KOJAK

Telly Savalas aurait-il résolu à lui seul ce "Crime in the city" ? En l'absence du célèbre enquêteur retraité des plateaux télé, Kojak, leur homonyme français, relève le défi.

Sur la piste du 'Crime'

Telly Savalas aurait-il résolu à lui seul ce "Crime in the city" ? En l'absence du célèbre enquêteur retraité des plateaux télé, Kojak, leur homonyme français, relève le défi.

Le groupe Kojak, décrit par certains comme les "Beastie Boys de la house", gagnera-t-il les faveurs des amateurs de French touch ? Leur album "Crime in the city", qui vient de sortir chez Barclay (distribution Universal Music), apportera bientôt la réponse. L'hiver dernier, un premier indice est venu mettre la puce à l'oreille des forçats du dancefloor : "Hold me", un titre qui a remporté un petit succès dans les discothèques européennes, surtout en Scandinavie. Aujourd'hui, outre la France, "Crime in the city" débarque petit à petit chez les disquaires européens, la Belgique, la Grèce, l'Allemagne et la Suède pour commencer, la Norvège, l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne ensuite.

Ligné par le label techno parisien Pro-Zak Trax en janvier 1998, Kojak, déjà remarqué depuis l'été précédant lors de quelques prestations scéniques qui ont fait mouche (de leur premier concert à La Baule aux soirées du Queen ou de la Salle Wagram à Paris), est, à la base un duo qui assimile les deux principaux piliers du large spectre des musiques électroniques. A ma gauche, DJ Vas, pétri de culture hip hop et funk, et de scratches croustillants. A ma droite, DJ Grégoire, principalement influencé par l'univers techno. Entre eux, autant pour les départager que pour rehausser cette intéressante confrontation musicale, le chanteur Jayhem. La qualité première de ce mélange des genres est que les clins d'œil au rap apportent une touche plus "crade", plus urbaine, à une musique house souvent bien trop léchée. Quand la rue rencontre la culture club, cela donne des réussites comme, par exemple, "Funkintroduction". La présence d'un chanteur sur un album de house est également une particularité à mettre à l'actif de Kojak.

Encore trop proche de Daft Punk dans ses approches funk, Kojak se montre capable de subites fulgurances, tel ce "You can't stop it" au gimmick ravageur. Ce "Crime" aurait pu être (presque) parfait. Malheureusement, au fil des plages, l'alchimie s'émousse, et l'ennui pointe peu à peu. Cet album qui s'étale sur la longueur (74 minutes) aurait très probablement gagné en efficacité à être amputé de son dernier tiers, une brochette de morceaux sans inspiration, mille fois entendus ("Crime in the city", "Everybody wants a toy", "Funkthead", "Cold blood"…).

Ne dites surtout pas à Kojak qu'ils sont un avatar de plus de la désormais fameuse French touch. Malgré quelques maladresses somme toute pardonnables, de-ci de-là, la formule qu'ils proposent s'avère viable. Le droit à un deuxième essai paraît acquis, un album futur qui permettrait au trio d'apporter quelques réglages supplémentaires à leur prometteuse machine.

Gilles Rio
Kojak "Crime in the city" (Barclay/Universal Music)