BAMS

Depuis quelques mois, le bouche à oreilles frémit d'un nom qui monte : Bams, jeune Franco- Camerounaise, révélation hip hop du Printemps de Bourges 1999. Son premier album, "Vivre ou mourir", est le disque de rap le plus innovant du moment.

Maths, triple saut et révolution

Depuis quelques mois, le bouche à oreilles frémit d'un nom qui monte : Bams, jeune Franco- Camerounaise, révélation hip hop du Printemps de Bourges 1999. Son premier album, "Vivre ou mourir", est le disque de rap le plus innovant du moment.

Attention : une panthère noire est en train de grandir dans les bacs des disquaires français et sur les scènes les plus diverses, du Printemps de Bourges jusqu'à Varsovie et Berlin, en passant par l'incontournable Paléo Festival de Nyon, en Suisse. Cette black panther s'est baptisée Bams il y a trois ans pour afficher ses racines bamiléké, peuple des montagnes de l'Ouest camerounais.

Bams, qui à l'époque se prénomme encore Stéphanie, a vu le jour il y a une bonne vingtaine d'années dans une agréable petite ville de l'Ouest parisien, La Celle Saint-Cloud. Atmosphère cultivée à la maison : son père écoute la fine fleur du jazz US, Coltrane, Miles Davis, Wes Montgomery. Sans oublier d'emmener régulièrement ses enfants en vacances sur la terre des ancêtres bamiléké. Au lycée, Stéphanie suit des études scientifiques qui l'amènent jusqu'aux alentours d'une licence de maths en 1996. Parallèlement, elle poursuit une carrière sportive de haut niveau. Discipline : le triple saut. En 93 et 94, sous les couleurs de l'Entente sportive de Nanterre, elle figure honorablement dans les championnats de France à Annecy. Toujours en 94, c'est pour le Cameroun qu'elle participe aux IIèmes Jeux de la Francophonie, à Evry. Son intense activité adolescente lui a aussi fait monter un groupe de rock-ska-reggae vers 1995...

Sport et maths ne rempliront pas leur mission émancipatrice : c'est la musique, et plus particulièrement le rap, qui prennent Bams en 1996 et lui permettent, à partir de 1998, de rencontrer un public. En février de cette année-là, elle figure sur la compilation de jeunes groupes de rap radicaux, "Hostile hip hop 2" (Delabel). Elle y est la seule fille. En mars et avril, elle enchaîne avec une pièce de théâtre expérimental au Havre, "Le Festin", qui additionne Jean Genet, hip hop et danse contemporaine. Enfin, le réseau Découvertes du Printemps de Bourges la sélectionne pour l'Ile-de-France, ce qui lui permet, en avril 99, d'être proclamée Révélation hip hop dudit festival.

L'album qui suit, "Vivre ou mourir", sorti le 15 juin 1999, est un disque rare et complexe. Rare car il pose un regard de femme, et de femme radicale, sur son nombril - et sur l'univers habituel du rap. En témoignent l'impressionnant "Vivre ou mourir", qui ouvre l'album sur un aveu de faiblesse d'une très grande force, et le très beau "Douleur de femme" qui, sur des phrases de la BO de Bagdad Café, fait vibrer un militantisme néo-féministe rageur.

Complexe, cet album l'est aussi puisqu'il allie une musique minimaliste fortement rythmée (basse, batterie, échantillons de violons ou de piano) à une voix souvent nonchalante, joliment voilée, peu enlisée dans la prononciation zone si à la mode... De là à classer Bams dans la catégorie du rap cool, il n'y a qu'un pas : lourde erreur ! Une écoute attentive de ses textes (fort bien tournés) convainc rapidement que la jeune sportive fait dans le radical. Exemples : "Bol d'air", attaque contre la télé décervelante et le système, "Moi ma violence" ("la révolution est le seul moyen de défense pour ceux qui rament") et surtout, l'hallucinant récit de politique-fiction "2010", décrivant un Paris apocalyptique, livré aux hordes fascistes...

Bams semble donc bien partie pour rejoindre dans les cœurs des banlieues les posters de Malcolm X ou de Joey Starr. Pour y parvenir, il lui faudra toutefois se méfier de certaines de ses expressions : l'emploi, dans ses interviews, de mots comme "presse blanche" pour désigner, entre autres, Le Monde ou "banlieue blanche" pour signifier, entre autres, La Celle Saint-Cloud, sa ville, apporte un contrepoint désagréable à l'émotion musclée de ses chansons. Une bonne partie de la gauche afro-américaine n'a pas su éviter ces impasses ethniques.

Jean-Claude Demari

Bams / Vivre ou mourir (Trema/ Sony, 710774).