintenant de défendre notre terre contre une armée de Simeriens prête à croiser le fer" entonnent tous ces gamins, accompagnés de leurs parents ou grands-parents. Dans un Olympia ôté de ses fauteuils rouges, et transformé en "vallée de Dana", un océan de bras se balance de droite à gauche sur l'air de "la Tribu de Dana", la chanson à laquelle personne n'aura pu échapper. Une version samplée d'un traditionnel "Tri Martolod" que chantait Alan Stivell dès les années 70. Cette nouvelle version à succès de Manau a d'ailleurs mis à mal certaines sensibilités, fâcherie qui se règlera devant les tribunaux. Manau n'en a cure. Tombé dans la marmite, il redécouvre son patrimoine longtemps étouffé et reprend à son compte une comptine pour enfants "la Jument de Michao" elle-même reprise par Tri Yann dans tous ses concerts depuis seulement vingt-cinq ans...

Si Manau explique son besoin de rechercher une lointaine identité face à ses copains nord-africains de la cité, et fiers de la leur, le succès de leur rap celtique vient aussi du fait qu'il est bien loin de la virulence verbale d'autres groupes de rap dans lesquels beaucoup ne se reconnaissent pas.
Reste à savoir si l'aventure de Manau ira au-delà du phénomène estival, à moins que l'effet de la potion magique ne perdure.

* du breton dol qui veut dire table, et men : pierre

Pascale Hamon