3EME OEIL

Comoriens d'origine et marseillais avant d'être français. Voilà la devise inébranlable à laquelle s'accroche le 3ème Œil, un groupe de jeunes rappeurs produit par IAM, qui s'imagine son avenir dans le monde de la musique comme une longue mais complexe croisade contre les idées reçues.

Les nouveaux Croisés du hip hop phocéen!

Comoriens d'origine et marseillais avant d'être français. Voilà la devise inébranlable à laquelle s'accroche le 3ème Œil, un groupe de jeunes rappeurs produit par IAM, qui s'imagine son avenir dans le monde de la musique comme une longue mais complexe croisade contre les idées reçues.


Le chiffre "3" accolé à l'œil symbolise avant tout leur besoin de témoigner. De la violence de la rue d'où ils viennent, des quartiers Nord de Marseille où ils ont longtemps connu un douloureux quotidien de laissés-pour-compte, de leur communauté d'origine qui est installée à Marseille depuis plus de quarante ans. "Nous nous considérons comme des journalistes ou encore comme un groupe de terrain qui a pour seule mission de relater la réalité de ce qui se passe chez nous". Est-ce pour cela que le Printemps de Bourges les a choisi au pied levé pour remplacer NTM, après la dernière condamnation de Joey Starr, à la prochaine édition? Toujours est-il que leur discours hardcore séduit.

Les textes de leur premier opus, intitulé "Hier, aujourd'hui, demain", ne laissent aucun doute. Les mots sont rudes. "L'Elysée suit de près la montée de la violence dans les cités, qu'est-ce qu'il font pour nous?/ C'est pas aujourd'hui qu'il faut se réveiller, mais mieux vaut tard que jamais/ la nuit tombée on compte nos morts assassinés par polizeï".
Extrait de "Hymne", le titre qui ouvre l'album. Pas de faux-semblant chez ces nouveaux croisés du Côté Obscur, fameux label du groupe IAM. "Nous sommes tombés sur les bonnes personnes dès le départ" explique Boss One, un des leaders du 3ème Œil, en faisant référence au coup de pouce apporté par Akhenaton et ses potes. A Marseille, la solidarité du milieu hip hop à ce niveau est extraordinaire. A l'appel, ils répondent tous présents, loin des querelles de chapelles qui déchirent parfois la scène parisienne. Boss précise: "Ici, on n'impose pas une écurie pour faire la guerre aux autres. D'ailleurs, on aime rappeler aux gens qu'il y en a qui sont meilleurs que nous et qu'ils sont parfois de notre côté". Un propos à contre-courant qui vient rendre hommage aux aînés.

"Hier, aujourd'hui, demain" fait bien sûr la part belle à une certaine comoriennité. Mafia comoria… est un slogan, auquel ils tiennent. Des jeux de mots, quelques samples traduisent cette tendance qui les ramènent vers leurs racines. Vers la culture des parents. Certes, c'est moins chargé que sur l'album du Bisso Na Bisso, récemment sorti chez V2…
Mais il faut croire que le 3ème Œil a voulu donner raison à Akhenaton, qui fut le premier en France, à inaugurer cette tendance sur "Métèque et Mat", son album solo. En attendant de se lancer sur un projet beaucoup plus ambitieux qui risque de réunir tous les rappeurs comoriens de la vague marseillaise avec des artistes de musique populaire et traditionnelle qui vivent au bled. "Nous voulons faire quelque chose qui permette aux jeunes comoriens, qu'ils soient nés ici ou qu'ils vivent là-bas, d'être fiers". Normal. Car "nous sommes marseillais avant d'être français, mais nous restons fidèles à nos origines" ajoute Mombi, l'autre larron du 3ème Œil. Autrement dit… à ceux qui disent que les fils d'immigrés en France ont "le cul entre deux chaises", le 3ème Œil répond que la question est encore plus complexe.

Soeuf Elbadawi.
*"Hier, aujourd'hui, demain…" (Côté Obscur/Columbia).

Le 3ème Œil sera en concert le 9 avril à l'Elysée Montmartre de Paris En première partie de F.F (la Fonky Family)