Nouvelle vague helvète

On les a découverts au dernier Paléo Festival de Nyon, tout près de Genève, dont ils sont originaires. L'un chante en français, de la chanson alternative, l'autre en anglais, du folk minimaliste. Portraits croisés de deux artistes de la nouvelle vague helvète.

Der Klang et Polar

On les a découverts au dernier Paléo Festival de Nyon, tout près de Genève, dont ils sont originaires. L'un chante en français, de la chanson alternative, l'autre en anglais, du folk minimaliste. Portraits croisés de deux artistes de la nouvelle vague helvète.

Derrière Der Klang (la sonorité) et son nom à consonance germanique, se cache le pianiste- accordéoniste Charles Vicki. Un iconoclaste qui, au gré de ses productions, invite des musiciens de la scène locale à se joindre à lui, jamais les mêmes. Trouvant que l'idée même de groupe est un concept éculé. Auteur, compositeur et interprète, Charles Vicki a déjà trois albums à son actif, tous auto-produits et enregistrés dans son appartement, mais pas encore de distributeur en France.

C'est que le lascar est une vraie anguille, difficile dans ce cas de lui coller une étiquette. Ce qu'il ne veut pas. Charles Wicki navigue sans cesse alors entre le premier et le second degré, aux frontières du cabaret, du rock et de la chanson. Des compositions et des textes à écouter attentivement, si l'on veut en saisir les différents niveaux. Et encore… Une façon particulière d'appuyer sur les mots. Moitié parlé, moitié chanté, dans un rythme lancinant et répétitif. Vous l'aurez compris, le chanteur-accordéoniste se concentre donc sur les climats, utilisant ses textes pour créer des atmosphères.

Classifiant alors sa musique de "climatique". Preneur de son à la Télévision Suisse Romande (TSR), Charles Wicki est un acteur de la scène rock locale depuis une quinzaine d'années, aimant à la fois le rock de Wire et le phrasé de Brel. Sur scène, en blouse bleue de contremaître, son accordeonino sur le ventre, Charles Wicki en extirpe de drôles de sons grinçants ce qui l'amène à intituler son dernier album "Grinçages", soutenu par les accords de guitare de Narain Jagasia et la contrebasse de Christophe Ryser. Un brin surréaliste, l'univers de Der Klang, grimaçant et inventif, reste à découvrir sur scène.

Un Polar à écouter

On continue de jouer à cache-cache avec Polar, alias Eric Linder. Genevois d'adoption, le chanteur, d'origine irlandaise, préfère s'exprimer artistiquement dans sa langue affective, A 27 ans, le blond chanteur vient de commettre son deuxième album "Bipolar" entre ambient-techno et folk à la Neil Young. Si son premier album, à la teneur plus noire, fut conçu dans sa cuisine, celui-ci fut entouré de blanc. Celui de la neige entourant l'intimité d'un chalet perdu dans la montagne.

Claviers, nappes électroniques (collectionne les petits claviers électroniques bon marché style Bontempi dont il a d'ailleurs utilisé les sons pour l'album) confèrent à l'ensemble de la galette un son intimiste où les textes parlent souvent de dualité. En quelques 180 concerts et des rencontres décisives comme Miossec ou Massive Attack dont il a fait les premières parties, il est revenu cette année au Paléo Festival (où il avait été découvert en 1997), auréolé de la considération que lui voue Stephan Eicher. Les critiques disent de Polar, que c'est la meilleure chose qui soit arrivé au rock suisse depuis longtemps.

Pascale Hamon

Der Klang / Grinçages (RecRec)
Polar / Bipolar (Musikvertrieb)